Entretien avec Mattjö et Christine, chanteurs de Hrafngrimr

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Peux-tu tout d’abord te présenter et nous expliquer ce que tu fais dans Hrafngrimr ?

Mattjö: Hej ! Je m’appelle Mattjö Haussy et je suis le créateur de Hrafngrímr. J’y participe comme auteur-compositeur et chanteur. Je travaille aussi beaucoup sur l’artwork.

Christine: Bonjour, je suis Christine et je suis chanteuse dans Hrafngrimr. Je travaille avec Mat et Mus en étroite collaboration dans l’écriture et la composition des musiques.

Comment tu en es venu au folk viking ?

Mattjö: Ca peut paraître étrange mais je crois que le point de départ c’est l’album de Sepultura “Roots”. Comme je m’intéresse depuis toujours à la mythologie scandinave et à l’histoire des peuples du monde… à la découverte de cet album j’ai voulu rechercher mes propres racines. C’était très présent dans mes groupes de Metal précédents. Habitué à la musique celtique/irlandaise contemporaine, j’ai découvert dans les années 2004/2005,  Garmarna et Krauka qui m’ont ouvert à un autre type de musique nordique. La grosse baffe bien évidement a été en 2009 avec le premier album de Wardruna. Je me suis dit alors que j’allais faire un groupe de néo Metal qui mélangerait les instruments traditionnels nordiques ( Talharpa, Nickelharpa) et du gros groove metal. Mais j’ai intégré le groupe SKÁLD entre-temps.

Christine : Pour ma part, c’est le folk viking qui est venu à moi. Mis à part mes origines scandinaves, je n’avais pas connaissance de cette mouvance car je suis issue de la veine punk, rock et métal. C’est Mat qui m’a fait découvrir cela. Je lui suis reconnaissante d’ailleurs car je suis assez férue de musique et découvrir de nouveaux styles, de nouvelles tendances, de nouveaux sons me galvanise.

Comment est né ce groupe ? Et d’où t’es venu le nom ?

Mattjö: Le groupe est né exactement le lendemain où j’ai été invité à quitter le groupe SKÁLD, fin décembre 2019. Mais je ne l’ai rendu officiel que fin février 2020. Le nom Hrafngrímr est un vieux prénom islandais.Il signifie “celui qui porte un masque de corbeau”. Je suis très sensible à la symbolique du corbeau et encore plus ces dernières années. On peut dire que c’est mon totem.

Le nouvel album, Niflheims Auga, est sorti il y a peu. Comment s’est passée son écriture ? Qui compose et qui écrit les paroles ?

Mattjö: Il y a des démos que j’avais déjà écrites, il y a des jams avec Christines qu’on avait enregistré, aussi un titre qu’on avait écrit il y à 10 ans avec Mus puis on a écrit des titres ensembles pendant des sessions de création pour les besoins de l’album. Pour cet Album nous avons surtout travaillé Mus Christine et moi pour la composition. Parfois ensemble, parfois séparément. Pour les paroles, on travaille Christine et moi la plupart du temps et parfois nous proposons un texte. Mais nous travaillons  le texte ou les traductions systématiquement avec Jules Piet.

Christine : Nous avons travaillé très dur depuis octobre 2023 afin de proposer enfin au public un album qui nous ressemble. Nous nous sommes enfermés à de multiples reprises avec Mat et Mus dans notre studio. Je crois que chacun à mis un petit bout  de soi et de ses émotions lors de l’écriture des textes et des sessions de composition. Je me rappelle de moments d’euphorie et de rire intense que nous avons eu mais aussi d’instants où, avec la fatigue, nous avions du mal à nous comprendre. Ce que je constate c’est que l’écriture de cet album nous a fait nous révéler chacun et que cette période de travail intense nous a énormément soudé. Nous sommes très fiers aujourd’hui de le partager.

D’où sont venues les histoires racontées dans les chansons ? Comment adaptes-tu les mythes et légendes celtiques à tes morceaux ? Et surtout comment les choisis-tu ?

Mattjö: On écrit nos propres textes, ils reflètent notre pensée contemporaine sur le monde d’aujourd’hui. Jules nous aide à respecter les kenningar ( figures de style des poètes vikings) et nous faisons aussi parfois référence aux textes scandinaves anciens.

Christine : En effet, nous oscillons entre onirisme et réalité. Ce que nous ressentons face à certains événements dans le monde et dans notre vie nous poussent à en parler dans nos textes. Globalement le comportement humain nous questionne et la symbolique autour de la personnification de nos êtres venant de Niflheim est un prétexte pour pouvoir l’exposer.  Comme le dit très bien Mat, nous essayons de faire un doux et amer mélange de tout cela grâce à des figures de style anciennes afin d’amener le public à une certaine immersion.

Quelle est ta piste préférée de l’album ?

Mattjö: C’est très difficile à dire! Je crois bien que j’aime l’album dans son ensemble! Car il est un tout!

Christine: Ahahaha! C’est délicat de répondre à cela. Il m’est difficile de faire un choix catégorique cependant j’ai certaines préférences liées à la tonalité émotionnelle qui émanent de certains titres, de leurs histoires et des souvenirs qui en découlent. Par conséquent je ne dirai pas que j’ai une “piste” préférée mais davantage des chansons qui me parlent plus comme Niu Bylgjur, Niflheims Auga, Allt til Valhallar Dura, Yfir Tarin, Bryr et Skuggar.

 

Qui a réalisé l’artwork ? Et comment avez-vous travaillé ce point du graphisme ?

Mattjö: On a travaillé avec Mark de Temple Noir et Valentine Comin à la photo. Sans oublier le maquillage d’Anaïs Adam pour être Niflungs. On voulait quelque chose moderne, onirique et qui pouvait évoquer la mythologie scandinave. De façon à rendre cette dernière contemporaine.

Christine : J’ajouterai que le chemin a été long avant de trouver ce que nous souhaitions mettre en lumière en terme de visuel de l’album. Cela n’a pas été simple mais lorsque nous avons laissé place à la spontanéité nous avons avancé dans la bonne direction. Le tournage du clip “Skuggar’ nous a beaucoup aidé et notre collaboration avec Mark et Valentine a magnifié la chose.

Est-il prévu quelque chose, en vidéo, pour accompagner cette sortie ?

Christine :  Oui, nous attendons avec impatience la sortie de notre clip “Skuggar”. Il devrait voir le jour avant notre concert au Hellfest. Nous avons hâte de vous le partager! Il nous a demandé beaucoup d’effort et de recherche en termes d’esthétique. Mus a fait un travail incroyable en tant que réalisateur et a guidé une équipe de jeunes professionnels dans l’accomplissement de cette tâche.

Est-ce que ce n’est pas trop difficile de faire semblant de jouer en vidéo ?

Mattjö: le mieux c’est de ne jamais faire semblant !! hahah!!

Christine :  Mat a raison et je crois qu’il est difficile de faire semblant sur des choses auxquelles on croit. Je crois que le maître mot est ‘lâché prise”. Se laisser envahir par ce que l’on chante, la musique, afin de laisser transparaître l’essence même du message et les émotions que nous souhaitons transmettre.

Vous allez jouer au Hellfest cette année. Cela doit être émouvant de fouler les planches du plus grand festival metal de France. Comment prépare-t-on une date de ce calibre ?

Mattjö: Bien que ça ne soit pas la première fois pour moi ( Heilung 2018, Skald 2019), je dois dire que ça met toujours un peu le trac. Le rythme est très soutenu, et le climat souvent très chaud. Il faut donc se préparer physiquement, avoir le meilleur mental possible et connaître son show sur le bout des doigts pour pouvoir bien profiter du moment.

Christine : tout à fait, cela nécessite une préparation plus que rigoureuse. Du sport, une bonne hygiène de vie, beaucoup de travail et une certaine sérénité intérieure. Pour ma part , ce sera ma première fois au Hellfest. Je n’ai jamais eu l’occasion d’y aller et c’est une belle opportunité de le faire et qui plus est en foulant les planches de la TEMPLE.

Quand est-ce que le public pourra vous retrouver sur scène en dehors de ce festival ? Les chansons du nouvel album devraient être de la partie je suppose ? Les spectateurs peuvent-ils s’attendre à de nouvelles surprises ?

Mattjö: Il y a pas mal de choses qui se préparent et de nombreuses surprises à venir !

D’ailleurs, comment travaille-t-on la scène quand on est artiste de folk nordique ? Les lumières, les fumées ont-elles une importance particulière ? Avec Hrafngrimr vous êtes nombreux sur scène en plus…

Mattjö: Je ne sais pas si c’est le style qui veut ça. On aime avoir une part de théâtralité dans la musique pour donner un effet fort au public, mais on aime aussi garder de la spontanéité!! On se considère plus comme un groupe de métal dans l’attitude!

Christine : C’est tout à fait cela, comme un groupe de métal. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons décidé de décrire notre style plus comme du Nü Nordic.

Si je te demande de me dire quelle est ta sortie préférée depuis le début de l’année, tu penses à qui ?

Christine :  Alors là, tu vois, je pleure intérieurement ahahaha! je suis une addict à la musique et aux découvertes musicales et cette question est extrêmement frustrante pour la férue de musique que je suis. Il y a tellement d’artistes formidables et d’albums dont on aimerait faire des dithyrambes et comme choisir c’est renoncer je vais t’en proposer plusieurs. Tout d’abord l’album de Kim Dracula “A Gradual Decline in Morale” qui est sorti l’année dernière en juillet mais je ne peux pas ne pas en parler car c’est une vraie tuerie. Ensuite l’album des IDLES “TANGK” qui tourne en boucle dans ma voiture. j’ai été les voir récemment c’est wouah ! Et évidemment l’album de The Smile “ Wall Of eyes” qui nous emporte émotionnellement. Bon je vais m’arrêter là car je pourrais échanger des heures sur mes découvertes quotidiennes.

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