archer blancChez Mickey

De tous les super-héros français créés dans les années 1980, l’Archer blanc est à la fois le plus méconnu (des fans de comics) et le plus connu (du grand public). En effet, contrairement à beaucoup de ses confrères tels Mikros et Photonik, il ne fut pas publié chez LUG mais… dans le Journal de Mickey !

En effet à l’époque, cette parution souhaitait mettre en scène un véritable super-héros (par opposition à Fantomiald ou Super-Dingo) et s’adressa pour le créer à François Corteggiani (scénariste de Pif le Chien), qui lui-même alla solliciter le dessinateur Jean-Yves Mitton (alors à l’œuvre chez LUG, sur sa propre série Mikros). Ensemble, ils posèrent les grandes lignes de ce qui allait devenir l’Archer blanc !

Flèches de tout bois

Dans un futur indéterminé, après une longue période de chaos durant laquelle un justicier œuvra pour apporter la paix, la ville de Sherwood semble enfin tranquille. Hélas, le tyran Klovos – un être grotesque et cruel – arrive avec ses hordes de miliciens et prend le pouvoir, imposant un régime dictatorial sans merci. Le peuple perd espoir, mais une prophétie annonce le retour du héros qui ramena jadis la concorde : l’Archer blanc !

C’est un jeune scientifique nommé Scott que le destin choisit pour reprendre ce glorieux flambeau : suite à un accident de laboratoire, le voilà en mesure de traverser le cristal qui protège l’arc magique de son prédécesseur et lui permet de devenir le nouvel Archer blanc. Grâce à cette arme, il acquiert force, vitesse et acuité visuelle ; il a à sa disposition un arsenal varié de flèches et enfin, l’arc le prévient en vibrant quand un danger guette.

Sous son costume blanc, Scott va désormais affronter Klovos et son âme damnée Yargo ainsi que leurs hordes de miliciens, s’employant à déjouer tous leurs plans – jusqu’à renverser ce régime inique.

Plusieurs cordes à son arc

Véritable curiosité méritant d’être redécouverte, l’Archer blanc mêle avec un certain bonheur la culture super-héroïque, la science-fiction dystopique et l’héritage classique de Robin des Bois. Le personnage principal doit ainsi tout autant à ce vieux héros qu’à ses héritiers actuels comme Hawkeye chez Marvel ou Green Arrow chez DC.

Les aventures de l’Archer blanc sont toutes construites selon le même format : elles font dix pages chacune, au cours desquelles Klovos ou son bras droit mettent au point un plan pour opprimer encore plus la population de Sherwood ou se débarrasser de l’Archer blanc, et celui-ci s’escrime alors à déjouer leurs desseins funestes. Une telle pagination peut sembler courte, mais elle permet surtout à François Corteggiani d’imposer un rythme effréné à son scénario. Les péripéties s’enchaînent non-stop, alternant action et développement de l’univers, et évitent l’écueil de la répétitivité – se permettant même de faire progresser petit à petit le fil rouge de la lutte contre le tyran. Tout cela s’avère en réalité trépidant et on se surprend à lire histoire après histoire sans vouloir s’arrêter.

Si le ton général de l’Archer blanc reste naïf voire léger (jeune public oblige), il n’est cependant jamais puéril et se permet même de traiter en filigrane quelques thèmes matures (l’oppression, la propagande, la répression, la nécessité de se révolter…). Le maître-mot ici reste l’aventure, l’action et l’héroïsme et on se prend à s’attacher aux personnages au fil des pages (l’Archer blanc notamment, mais aussi son arc qui est un protagoniste à part entière ; ainsi que les divers personnages secondaires et même les méchants !).

Pour la partie graphique, c’est à un Jean-Yves Mitton en pleine possession de son art que l’on a affaire ! À l’élégance d’un trait typiquement franco-belge, l’artiste combine un dynamisme directement issu des comics américains. Si l’on y ajoute son incroyable sens du design (déjà à l’œuvre sur Mikros, sa série précédente), on obtient des planches qui sont autant de petits chefs d’œuvre, foisonnantes de détails, pleines de vie et aussi colorée qu’on puisse le souhaiter. Le talent de Jean-Yves Mitton se combine à merveille avec l’aisance narrative de François Corteggiani et de cette alchimie naît une bande-dessinée qui renoue avec l’esprit pionnier et inventif du golden age des comic-books.

Dans le mille

L’édition que nous offre Original Watts est le parfait écrin pour (re)découvrir l’Archer blanc, tant le travail accompli est digne d’éloges.

L’ouvrage, en grand format, se présente sous couverture souple à rabats et est imprimé sur un beau papier épais. La couverture est signée Thomas Frisano (autre héritier de la tradition des french comics) et sa patine peinte est du plus bel effet : elle nous montre un Archer blanc particulièrement iconique ! Préfacé par François Corteggiani, le livre se termine sur une galerie de couvertures, les fiches des personnages ainsi que les recherches graphiques de Jean-Yves Mitton. La série elle-même a été restaurée planche après planche par Reed Man, qui s’est également occupé de relettré le tout.

Une foultitude de bonus accompagne cette édition. Poster, tirés à part, certificat d’authenticité… Tout pour donner au lecteur l’impression d’être un client privilégié tenant un précieux collector entre ses mains. Car si le prix peut sembler élevé, il est totalement justifié par tout le travail accompli sur cette édition de luxe, au tirage modeste.

Arc et flèches

En cette fin d’année 2013 où les super-héros issus du courant french comics des années 1980 ressurgissent les uns après les autres, l’Archer blanc méritait bien de figurer en bonne place. Qualité de la série et qualité de l’édition valent en effet que l’on s’y attarde et les amateurs de super-héros seraient bien inspirés de se pencher sur cet héritier de Robin des Bois, qui fit jadis les beaux jours du Journal de Mickey.

Tiré à seulement trois cent exemplaires, il reste sans doute encore quelques albums de l’Archer blanc en stock chez Original Watts – pensez donc à en commander un pour Noël !

L’Archer blanc

Une bande-dessinée éditée par Original Watts ; tirage limité à 300 exemplaires

144 pages + certificat d’authenticité numéroté et signé + poster + deux tirés à part numérotés et signés + un autocollant

59 € + 7 € de frais de port – vente par correspondance exclusivement

Trois questions à Original Watts, éditeur de l’Archer blanc

eMaginarock (M) : Mikros, Photonik… Cette fin d’année 2013 voit le retour de nombreux vieux « sup’héros » ! Qu’est ce qui vous a donné envie de rééditer l’Archer blanc ?

Original Watts (OW) : Plusieurs choses ont motivé notre envie et notre choix de rééditer en intégrale l’Archer blanc.

Première motivation : remettre ce super-héros « made in France » à sa juste place. L’Archer blanc est moins connu que les deux super-héros cités dans votre question, pourtant c’est une aventure-clé qui a permis à Jean-Yves Mitton de sortir des éditions LUG. On lui a demandé de créer avec François Corteggiani un super-héros pour le Journal de Mickey. Comme cette revue n’était pas spécialisée dans les comics, l’Archer blanc n’a pas marqué les esprits des fans de l’époque LUG. Pourtant, il a toute sa place parmi les super-héros français ! Il est superbement bien dessiné et il a vraiment l’étoffe d’un grand… Normal : c’est Jean-Yves Mitton au pinceau…

Deuxième motivation : réaliser une édition digne des auteurs Mitton & Corteggiani et contribuer à redonner à ce super-héros son rang de french comic des années 1980 avec les codes que nous connaissons tous : format souple, tout en couleur, etc. Les Éditions Soleil avaient déjà réédité l’Archer blanc en 1998 mais cette édition cartonnée n’était pas très bien imprimée, les planches n’étaient pas toujours bien cadrées, l’ordre des épisodes de dix pages n’était pas forcément respecté et surtout, le troisième tome n’est finalement jamais sorti. Du coup, l’Archer blanc avait été un peu saboté…

Troisième motivation et challenge : Mikros et Photonik faisaient leur come back. Il nous a paru indispensable de mettre en avant l’Archer blanc à cette occasion, afin qu’il trouve enfin son lectorat de comics, parmi les lecteurs et fans des éditions LUG…

Pour cela, on a réussi à réunir la dream team LUG : Jean-Yves Mitton, Thomas Frisano et Reed man… Le rêve ! Comment ne pas être motivé ?

M : Quel travail éditorial avez-vous effectué sur cet ouvrage ?

OW : Pour la conception, nous nous sommes dits : « L’Archer blanc doit reprendre sa place de super-héros et de comic-book des années 1980… » En partant de ce principe, nous avons essayé de respecter tous les codes du comic-book français et américain des années 1970 / 1980, avec une touche de modernité pour que l’ouvrage vieillisse bien. C’est pour cela que vous retrouvez dans cette édition couleur une couverture vernis mat avec des pages à volet illustrées, le format souple, les couleurs restaurées (par Reed Man), un relettrage à la LUG (par Reed Man encore), un encart sur la couverture typique d’un comic-book américain, le papier offset légèrement crème de l’époque LUG, le poster façon Strange et tous les petits détails qui font que l’Archer blanc retrouve finalement toute sa splendeur et sa place dans le bouquet des super-héros à la française.

Ensuite, il ne faut pas oublier qu’Original Watts est spécialisé dans les ouvrages à tirage imité et de luxe. Nous nous sommes donc entourés des meilleurs (Reed Man et Thomas Frisano). Nous avons ensuite mobilisé toute notre créativité et notre savoir-faire pour produire un livre d’exception. Ceci se retrouve dans le tirage (qui est de seulement trois cents exemplaires numérotés et signés), dans le choix du papier, de la qualité d’impression, de la pagination, dans la décision de restaurer toutes les couleurs, dans le choix du format A4 pour mettre le plus en valeur possible les planches et les recherches de personnages de Jean-Yves Mitton – et dans tous les inédits et bonus que nous avons demandé à Thomas Frisano et Reed man de réaliser !

Tous les artistes qui ont travaillé sur le projet sont vraiment contents du résultat… C’est une grande satisfaction pour nous. Nous avons également de très bons retours de la part des lecteurs… Ce qui nous ravit encore plus, car nous avons beaucoup travaillé sur ce projet pour les satisfaire.

M : Original Watts prévoit-il d’éditer d’autres livres sur les fameux « sup’héros » qui firent notre bonheur dans les années 1980 ?

OW : Effectivement, le courant est très bien passé avec tous les artistes, et notamment Jean-Yves Mitton. Le tirage de l’Archer blanc a démontré nos compétences, notre rigueur et notre professionnalisme. Cela nous a permis de lui proposer un nouveau tirage limité : un mix entre le Strange Spécial Origines et les encyclopédies Marvel LUG de l’époque. Il a rapidement accepté le projet – et nous a confié « Je vais rajeunir de trente ans avec vous… » Je crois vraiment qu’il prend plaisir à reprendre du service pour dessiner du super-héros et surtout de l’inédit.

Pour ce futur ouvrage de prestige de quatre vingt pages couleur, nous avons commandé à Jean-Yves Mitton : une couverture, une page sommaire façon Strange, une quatrième de couverture et quarante neuf illustrations inédites de tous les personnages super-héroïques que Jean-Yves Mittton a dessiné (hors personnages Marvel), tout au long de sa carrière. Les fiches techniques de tous ces héros seront fournies avec. Il y aura des couvertures d’archives – LUG et autres – pour accompagner ces illustrations. La qualité, le format et la conception seront peu ou prou les mêmes que pour l’Archer blanc. Le prix sera aussi de cinquante neuf €uros : il y aura quand même cinquante deux planches inédites… Pour couronner le tout, toutes les couleurs seront réalisées par Reed man et il y aura une préface de Ciro Tota… La boucle est bouclée…

Si tout se passe bien (et se vend bien !), on fera sûrement d’autres intégrales des « sup’héros » de Jean-Yves Mitton. On a déjà de bonnes idées sur la conception qui fera de ces comics des indispensables… À suivre donc sur www.originalwatts.com

Propos recueillis par Romain d’Huissier