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Choucroute maudite – Rita Falk

Dans le village de Niederkaltenkirchen, en Bavière, le commissaire Eberhofer mène une vie plutôt paisible. Il promène son chien Louis II et règle ici et là quelques problèmes. De manière pas toujours très conventionnelle, mais bon. Quand il sort son flingue pour arrêter le suspect d’une infraction bénigne, en général l’un de ses voisins, il a le malheur de découvrir que le suspect en question possède un chat, auquel il est allergique. Du coup, c’est le suspect qui le ramène chez lui, pleurant ; mouchant et plein d’urticaire. Quand il casse un carreau pour s’introduire dans le sous-sol d’un autre voisin qu’il suspecte de quelque crime, le voisin ne tarde pas à l’appeler pour enquêter sur l’effraction inexplicable de ce cambrioleur qui n’a rien volé et qui s’est bêtement compliqué la vie dans la mesure où la porte d’entrée n’est jamais fermée à clef.

« Est-ce que la viande est bien fraîche, demande-t-elle à Simmel. Il lui tend le jarret de porc et le pose sur le comptoir : regardez, si vous voulez, vous pouvez encore sentir le pouls. »

Il faut dire aussi qu’à Niederkaltenkirchen, tout le monde est un peu farfelu. Il y a ce boucher qui ne manque pas d’humour, mais aussi le propre père du commissaire, qui n’arrête pas d’écouter les Beatles en fumant des pétards, son frère et sa copine roumaine un peu nympho ou encore sa mémé qui est une vraie terreur. Mais bientôt une série d’accidents vient rompre la routine. On se met à mourir chez les Neuhofer. Le père s’électrocute en réparant un frigo, la mère dépressive se pend, un fils se prend un container sur le cigare. Eberhofer trouve ça louche. D’autant plus que leur domicile et leur terrain sont rachetés pour un faire une station-service et que l’affaire semble à la fois louche et juteuse. Les supérieurs d’Eberhofer le désavouent. Il n’y a rien de suspect. Il se fait des idées. Même si le dernier des Neuhofer, tiens donc, défunte d’un très banal accident de scooter. Encore une coïncidence, sans doute.

« Mes supérieurs pensent que si je dois descendre quelqu’un, autant que ce soit dans ma province natale. C’est ainsi que j’ai atterri là où je suis aujourd’hui. »

Le souci, c’est que tout le monde dans sa hiérarchie considère qu’Eberhofer est cinglé. Il faut dire qu’il s’est fait virer de son poste à Munich. Et aussi qu’on l’oblige à aller consulter un oto-rhino-laryngologiste qui est un peu psychiatre à ses heures. On le met en vacances. Mais Eberhofer s’obstine. Et, avec lui, tous les moyens sont bons.

Cocasserie, comique de situation, vaudeville, personnages ayant le sens de la répartie : on s’amuse donc à travers cette enquête atypique qui verra, comme on pouvait s’y attendre, Eberhofer finir par triompher, presque seul et contre tous, après avoir investigué non seulement dans son village, mais aussi à Majorque, sur les traces d’une entreprise immobilière pas tout à fait bien comme il faut.

On connaît la vérité éternelle : les plus courtes sont les meilleures. Rita Falk l’a compris en limitant son roman à deux cent quarante pages bien aérées, segmentées en vingt-cinq chapitres courts. Même ainsi, à force de vouloir être toujours drôle, l’auteur n’est pas toujours au parangon de la finesse, mais, au royaume de la choucroute et des charcuteries, il ne faut ni s’en offusquer ni s’en étonner. On recommandera donc de ne pas lire « Choucroute maudite » d’une traite, mais plutôt en deux ou trois fois, en entrée, en dessert, et pour rire un bon coup avant de s’endormir.

Bilan positif, donc, pour ce petit polar cocasse, avec son personnage de flic inattendu et son environnement tout ce qu’il y a de plus folklorique (sans compter un glossaire et, en bonus final, plusieurs recettes de l’inénarrable Mémé) qui permet assurément de passer un bon moment. On ignore pour l’heure la réception que lui fera le public, mais il se pourrait qu’avec le commissaire Franz Eberhofer, dont Rita Falk a déjà écrit en langue originale un bon nombre d’enquêtes, les éditions Mirobole aient trouvé un nouveau filon.

Rita Falk

Choucroute maudite

Traduit de l’allemand par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux

Editions Mirobole

 

Les éditions Mirobole sur Mythologica :

« Avenue Nationale » par Jaroslav Rudis

Avenue Nationale – Jaroslav Rudis

« L’Agence secrète » par Alper Caniguz

http://www.mythologica.net/lagence-secrete-alper-caniguz/

« Psychiko » de Paul Nirvanas :

http://www.mythologica.net/psychiko-paul-nirvanas/

« L’Autre ville » de Michal Ajvaz :

http://www.mythologica.net/lautre-ville-michel-ajvaz/

« Les Furies de Boras » d’Anders Fager :

http://www.mythologica.net/les-furies-de-boras-anders-fager/

«  Je suis la reine et autres histoires inquiétantes » d’Anna Starobinets :

http://www.mythologica.net/je-suis-la-reine-et-autres-histoires-inquietantes-anna-starobinets/

« Le Vivant » d’Anna Starobinets

http://www.mythologica.net/le-vivant-anna-starobinets/

« Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère, et retrouvé l’amour » de S. G. Browne : http://www.mythologica.net/comment-jai-cuisine-mon-pere-ma-mere-et-retrouve-lamour-s-g-browne/

« Noir septembre » d’Inger Wolf :

http://www.mythologica.net/noir-septembre-inger-wolf-2/

About Alaric

Lecteur surtout de littérature générale, mais fervent défenseur des littératures de l’imaginaire dès qu’elle transcendent le genre et viennent nourrir, et même enrichir, le domaine précité. Pas très attaché aux étiquettes, donc, et toujours prêt à plonger dans un volume original, en espérant y trouver une de ces œuvres qui sont capables de s’inscrire dans la durée.

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