Entretien avec Mat, guitariste-chanteur de Redemption

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Est-ce que tu peux tout d’abord te présenter et nous expliquer ce que tu fais dans Redemption ?

MAT : Salut, je m’appelle Mat KUHN, j’ai 19 ans et je suis le chanteur/ guitariste/ frère/ fils du groupe Redemption. Alors Redemption c’est un trio de rock n roll qui existe depuis tout juste 4 ans. On a la particularité d’être un trio familial et d’avoir commencé à faire des concerts très jeunes. Rod, mon petit frère, est la batterie et il a aujourd’hui 13 ans. Notre père est le bassiste. Dans le groupe chacun des membres peut écrire des textes, composer des mélodies, suggérer des solos ou bien des grooves batterie. La composition est vraiment libre. Alors dans Redemption je chante, je joue de la guitare, mais ce sont les deux seules choses que je fais tout seul.

D’où vient le nom du groupe, et pourquoi l’avoir choisi ?

MAT : Avant le Redemption que nous connaissons aujourd’hui, Rod et moi avions un groupe de punk rock. Mais à ce moment-là, nous avions vraiment de grandes divergences sur nos influences musicales. Moi j’étais à fond dans Slayer, Kreator etc… Alors que Rod était super branché Bob Marley… Et à la maison passait en boucle le morceau Redemption Song de Bob Marley. C’est vraiment une très grande chanson. Alors un jour ça a sonné comme une évidence. Nous nous appellerons « Redemption ». C’est un nom que le public peut crier en rythme. Il a une dimension mystique et religieuse qui peut plaire aux rockers et un coté provocant qui peut plaire aux métalleux.

Comment en es-tu venu au metal, à la fois en tant que fan et en tant que musicien ?

MAT : Beaucoup de gens pensent que j’ai eu une sorte d’« éducation au métal ». Mais je ne l’ai vraiment pas vécu comme autre chose qu’un choix. C’est vrai que mon père travaillait déjà dans le spectacle et que la plupart des fréquentations de mes parents étaient des gens du milieu. C’est vrai aussi que dans la voiture on écoutait motorhead, les ramones etc… Mais j’aurais pu écouter tout autre chose si je l’avais voulu.

Ce qui m’a passionné avant la musique ce sont les concerts, les looks, les visuels et les charismes des musiciens. Je regardais plus de lives et de photos que je n’écoutais de disques. C’est comme ça que je suis devenu musicien. A force de regarder des lives de Motley Crue ou Motorhead, je savais que je voulais être Nikki Sixx, Randy Rhoads ou Lemmy avant même de vouloir apprendre à jouer d’un instrument. Je n’ai pas pris beaucoup de cours de guitare. A peine un an. J’ai vraiment appris mon instrument en composant des morceaux. J’ai pris quelques cours de chant pour pouvoir avoir les bases de l’échauffement et de la respiration. Rod et moi continuons de progresser de d’apprendre nos instruments.

J’ai exploré un peu tous les styles de musiques avant de trouver ce qui me plaisait vraiment. J’ai une grosse période punk avant de me tourner vers le hardcore et le thrash. Aujourd’hui j’aime le punk, le thrash, le heavy, le hardcore mais c’est vraiment dans l’esprit du rock n roll que je me reconnais.

Comment définirais-tu la musique de Redemption ?

MAT : Je crois qu’un jour, un journaliste a demandé la même chose à Johnny Cash « Comment définiriez-vous votre musique ? ». Il a répondu « régulier comme un train, tranchant comme un rasoir ». Et je n’ai toujours pas trouvé mieux pour définir la musique de Redemption : régulier comme un train, tranchant comme un rasoir. Toute l’âme du groupe est fondée sur l’esprit du Rock N Roll. Musicalement on peut se rapprocher du thrash des fois ou alors du heavy, du hard rock ou du rock n roll. On fait la musique comme elle vient, une musique qui nous correspond. Les morceaux de Redemption sont écrits de façon à pouvoir les chanter instinctivement a chaque fois qu’on écoute le disque et de façon à pouvoir retourner une salle en live.

Qu’est-ce que cela change pour toi de jouer en famille ?

MAT : C’est une drôle de question pour moi parce que je n’ai jamais vraiment joué avec quelqu’un d’autre que la famille. Alors je te dirais que ça ne change pas grand-chose pour moi de jouer en famille. Le vrai choc serait de jouer avec des gens recrutés par des petites annonces. Mais je peux te dire qu’il y a vraiment un bon nombre d’atouts à jouer en famille. Déjà, le simple fait d’habiter ensemble, ça veut dire que la totalité de nos discussions quotidiennes tournent autour du groupe. Ce qui fait que les choix sont faits bien plus vites et que le projet avance lui aussi plus vite. Ensuite ça nous a permis aussi de mettre à profit les  périodes de confinements parce qu’on habite ensemble et qu’on a continué à jouer, répéter et composer.

Après, hormis le côté pratique, je connais par cœur mon frère et mon père. Ça ne veut pas dire qu’on va être d’accord sur tout, tout le temps, mais ça veut dire qu’on peut chacun anticiper les réactions des autres. Ensuite, c’est mon père qui nous a appris à jouer de nos instruments et qui nous a aidé à progresser. Ce qui veut dire qu’on est vraiment tous sur la même longueur d’onde et qu’on a la même façon d’imaginer la musique.

Je pense vraiment que vivre les grands moments de sa vie entouré de toute sa famille ça décuple les effets. Jouer devant des dizaines de milliers de personnes au Hellfest avec mon frère pour me donner le rythme, mon père à la basse et ma mère sur le côté de la scène (elle nous accompagne partout) : ça rend le truc encore plus magique.

C’est vrai néanmoins que tu ne t’engueules pas de la même façon avec ton frère ou ton père qu’avec quelqu’un d’autre. Chez nous ça peut donner des engueulades vraiment explosives mais ça veut aussi dire qu’on se réconcilie très vite.

Three Of A Kind est le nouvel album du groupe. Comment s’est passé son écriture ?

MAT : La plus grosse partie de « Three Of A Kind » a été écrite lors du premier confinement. C’est la première fois que nous avons pu nous consacrer à 100%, sur un gros laps de temps à la composition. D’habitude nous consacrons la plupart du temps à préparer des concerts en essayant de composer petit à petit. On a beaucoup aimé travailler comme ça, on a pu garder une énergie constante. Tout est allé très vite.

C’était une époque (qui est certainement toujours d’actualité) où les gens ne supportaient plus d’être enfermés chez eux. « Three Of A Kind » tourne essentiellement autour d’anecdotes de concerts et d’une certaine nostalgie de la vie avant le covid. « Rock Or Die » parle du dernier moment de trac avant de monter sur scène. Le dernier moment derrière le rideau où on a plus du tout le choix. Il va falloir faire du rock ou c’est la mort (rire). Notre disque nous ressemble. Ce premier album est un hymne au rock, à la liberté et à la famille.

Pour la composition, on fait tout ensemble. N’importe lequel de nous trois à son mot à dire sur n’importe quel instrument. Je ne sais pas très bien comment ça marche dans les autres groupes et je ne sais pas non plus si c’est la méthode la plus efficace. Ce que je sais en revanche c’est que nous sommes tous les 3 fières de chaque morceau que nous composons parce que chaque chanson est le produit d’un travail collectif et passionné.

Où trouves-tu l’inspiration quand il s’agit d’écrire la musique de Redemption ?

MAT : Lorsqu’on écrit une chanson, tout doit d’abord partir d’un riff. Une fois qu’on a le riff, on commence à trouver une mélodie puis un refrain et le morceau commence à se structurer. Pour nous c’est super important qu’il y ait un riff, un refrain et une structure. Les riffs on en fait plein, tout le temps. Lorsqu’on n’est pas en période de composition on les met de côté. Des fois, écrire un morceau peut nous prendre vraiment beaucoup de temps. Sur « Three Of Kind » tout est venu plutôt instinctivement, le disque était composé entièrement en trois mois. L’inspiration on la trouve partout, on la trouve dans notre vécu, dans les liens qui nous unissent et des fois des faits de société. Sur Three Of Kind comme je te disais tout à l’heure, nous avons écrit des textes qui racontent certaines de nos anecdotes de concerts etc… Mais sur notre EP « Angel » tu peux trouver notre morceau « Angel » qui lui dénonce les violences faites aux femmes. L’inspiration nous était venu simplement en regardant les infos qui parlaient d’un fait divers tellement banal malheureusement, du meurtre d’une jeune femme défenestrée par son mari, le tout filmé par des caméras de surveillance.

Quelle est ta piste préférée de l’album, et pourquoi ?

MAT : C’est une question que je me pose depuis déjà un moment et je n’arrive pas à trouver de réponse… J’aime vraiment beaucoup « I Never Knew » parce que c’est une façon de chanter plutôt atypique pour moi et j’aime beaucoup. Ensuite je trouve que ce riff thrash sur le break rend trop bien. J’ai vraiment hâte de jouer ce morceau en concert.

« Three Of A Kind » parle de la famille. C’est une chanson importante pour moi ! Alors je te dirais que j’hésite entre les deux-là.

Comment s’est passé le tournage du live à l’Autre Canal ? Ce n’est pas trop stressant de jouer sans public ?

MAT : Il y a plusieurs formes de stress. Pour ma part, ce qui me fait « stresser » en concert, c’est la peur qu’il n’y ait pas beaucoup de monde. Je suis vachement détendu quand le concert est complet. Alors que d’autres personnes ont plutôt peur du monde. Alors cette expérience de concert sans public c’est particulier je te l’accorde. Je ne pense pas avoir été stressé… il y avait quand même une cinquantaine de personne qui travaillait sur ce projet alors c’était pas vraiment sans public non plus… je savais qu’on était prêts, qu’on était qu’avec des super pros, que tout était parfait en fait. Tout s’est déroulé parfaitement. Nous avions choisi les meilleurs équipes de production vidéo et avions beaucoup travaillé alors pas de stress et seulement le souvenir d’une sacrée expérience.

Ça ressemblera à quoi un concert de Redemption, quand vous aurez le droit d’en refaire ?

MAT : ça ressemblera à un énorme vague massive de décibels. (ou un énorme coup de chaise car il faudra bien évidement tenir compte de la situation sanitaire)

Plus sérieusement : Nous venons d’annoncer un concert le 11 septembre 2021 en Alsace à Ensisheim au Wood Stock Guitares Live. C’est une date importante pour nous pour plusieurs raisons. Déjà parce que c’est notre première date depuis plus d’un an. Ensuite parce que ce sera la première occasion pour nous de défendre notre nouvel album sur scène. Et aussi parce que c’est la première fois que nous jouerons en tête d’affiche. Nous jouerons donc, pour la première fois, plus d’une heure. Ca va être mortel !

Le confinement d’un musicien, ça consiste en quoi ? Beaucoup de musique avant tout ?

MAT : Le confinement d’un musicien je sais pas vraiment. Nous oui on en a profité pour faire beaucoup de musique. Comme je te l’ai dit tout à l’heure on a passé tout notre confinement à composer « Three Of A Kind ». Mais au moment du premier confinement Rod était en 5 eme et moi en terminale alors il a fallu quand même maintenir un peu la barre au niveau des cours à distance. Je ne pouvais plus aller aux entrainements de Boxe alors je me suis mis comme beaucoup de gens à faire du sport à la maison. Donc les journées étaient découpées entre composition, cours en visio et sport. Et avec du recul j’ai vraiment pas détesté cette période… Mais je suis content qu’on passe à autre chose, ça commence à faire long…

2020 a été riche en sorties d’albums. Quel serait ton album de l’année ?

MAT : Je dirais le dernier album de Testament, « Titans of Creation ». Je les ai vu plusieurs fois en concert et je retrouve toujours la même patate et la même sincérité chez eux. Ils sont vraiment incroyables.

Merci pour tes réponses et à bientôt au détour d’un concert !

MAT : Merci à toi pour ton temps et ton intérêt ! Venez nous voir le 11 septembre 2021 en Alsace à Ensisheim au Wood Stock Guitares Live. Retrouvez tous nos disques et notre merchandising sur www.e-redemption.fr

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