Un diptyque mêlant fantasy, steampunk et intrigues politiques qui est des plus intelligents et prenants.
À Novi Zora, tout s’achète, même les souvenirs. Voilà quatorze ans que la nation, vaincue par Mirska lors d’une guerre sans merci, vit dans la honte et la misère. Anastasia connaît bien la valeur de la poussière mémorielle : elle a vendu son passé pour devenir voleuse de souvenirs. Ses missions, de plus en plus dangereuses, la mènent jusqu’au Parlement des Trente. C’est là que Lev compte trouver sa place en gravissant les échelons politiques, aidé d’un mentor anonyme. Contrairement à ses traîtres de parents, effacés de toutes les mémoires par le châtiment de la damnatio memoriae, il entend marquer l’Histoire en restaurant la gloire de sa patrie. Mais dans les coulisses du Parlement, les souvenirs les plus précieux attisent les convoitises. Quand les échos du passé se heurtent aux ambitions de l’avenir, il faut parfois se méfier de sa propre mémoire…
Une autrice que j’apprécie
J’ai découvert Bleuen Guillou avec ses deux romans de la série Conjurations, dans la collection Naos de chez Mnémos. Et déjà j’avais été séduit par son adaptation imaginaire de l’antiquité romaine à l’époque. Cette fois elle propose un roman plus intense encore, plus mature malgré le fait qu’il soit destiné à un public young-adult. Les thématiques sont puissantes, et le lecteur se prend aisément au jeu de l’aventure proposée.
Un superbe livre
Didier Jeunesse a mis les petits plats dans les grands pour ce beau bébé : jaspage de qualité, dorures sur la couverture, belle mise en page. Tout est mis en place pour que le lecteur bibliophile se sente attiré vers ce roman, et cela marche car c’est personnellement le premier truc qui m’a attiré vers lui. Du très très beau travail de fabrication en tous cas.
Une histoire et un univers passionnants
L’histoire de Novi Zora et de son ennemi Mirska, suite à la guerre sanglante qui les a opposés et qui a généré les poussières mémorielles, qui vont être au centre de l’intrigue, est absolument passionnante. Mélangeant intelligemment steampunk, fantasy, mais aussi histoire romaine (la spécialité de l’autrice), ce récit séduit dès les premières lignes. On se prend au jeu tant des intrigues politiques, des infiltrations et du danger. Bleuen Guillou parvient à nous tenir en haleine sur les presque 600 pages de ce premier opus, ce qui n’est pas un mince exploit… Alors oui d’aucuns trouvent la mise en place un peu longue pour du young adult mais personnellement cela ne m’a pas tant choqué au vu de la densité de l’univers proposé.
Deux héros complémentaires
Cela tient notamment à deux héros totalement complémentaires : Anastasia et Lev. La jeune femme, qui va vivre un twist énorme en fin de roman des plus réussis, est une voleuse de fumée mémorielle, qui alimente le marché noir. Son chemin va croiser plusieurs fois, directement ou indirectement, celui de Lev, orphelin devenu l’assistant d’un parlementaire manipulé par l’un des autres Trente. Les deux protagonistes sont parfaitement créés, avec une vraie densité qui les rend crédible du début à la fin. Le lecteur se prend au jeu de leur aventure et s’y attache avec plaisir.
Ce premier tome du diptyque La Mémoire des vaincus est une petite pépite. L’univers proposé est dense et passionnant, les personnages attachants et crédibles, tandis que l’aventure qu’ils vont vivre nous tient en haleine du début à la fin. J’ai vraiment hâte de me plonger dans le second opus, qui promet une conclusion épique à cet excellent début.
