Après deux opus assez réussis, Michael Giacchino revient pour Spiderman : no way Home avec l’ambition de faire synthèse des BO précédentes et de se plonger dans l’histoire cinéma de l’homme-araignée. Ce choix rare dans les productions Marvel rend sa partition riche et prenante.

Comme à chaque épisode, le thème de Spiderman est mis en avant tout au long de l’album. Il structure la BO, de ces moments les plus calmes (Forget me Knots) à ses élans les plus épiques (Sling vs Bling et sa chorale dantesque).

C’est dans Arachnoverture que Giacchino pousse le curseur le plus loin. Dans cette suite longue de 10 minutes, il lâche l’orchestre dans un morceau de bravoure qui sert de End Title. Il y joue les thèmes principaux. Bien entendu, celui du personnage y a la part belle. La piste démarre avec le motif habituel, avant de s’attaquer au motif des méchants (vers 2:10). Il bascule ensuite vers le thème de Peter, que j’évoque ci-dessous, avant que notre Spidey theme se voit offrir une belle version chorale vers 6:40. Et là, c’est le déchainement ! Près de quatre minutes de virevolte orchestrale, entre chœurs épiques, pupitres déchainés comme les cuivres. Le bref retour au calme bascule vers une conclusion version rock déjanté !

 

Il introduit dans cet opus ce que l’on pourrait appeler un thème plus personnel à Peter Parker, découvert dans Gone in a flash et qui brille tout au long de l’album grâce au piano soutenu par les cordes (Exit to the lobby, A doom with a view et son thème de Spidey au violoncelle en contrepoint). Il apparait ainsi de loin en loin, donnant une autre ligne de structure à l’allbum. La filiation des deux thèmes Parker/Spidey est particulièrement bien amenée dans Forget me Knots. C’est encore le piano qui ouvre le thème de l’Araignée, en mode mineur, puis les cordes lui opposent la marche lourde du thème de Peter, soutenu par les cuivres. Les mêmes instruments reviennent sur Spiderman dans la continuité, avec une chouette fluidité qui commence à les mêler. C’est ensuite le piano qui revient sur Peter (à partir de 3:05), accompagné des cordes. La chorale vient rajouter une gravitas bienvenue à l’ensemble. Ils explosent finalement ensemble dans la dernière minute (5:48), scellant le beau mariage entre les deux mélodies.

 

La surprise de cet album est l’apparition importante du thème de Doctor Strange, à la suite du film sur le personnage que Giacchino avait également mis en musique. Il est introduit dès All spells breaks loose. Joué par le hautbois, il prend de l’ampleur puis gagne en puissance dans une piste extrêmement maîtrisée, peut-être la meilleure de ce No way Home.

Il apparaît alors régulièrement tout au long du CD, où il croise les autres thèmes et motifs dans des oppositions riches et épiques (Sling vs Bling, Shield of Pain).

Le thème de Strange est une grande réussite du compositeur. Il est riche en nuances tout en gardant une mélodie identifiable. Les développements qu’il lui apporte ici l’enrichisse encore à l’image du jeu de réponse entre ce thème et celui de l’Homme-araignée dans Sling vs Bling. Moins “pompier” que celui de Spidey, il est le grand gagnant musical de cet épisode. Il faut espérer que Danny Elfman le réutilisera dans Doctor Strange 2 au lieu de modifier encore l’approche musicale d’un personnage phare.

 

 

Car Michael Giacchino n’a pas hésité à citer Elfman en reprenant les thèmes composés pour les méchants des Spiderman de Sam Raimi. Elle permet au compositeur de revisiter des mélodies marquantes comme celle du Bouffon Vert (No good deed, Liberty parlance, Arc reactor) et de Dock Ock (Octo Gone, Otto Trouble).

Dans la piste Shield of Pain, il utilise aussi une partie du thème de Spidey made in Elfman, tout comme il cite le thème du héros made in Amazing Spider-Man et composé par James Horner.

Cette œuvre de synthèse est assez rare chez Marvel, d’autant que Giacchino n’hésite pas à se citer lui-même en complément ; il utilise le thème du méchant de l’épisode précédent, Mysterio, dans la piste Damage Control. L’ensemble est très cohérent et fait regretter que le studio soit si peu attentif à ces points dans l’approche de la musique de ses films.

Thème, thème, thème ! Comme dans cette chronique, c’est la dominante de cet album bien conçu et prenant où Michael Giacchino nous prouve encore ses talents. Joueur avec son auditoire, il nous comble avec des mélodies très variées qui donnent un ensemble riche où les écoutes s’enchainent pour en découvrir tous les trésors. L’excellente surprise de la fin 2021/du début 2022.

Kevin

Kevin

Passionné d'imaginaire, Kevin lit, voit et assiste à pas mal de choses. Il partage ses découvertes et aime repartir vers le passé, le temps d'une chronique ou d'un article. Depuis 2008, il joue aussi les scribouilleurs amateurs chez Rivière Blanche (Dimension Écologies Étrangères), Malpertuis (Malpertuis VI, Malpertuis X) ou les éditions Mots & Légendes où son premier roman de Fantasy historique, Entre la Louve et l'Olympe, est disponible.

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