Un roman dystopique orignal et puissant.
Dans un monde dystopique, l’art peut-il être la voie de la révolte ?
La Roche. Tous rêvent de fuir cette île sinistre et isolée, où la ressource en eau est rare et les gens abrutis par le labeur. Divisés en castes, les habitants rêvent de faire partie des élus qui prendront le train pour la Capitale, paradis d’où personne ne revient. Mais certains ont décidé d’entrer en résistance, à leur manière. L’artisan Dael, qui illumine le gris de la ville avec des guirlandes pour faire briller les yeux de sa fille Loo. La fouisseuse, qui accumule dans son sous-marin rouillé tous les objets possibles pour tenter de combler le vide de son coeur. Et Sol, qui a décidé de combattre la dictature par la plus belle et la plus indolore des armes : la musique. Lorsque leurs chemins se croiseront, leur vie pourrait bien basculer définitivement…
Un décor original
La Roche nous emmène dans un décor original, où s’affrontent différentes perspectives. Île rocheuse désolée, battue par les vents et dévastée par l’exploitation humaine, ce bout de terre définit l’horizon des protagonistes. Ils s’y trouvent confinés par leurs dirigeants, sans autre espoir de sortie que celui de prendre le train pour quitter les lieux. Mais au chœur de la masse, un autre point de vue s’élève : celui de rendre l’endroit meilleur, au lieu de le fuir. Un parti pris intéressant, qui donne à réfléchir.
Des personnages attachants
Le récit s’attache à des personnages touchants et forts. On se laisse porter par la puissance tranquille de Dael et l’intelligence écorchée de la fouisseuse ; transcender par la révolte intransigeante de Sol et les questionnements si justes de la toute jeune Loo. C’est un vrai plaisir de suivre ces protagonistes qui prennent corps au fil des pages, et de les accompagner dans ce long cheminement.
Une critique de la société actuelle
Difficile de ne pas voir, derrière l’imaginaire de La Roche, une critique tranchante de la société actuelle. Le rêve de la Capitale s’impose rapidement comme une métaphore des success stories qu’on vend au peuple pour mieux les asservir. Dans cette société prônant la méritocratie, le peuple s’épuise à travailler dans l’espoir d’une vie meilleure. Très vite, on comprend pourtant que le labeur n’est qu’un outil de contrôle pour le pouvoir en place. Un pouvoir qui se maintient grâce à l’adhésion des citoyens eux-mêmes, bercés par les illusions qu’on leur promet. Les yeux tournés vers un paradis dont ils ne savent rien et qu’ils s’épuisent à tenter d’atteindre, ils ne voient pas que leur îlot désolé se meurt.
La puissance de Dael tient justement dans cette volonté de rendre leur terre meilleure. Là où la multitude ne pense qu’à fuir, lui renoue patiemment avec la beauté cachée de cette roche aride. Car il en est certain, l’avenir est ici et dépendra de ce que les habitants feront des lieux. Il n’y a qu’un pas pour y voir une métaphore de notre planète qui s’épuise, sans que nous soyons capables de lui rendre suffisamment pour qu’elle nous offre un environnement viable.
J’avoue avoir été moins convaincue par la fin, qui m’a laissée un peu déçue par rapport aux engagements que j’avais cru lire dans le reste du roman. Cela n’a rien enlevé à mon plaisir de découvrir cette histoire, car le voyage importe tout autant que la fin !
