Dans la Moldavie du XVIIe siècle, la princesse Asa Vajda (Barbara Steele) et son serviteur et amant Igor Javutich, sont condamnés par l’Inquisition pour sorcellerie. C’est le propre frère de la princesse qui prononce la sentence de mort. Avant qu’on lui cloue le masque du démon sur le visage, la sorcière jure de revenir et de se venger. Deux siècles plus tard, les docteurs Kruvajan et Gorobec découvrent en chemin le cercueil d’Asa et la réveillent par inadvertance. Celle-ci fait ressortir de la tombe Igor Javutich. Le couple maudit découvre alors qu’une descendante de Asa, la belle Katia Vajda ( toujours Barbara Steele)  lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Aidée par son fidèle serviteur, la sorcière décide de prendre possession du corps de la jeune Katia. Seuls le frère de cette dernière ainsi que le jeune et fringant Docteur Gorobec essaieront de s’opposer aux sinistres plans de la sorcière…

Suivant les traces de son père, Mario Bava a d’abord été un directeur photo hors pair avant de devenir, presque par hasard au début, réalisateur de film. Si, en 1960, on lui confie Le Masque du Démon, qui est son premier film officiellement, c’est parce que, à plusieurs reprises, Bava a brillamment « sauvé » plusieurs films abandonnés en cours de route par leurs réalisateurs : en l’occurrence Les Vampires et Caltiki, le monstre immortel initiés par Riccardo Fredda, et La Bataille de Marathon commencé par Jacques Tourneur.

Ayant donc fait ses preuves – Bava travaille vite et bien, pour pas trop cher – la société de production Galatea va donc lui faire confiance. Et ils ont eu raison ! Car, même s’il est précédé par Les Vampires (1957) et Caltiki (1959), Le Masque du Démon est le premier véritable chef-d’œuvre du cinéma gothique italien. Ce film est tout simplement le début de l’âge d’or de ce genre qui connaîtra le succès jusqu’au milieu des années 70.

Mais Le Masque du Démon n’aura pas seulement mis le pied à l’étrier à Mario Bava. Une autre légende du cinéma d’horreur naît ici, cette fois-ci devant la caméra : Barbara Steele. Jusqu’alors inconnue, l’actrice anglaise a fait le bon choix en venant travailler en Italie, car elle y deviendra LA Reine de l’Horreur. Son succès, elle le doit amplement à son extraordinaire visage – ah cette beauté mystérieuse et ces yeux immenses!- qui lui permet d’incarner tout aussi bien des personnages innocents ou, au contraire, incroyablement cruels. Barbara Steele fait des étincelles dans Le Masque du Démon en interprétant à la fois la douce et innocente Katia et la maléfique Asa. Hélas, Bava et Steele ne travailleront plus ensemble (bizarrement) mais d’autres réalisateurs italiens se chargeront d’exploiter l’incroyable talent de l’actrice anglaise.

Adapté d’un conte fantastique de Nicolaï Gogol, Le Masque du Démon présente également la curiosité d’être tourné en noir et blanc – question de budget sûrement – alors que Bava se révélera par la suite le grand maître de la couleur. Sans parler qu’au début des années 60, la firme anglaise Hammer cartonne justement avec ses films aux couleurs flamboyantes. Qu’à cela ne tienne, Bava exploitera magnifiquement le noir et blanc – il n’est pas directeur photo et peintre pour rien!- et réussira à donner à son film une poésie noire qui lui permettra de se démarquer des productions anglo-saxonnes.

Le soin que Bava apporte à l’atmosphère sinistre de son film – avec son lot de hurlements portés par le vent, de cryptes glauquissimes, de forêts sinistres aux arbres tordus – rapproche Le Masque du Démon de l’univers d’ Edgar Allan Poe. Après tout, la même année, de l’autre côté de l’Atlantique, Roger Corman entame son cycle Poe avec La Chute de la Maison Usher. Le début des années 60 est décidément très gothique en ce qui concerne le cinéma d’ horreur.

Mais ce ne sont pas les seules influences visibles du Masque du Démon. Le film baigne dans un contexte slave et on ne peut, dès lors, s’empêcher de se dire que cette Moldavie, que Bava nous montre, ressemble à une autre Transylvanie, fantasmée et cauchemardée. Javutich qui vient chercher dans son carrosse, surnaturellement rapide, le Dr Kruvajan, tout ça nous rappelle quelqu’un. Et la crypte où repose la sorcière dans son cercueil… Et ce duo composé par le Dr Kruvajan ( Van Helsing?) et son élève, le Dr Gorobec, deux hommes aux prises avec des forces maléfiques anciennes tout en étant des esprits modernes qui, forcément, ne croient pas aux superstitions. Indiscutablement Bram Stoker et son Dracula ne sont pas loin.

Quiconque a vu Le Masque du Démon oubliera difficilement cette scène d’introduction sinistre, au sens propre, martelée au visage. Ce masque qui donne son nom au film terrorise autant qu’une Vierge de Fer. Et le même spectateur se souviendra toujours de la première scène où apparaît la jeune Katia, dans les ruines, en tenant ses molosses en laisse. Ce plan est un véritable tableau du peintre Bava.

CONCLUSION

Plus malaisant qu’un film Hammer, le film s’illustre également, grâce au savoir-faire d’artisan bricoleur de son réalisateur, par ses effets spéciaux simples, mais saisissants ainsi que par la beauté de ses décors. Mais la grande force du film, outre la grande Barbara, reste sa beauté visuelle et le trouble qu’il provoque chez le spectateur, à grand renfort d’images marquantes. Le visage d’Asa Vajda hantera le public pour des siècles et des siècles. Amen.

FIlmFinder General

FIlmFinder General

Matthew Hopkins, dit le FilmFinder General, est un dévoreur de films. Ayant un penchant assez prononcé pour le cinéma des années 60, 70 et 80, il n'en garde pas moins un œil sur les films actuels, qui, en général, ne le passionnent guère. Mais bon, on est jamais à l'abri d'une bonne surprise ! Poète ( premier recueil édité en 2013 et un second est en route), Matthew écrit aussi de la fiction ( un recueil de nouvelles est en cours d'écriture) ainsi que des chroniques creepy sur son blog. Ce qu'il aime c'est découvrir et faire découvrir ces films injustement tombés dans l'oubli ou méconnus. Le cinéma est un océan qu'on a pas fini d'explorer !

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