Le lac – Yana Vagner

J’ai bien aimé ce livre, même si certains de ses aspects m’ont beaucoup agacée.

Au bout de la route, aux confins du monde : un lac. Vongozero. Huit adultes, trois enfants : onze survivants. L’épidémie qui a ravagé la Russie les a rejetés là, sur la berge gelée, parmi les pins obscurs. Sains et saufs. Mais pour Anna, Sergueï et les autres, l’épreuve ne fait que commencer. Le froid, la faim, les tensions : comment rester soudés quand la glace empêche la pêche ? Quand la promiscuité, la paranoïa et la folie entachent le quotidien ? Vongozero : refuge ou tombeau ?

Le huis-clos est ici très bien exploité et particulièrement original : pas de murs ni de portes, seules comptent les barrières psychologiques que se posent les protagonistes. Sur le bord protecteur du lac, les survivants s’interrogent, craignent et s’enferment dans leurs propres peurs.

Sans rien voir du reste du monde, cette bande de glace est un refuge autant qu’une prison. Il en résulte une sensation étouffante, qui perdure tout au long du roman.

 

Du personnage principal nous ne saurons rien ou presque, si ce n’est qu’elle utilise le « je » d’un bout à l’autre du livre. Mais sa vision des choses reste descriptive, aussi froide que l’environnement dans lequel elle évolue, et les émotions sont suggérées plutôt que racontées et ressenties. Cette apparente neutralité du personnage permet peut-être une identification plus facile, même si la passivité dont elle fait souvent preuve m’a gênée plus d’une fois dans la compréhension du personnage.

 

Le contexte post-apocalyptique n’est ici qu’un prétexte, un décors à ce thriller psychologique où la tension monte au fur et à mesure que les pages se dévoilent.

Plus l’intrigue avance, plus la tension se fait palpable et monte. Face à toute la retenue dont font preuve les personnages pour ne pas briser ce vivre ensemble, on attend l’explosion qui viendra mettre un terme au havre qu’ils avaient cru trouver.

Quelques rebondissements sur la fin m’ont empêchée de trouver la lecture répétitive (du reste, la pression psychologique qui pèse sur le personnage principal se suffit à elle-même pour nous tenir en haleine tout au long de l’oeuvre).

 

L’énorme point négatif tient selon moi au manque d’égalité flagrant entre les sexes et aux stéréotypes sexistes qui en découlent. Les hommes chassent le mammouth et les femmes font la cuisine et s’occupent des enfants. Toutes les décisions sont laissées aux mâles, sous peine de décrire ces dames comme des enfants immatures incapables d’agir de façon raisonnée.

Force est de reconnaître, cependant, que cette répartition des rôles y est pour beaucoup dans le sentiment d’impuissance que l’on ressent tout au long de l’oeuvre, l’héroïne étant si peu capable de revendiquer ses choix et d’agir par elle-même.

Est-ce parce que la misogynie est encore monnaie courante en Russie, ou l’auteure a-t-elle voulu montrer les dérives possibles d’une micro société repliée sur elle-même ? Toujours est-il que cet aspect a été suffisamment dérangeant pour gêner ma lecture.

La fin du livre vient cependant atténuer un peu cette sensation.

Je garde donc une très bonne impression du Lac, qui, malgré ce bémol sexiste venu entacher ma lecture, m’a tenue en haleine pendant plus de quatre cents pages.

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