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Pirates des Caraïbes 5 : la vengeance de Salazar – Joachim Ronning et Espen Sandberg

 

Henry Turner sait son père condamné à occuper le titre de capitaine du Hollandais Volant. Pour le libérer, il est décidé à retrouver le Sceptre de Poséidon à qui l’on attribue tout pouvoir sur les océans. Il se lie bientôt à Caryna qui partage son ambition. Aidés du capitaine Jack Sparrow, ils se lancent dans cette quête.

Sept ans après la Fontaine de Jouvence, la franchise Pirates des Caraïbes est de retour pour un cinquième opus. Cet épisode tente de retrouver l’esprit de la première trilogie de la série et joue à fond la carte de la nostalgie. Mais est-ce vraiment suffisant pour être son seul argument de vente ?

Dès les premières secondes, l’amateur de Pirates des Caraïbes est en terrain connu. Thème musical familier, Hollandais Volant, Orlando Bloom, il est évident que la volonté affichée est de renouer avec les grandes heures.

Cette logique se poursuit sur l’introduction de Jack Sparrow. Sa première apparition, improbable, souvent drôle ou décalée, est un coda de la franchise. Cette fois encore, le film touche juste et offre un démarrage en fanfare à notre bon capitaine. Sauf que ce plaisir est de courte durée : ce Pirates des Caraïbes échoue totalement à retrouver le personnage malicieux, retors et maladroit. Constamment ivre, Sparrow ne sert à rien et ne suscite aucune empathie : ni haine ni sentiment positif, il traverse le film comme le premier super héros venu. Certes, il reste quelques moments drôles (dont la mise à l’eau du bateau Dying Gull, ma scène préférée), toutefois le film ne parvient pas à recréer l’alchimie autour de son personnage principal.

 

Pourtant, le scénario de la Vengeance de Salazar a le potentiel pour réussir à nous faire voyager. Piraterie, dangers, objet mythologique en McGuffin aka le sceptre de Poséidon cette fois, lieux magiques, grands espaces, histoires entremêlées, les arguments sont nombreux. Pourtant, c’est là aussi un échec. L’aspect mythologique est expédié en deux dialogues mal écrits. Pire, la contextualisation de la malédiction de Salazar, le grand méchant, est mal amenée (quelle est diable le lien entre le compas de Jack et la prison du triangle ?) alors que sa caractérisation n’a rien d’originale pour la série – encore un exterminateur de pirates, encore le pire ennemi de Jack venu de sa jeunesse.

Si l’on continue à creuser, viennent au jour les multiples incohérences créées par Pirates des Caraïbes 5 au sein de la franchise. Petit florilège non exhaustif : le film ne tient pas compte de l’origine du compas (d’abord donné à Jack par Tia Dalma, maintenant récupéré sur le capitaine mort) ; l’origine du titre de capitaine de Jack prête à confusion (Davy Jones dit que Jack se présente comme capitaine après leur accord pour récupérer le Pearl ; or cet épisode nous révèle qu’il a acquis ce titre bien plus tôt par un acte de bravoure) ; le titre de capitaine du Hollandais Volant est devenu soudain une malédiction, alors que la malédiction de Davy Jones venait du fait qu’il n’accomplissait pas son rôle de passeur d’âmes. Will Turner joue son rôle, alors en quoi est-il maudit ? Et pourquoi commence-t-il à se crustaciser à vue d’œil ? ; comment croire que presque quinze ans ont passé entre Jusqu’au bout du monde et cet épisode, sachant que personne ne vieillit sauf Barbossa ? Temporellement, il y a un gros problème d’enchainement si on se réfère à l’âge de Henry Turner.

Pour un univers de Fantasy relativement simple à suivre, cela fait beaucoup. C’est d’autant plus agaçant que c’est purement factuel, et donc évitable.

 

L’aventure n’est globalement pas au rendez-vous. Quelques moments de bravoure sont ratés : d’abord la scène de la banque, trop longue et gâché par des incrustations limites (celle de Jack pour sauter le pont est indigne d’ILM) ; ensuite l’affrontement parallèle Black Pearl/Silent Mary et Sparrow/Salazar, censé être un climax, est ruiné par l’obscurité qui devient une plaie récurrente du blockbuster moderne, alors que le montage rend le combat quasi illisible.

La réalisation du duo Joachim Ronning-Espen Sandberg offre tout de même quelques bons moments. La découverte de l’ile de l’étoile du Nord en fait partie. Mais il y a globalement peu d’ambition dans la recherche des plans, l’icônisation ou le mouvement. Une séquence m’a frappé : celle où le navire de Salazar, capable de détruire des bateaux en s’écroulant sur eux comme une mâchoire qui les broierait, s’attaque à un bateau de Barbossa puis de la marine anglaise. Le parallèle avec la première attaque du Kraken dans le Secret du Coffre Maudit fait mal au cinquième épisode : là où Gore Verbinski cherche à faire ressentir la terreur suscitée par les tentacules du monstre et sa violence/capacité de destruction, Ronning et Sandberg illustrent platement et détournent pudiquement la caméra au moment du choc.

 

Cette platitude se retrouve dans le jeu d’acteur. Johnny Depp joue le Sparrow titubant sans nuances ni motivation. Ses interactions avec les personnages secondaires sont réduites au strict minimum, y compris ses duos avec Gibbs et Barbossa, traditionnellement distrayants. Il en va de même pour Kevin McNally et Geoffrey Rush, ce dernier ayant plusieurs scènes pour s’illustrer sans qu’il parvienne à insuffler son ironie et son mordant habituel.

Les nouveaux venus s’en sortent bien. Javier Bardem compose un méchant intéressant, à défaut de sortir de ses rôles de psychopathes actuels. Kaya Scodelario et Brendan Thwaites forment un couple bien plus convaincant que celui de la Fontaine de Jouvence. Les acteurs communiquent une certaine bonne humeur qui rend leurs péripéties agréables à suivre dans l’ensemble.

 

 

Reste donc la nostalgie comme ultime bouée. La musique en est le premier ressort. Mêlant d’anciens thèmes de la franchise avec de nouveaux, assez réussis, Geoff Zanelli tente souvent d’insuffler avec succès de l’énergie aux images comme aux plus belles heures de Jusqu’au bout du monde.

La fin de la Vengeance de Salazar s’y raccroche directement : en retrouvant Will et Elisabeth dix ans après, l’amateur verra une page se tourner avec émotion. Un final réussi qui laisse l’étrange sensation d’une parenthèse qui se ferme : nous sommes revenus à la fin de Pirates des Caraïbes 3, la situation est la même et l’aventure peut recommencer. Dans une autre orientation ?

Conclusion

Malgré potentiel certain, Pirates des Caraïbes 5 : la Vengeance de Salazar est un blockbuster frustrant qui confirme le déclin de la franchise après la Fontaine de Jouvence. Incapable de se réapproprier les qualités inhérentes à la série, il agace le spectateur en quête de divertissement. Heureusement, tout n’est pas mauvais, mais c’est trop peu pour répondre aux attentes des amateurs de Jack Sparrow.

Pirates des Caraïbes 5 : la Vengeance de Salazar

Réalisé par Joachim Ronning et Espen Sandberg

Avec Johnny Depp, Kevin McNally, Geoffrey Rush, Javier Bardem, Kaya Scodelario et Brendan Thwaites

Bientôt disponible en DVD et Bluray

À propos Kevin

Passionné d'imaginaire, Kevin lit, voit et assiste à pas mal de choses. Il partage ses découvertes et aime repartir vers le passé, le temps d'une chronique ou d'un article. Depuis 2008, il joue aussi les scribouilleurs amateurs chez Rivière Blanche (Dimension Ecologies Etrangères), Malpertuis (Malpertuis VI) ou les éditions Mots & Légendes où son premier roman de Fantasy débarquera courant 2017.

Un commentaire

  1. Ouais ouais, je m’en doutais un peu… Quel dommage de gâcher ainsi les 3 premiers 🙁

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