Entretien avec Valentin, aka Mr23, artiste en photo-manipulation

Après quelques semaines de pause, les interviews d’artistes reprennent.Et cette fois ce n’est pas France que j’ai été vous chercher Valentin, dont le talent rayonne depuis plus d’un an maintenant sur les réseaux sociaux. Mais je vous laisse le découvrir, ainsi que son œuvre, atypique et pourtant séduisante, et je vous dis à bientôt pour une prochaine rencontre !

 

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Peux-tu tout d’abord te présenter et nous expliquer comment tu es devenu artiste ?

Bonjour. Je m’appelle Valentin, mais tout le monde me connaît sous le nom de Mr23. Je suis né dans un village pauvre dans les années 80 et de ce fait j’ai été obligé de me créer mes propres jouets et de jouer avec des personnages imaginaires, et cdela m’a aidé plus tard quand j’ai créé mes propres designs.

J’ai commencé Photoshop à l’âge de vingt ans, tout d’abord juste pour le fun, puis pour moi, et ensuite j’ai commecné à travailler comme freelance sur mon temps libre. A cette époque j’étais professeur d’arts martiaux, activité que j’ai commencé en 1997 et en 2007 je l’ai couplée à de la danse. J’ai continué le design en parallèle de ma propre école de danse, mais peu de gens savaient ce que je faisais. Puis la pandémie est arrivée et a tout changé, tuant pratiquement mon école de danse, et je devais faire quelque chose pour ne pas devenir fou, j’ai donc créé sans cesse et les gens ont commencé à me connaître et à aimer mon travail.

Pourquoi as-tu commencé la photo-manipulation ?

Il m’est difficile de dire pourquoi, je sais juste que j’ai toujours é&té très attiré par l’inconnu, poar les choses qui ne pourraient pas arriver dans la réalité. Pour compenser mon enfance difficile, puisque j’ai dû travailler depuis l’âge de quatre ans, j’essaie désormais de vivre à travers mes œuvres cette partie enfantine de ma vie que je n’ai jamais pu vivre. J’aime également toutes les formes d’art : je suis impliqué dans les arts martiaux et la danse, et donc les arts graphiques m’ont semblé une continuité logique de cet amour artistique profond.

Tes images sont essentiellement liées à la pop culture, la fantays, la science-fiction… D’où t’es venue l’idée de te plonger dans ce type d’univers ?

Eh bien je dirais que mon activité principale à l’école de danse, en tant qu’instructeur, chorégraphe et danseur, qui m’oblige à me poser la question du mouvement, des costumes, des scénarios m’aide beaucoup. J’ai également deux jeunes enfants et je reste très à l’écoute de leurs imaginaires quand je joue avec eux. J’entends beaucoup de leurs idées complètement folles et parfois j’essaie de les rendre réelles. Et la dernière raison est que j’admire et suis beaucoup de grands artistes, qui m’inspirent pour créer mes propres œuvres.

Où trouves-tu toutes les images que tu utilises ? Et comment les choisis-tu ?

C’est très intéressant car cette partie-là personne ne la fois à part moi. Trouver la bonne image, au bon moment est la partie la plus chronophage de mon travail. En réalité je passe plus de temps à chercher mes éléments qu’à créer l’œuvre finale. J’ai des comptes sur plusieurs bases d’images en ligne, payantes comme gratuites, et cela me prend entre deux et trois heures pour trouver ce dont j’ai besoin. La majeure partie du temps j’essaie, me trompe et recherche encore autre chose.

Comment travailles-tu sur tes images ? Où trouves-tu les idées que tu vas travailler ? Cela provient-il d’une partie des images initiales ?

Il y a différentes approches. Parfois j’ai la vision finale en tête et je me mets en quête des bonnes photos pour obtenir le résultat souhaité avant de commencer à travailler. Mais parfois je ne suis pas inspiré et j’essaye des choses avec des images puis la muse se libère…

Combien de temps passes-tu en moyenne par image ?

Cela varie à chaque projet et du fait que j’ai mes enfants à la maison avec moi je ne peux jamais travailler d’une traite. Généralement je travailles pendant 3-4 heures avant d’aller jouer avec eux ou alors je monte une chorégraphie, puis je pars donner cours et ensuite à mon retour à la maison je travaille de nouveau trois à quatre heures, et ainsi de suite. Je dirais qu’il y a entre six et douze heures de travail sur chaque image et si elle est plus complexe cela peut vite doubler.

Quels matériels utilises-tu pour travailler ?

Cela va te sembler étrange mais la partie la plus importante est ma souris. J’en ai trouvé une qui me permet de réellement accélérer mon travail et je l’ai combinée récemment à une petite tablette graphique quand j’ai besoin de dessiner quelque chose. Je ne suis pas photographe, je suis autodidacte et je travaille très peu mes propres photos. Je dispose toutefois d’un petit appareil numérique pour le cas où…

On trouve dans tes images un sens du détail proprement impressionnant. Est-ce un point que tu travailles particulièrement ?

Eh bien comme je l’ai dit plus haut, du fait de mon histoire j’ai été obligé de me construire mes propres jouets, et je n’avais rien duquel m’inspirer, pas de livre ou de télévision. J’ai donc dû penser de manière extrêmement détaillée pour créer de moi-même ces choses, afin de pouvoir avoir un semblant d’enfance. Cela m’a ensuite énormément aidé dans les arts martiaux et la danse. J’ai été dans le Top 5 mondial dans chacune des deux disciplines que je pratique, j’ai gagné des championnats, juste grâce à mon obsession des petits détails. Depuis que j’ai commencé à enseigner, en 1997, j’ai aidé plus de cent mille personnes à atteindre leurs objectifs. Le sens du détail est une bénédiction et en même temps une malédiction : c’est quelque chose qui ets en moi, je les vois partout et tout le temps. C’est dur à expliquer mais les détails sont toujours présents.

Tu fais également des tutos sur YouTube. Pourquoi avoir décidé d’en faire ? Je suppose que c’est un gros travail…

Le fait d’aider les autres, de leur apprendre des choses, est quelques chose avec lequel je suis né. Et il m’a semblé naturel de le faire également avec Photoshop.

J’aime aider les autres à progresser, je fais ça car personne ne l’a fait pour moi plus jeune quand j’en avais besoin, et parce que je peux le faire. Même si pour cela je ne dors que quatre ou cinq heures par nuit, c’est un peu comme une mission divine que je me dois d’accomplir. Cela peut sembler fou, très clairement, mais il y a cette voix dans ma tête qui me dit de continuer quoi qu’il en coûte.

Es-tu inspiré par certains artistes et veux-tu en nommer ici ?

Il y a tellement d’artistes de grand talent autour de nous ! Je suis certain que je vais en oublier mais j’ai été et suis toujours inspiré par des personnes comme : Benny Production, Phase Runner, Max Asabin, Pavel Bond, Nemanja Sekulic, Seventh Voyage, Kevin Carden, Erik Johansen, Naouri Redouane, Jose Francese, Atonik Art, Dean Samed et beaucoup d’autres…

Si tu pouvais sauver seulement trois de tes images, lesquelles tu choisirais ?

Cette question est vraiment difficile, car mes images sont si différentes les unes les autres. Certaines avec mes enfants, d’autres avec des rêves, d’autres avec des portails, des super-héros ou des animaux fantastiques… C’est si dur de choisir !

Tu peux sauver seulement un livre, un film et un album de musique, tu choisirais lesquels ?

A walk to remember, A star is born and Limitless

Instagram a-t-il été pour toi un réel moteur de notoriété ? Comment travailles-tu les réseaux sociaux justement ?

Instagram et tous les autres réseaux sociaux sont géré par des algorithmes et habités de milliards d’utilisateurs. Si tu sais décrypter un peu cet algorythme alors tu peux progresser. C’est à la fois une bénédiction et une malédiction car cela est très chronophage de devoir poster chaque jour quelque chose, qu’il s’agisse d’un post, d’une story, d’un réel. La chose la plus importante est d’être active, de poster, de commenter, de partager le travail des autres. J’ai commencé mon Instagram il y a un an et j’ai réussi à obtenir dix mille followers durant ce temps. Ce fut un vrai challenge et j’ai rencontré énormément de personnes adorables et des artistes incroyables.

Sur quelques autres sites peut-on trouver ton travail ?

Je suis plutôt actif sur ma chaîne YouTube, Mr23Design, mon compte Instagram et mon compte site internet : mr23.com. J’ai également une page Facebook Mr23.

Aurais-tu des conseils pour les gens qui souhaitent débuter en photo-manipulation ?

Le plus important, au vu de mon expérience, est de ne rien lâcher, de continuer à expérimenter, de tenter. Même si on rate 90% de ses projets au début, si on réussit une fois alors on est un gagnant. Il n’y a pas de raccourci vers le succès, ou pour être bon en photo-manipulation : il faut travailler. Ce que je recommande est de regarder énormément de tutoriels et de tenter de les répéter autant que l’on peut. Ne vous arrêtez pas aux images choisies, essayez avec les vôtres ou des photos trouvées sur les bases gratuites.

Le problème actuellement est que les gens n’ont plus la patience et ils veulent des résultats immédiats, mais cela n’arrive pas si l’on investit pas beaucoup de temps. Une belle image a beaucoup de tous petits détails que l’on découvre en changeant des réglages, la perspective, le fond, les couleurs… Et on ne peut pas juste copier la manière de faire de quelqu’un, il faut trouver sa propre patte.

Merci beaucoup pour tes réponses et à bientôt au détour des réseaux sociaux et de tes œuvres !

 

 

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de littératures de l'imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site. Depuis 2011 il est également anthologiste et directeur de la collection Reflets d'Ailleurs (Fantasy) des Editions Asgard, sous son vrai nom. Ce faisant il assure également la direction littéraire d'anthologie lorsque tous ses boulots lui en laissent le temps, ce qui arrive trop rarement à son goût..

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