Entretien avec Axel, aka Tenhaku Photographie

Suite de notre série d’interviews sur les artistes liés à l’imaginaire. Après Erdjka Il y a deux semaines, voici les réponses d’Axel Estublier, photographe notamment de cosplay. Un travail visuellement impressionnant pour un photographe très agréable avec beaucoup de chose à dire ! Et dès la semaine prochaine ce sera le tour de Corneline, cosplayeuse, de répondre à mes questions…

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Peux-tu tout d’abord nous expliquer comment tu es devenu photographe ? 

Bonjour, merci à toi pour l’invitation, on essaie d’être un peu plus sociable avec les gens, j’ai une petite réputation de personne inaccessible, alors que j’apprécie échanger avec du monde, mais j’ai une certaine réserve par rapport à l’inconnu.

À l’origine, je viens d’une formation d’informatique que j’ai enchaînée avec des études de multimédia où j’ai pu travailler avec des équipes et du matériel professionnels. J’ai ainsi pu avoir entre les mains un Canon 60D dès 2008, travailler sur de l’imagerie 3D avec de la photographie ainsi que de l’infographie, et j’ai ainsi pu acquérir un équipement complet dès 2012. C’est à ce moment là que j’ai voulu commencer à organiser mes premières séances à thème, d’une façon très gloutonne avec presque 1 séance par semaine pendant mes deux premières années. On va dire que cela m’a fortement motivé à faire de la photographie de tout style, mais aussi d’être plus regardant sur les gens avec qui bosser.

Tes clichés dévoilent un univers tantôt mythique, féérique, autour du cosplay, très souvent mais pas uniquement. Où trouves-tu tes idées de départ ? 

Je baigne dans la culture geek depuis ma jeunesse avec les animés et manga, les jeux vidéo et débutant très tôt sur une MegaDrive, une PS2 et ensuite un ordinateur dès mes 10 ans. Depuis, les grands artistes fantastiques ont toujours inspiré mon imaginaire, et depuis que je fais de la photographie, je les intègre machinalement dans mes réalisations. Il y a des multitudes d’artistes qui publient sur le net, ce n’est pas l’inspiration qui manque en observant les magnifiques créations qu’ils réalisent déjà avec la grande créativité dont ils font preuve.

Tu traites énormément de cosplay. Y a-t-il une raison derrière cela ? Comment sélectionnes-tu tes modèles ?

Dans ma démarche artistique, j’inclus toujours la participation des collaborateurs car cela améliore grandement la qualité du rendu. Avec toute l’expérience que j’ai acquise par mes précédents projets et prestations, je réalise plus des thèmes où la modèle doit apporter une grande expérience dans la pose et l’aisance, vu qu’en plus le “mode” n’est pas mon style préférentiel. Du coup, quand j’ai des discussions pour un projet avec un cosplayer qui fait du très bon travail sur son costume, alors il aura fait une grande part de sa participation sur le stylisme, ainsi que la partie modèle voir maquillage. Tout ceci est très important dans l’investissement sur la réalisation du projet, et j’aime construire des projets avec des participants impliqués/motivés. C’est pour cela que je prends le temps dans mes recherches de faire une grande sélection, bien connaître chacun car les nombreuses mauvaises expériences m’ont beaucoup refroidi.

Corneline et toi êtes partenaires aussi bien artistiquement qu’à la ville. Comment gérez-vous le fait de travailler ensemble ?

À la ville en effet, c’est une drôle d’expression que je ne connaissais pas. (rires) En fait, notre façon de vivre ensemble fait que nous sommes très proches, avec des délires très simples, des chamailleries d’enfants, des prises de becs car nous avons deux caractères forts (lion et bélier), donc la réalisation de projet est simplifiée par notre proximité. Nous discutons en amont et on partage les idées/avis pour avancer très rapidement vu que nous vivons ensemble, mais je sais être très exigeant le jour J avec une grande attention aux détails, et cela peut l’exaspérer comme il faut ! Après, nous savons nous soutenir aux différents moments difficiles de nos projets respectifs pour des raisons très différentes. Au final, nous formons un couple complet dans l’intimité, la mentalité et la production artistique au sens large.

Quel matériel (appareil et logiciels) utilises-tu pour travailler, le plus souvent ?

Niveau appareil photographique, je suis team Canon avec un 5D Mark 4, plusieurs objectifs en focale fixe et zoom allant du 17 au 600mm car je touche à énormément de style différents, même si j’ai quand une très grosse préférence pour mon 100mm série L qui a un rendu incroyablement détaillé et doux pour les bustes-portraits. Pour le traitement, j’ai une tour orientée multimédia sur mesure pour être à l’aise entre Lightroom, Photoshop, Première et Chrome en même temps (tout dans la démesure). Vu qu’en plus nous faisons un peu de streaming, je gère toute la partie équipement et technique pour Corneline.

Les deux éléments phares de tes photos sont la lumière, omniprésente, et le mouvement. Comment travailles-tu spécifiquement ces aspects ?

Disons que ce que j’aime beaucoup les détails et les contrastes en photos, ce qui me demande du travail à la prise de vue et à l’editing. J’ai beaucoup de fois un rendu photoréaliste, mais je cherche également toujours à rajouter un quelque chose à mes images : une idée, un défi, qui changerait la simple image capturée, pour aller sur du fantastique/onirique, voir même du sombre que j’affectionne particulièrement. J’essaie de ne pas m’enfermer dans un style, mais peut-être que cela ne se voit pas trop !

Tu shootes souvent en extérieur, dans des lieux magnifiques. Où les trouves-tu ? Ou bien travailles-tu beaucoup tes fonds sur ordinateur ?

Nous effectuons pas mal de recherches et des sorties pour observer les lieux qui nous entourent. Il y a aussi comme raison principale que j’ai du mal à trouver des modèles expérimentées pour faire ce type de séance studio. Après, on ne sait jamais comment cela peut s’orienter, mais de toute manière je travaille beaucoup les ambiances après la prise de vue car j’ai souvent les idées qui s’impriment dans ma tête le jour J.

Combien de temps passes-tu en moyenne sur chaque photo ? (en comprenant prise de vue, retouche, publication).

Je pense que l’on doit être aux environs de 4-5h par image, tout confondu. Cela dépend forcément de la matière de base et le rendu final que je recherche sur l’ensemble d’une série, qui peut forcément impacter le temps de traitement. À mes souvenirs, mon “record” aura été 8h sur une seule image mais en 2013, nous évoluons tous !

As-tu des artistes qui t’ont inspiré et que tu aurais envie de citer ?

Il y en a eu énormément sur ces presque 10 années d’existence, mais entre des Le Turk ; F1.4 ; Natalia Le Fay ; Sonja Saur ; Laura Sheridan ; Waroquier ; Richter ; Hanny Honeymoon ; Au Contraire… Mais j’ai également d’excellents amis et connaissances qui font du superbe travail et je m’inspire beaucoup de mes échanges avec eux : Elryshka ; Valkyrja ; Erdjka (vous noterez les ka !) ; Amy ; Lecavelier ; Baillet…

Quelle serait ta série préférée parmi toutes celles que tu as shootées ?

Il y en a bien une qui n’est pas encore arrivée, mais dans les dernières, ce serait sans doute la Priscilla avec Corneline à Bormes, car cette séance a une histoire en images, mais aussi hors shoot qui fait qu’elle marque vraiment par le travail investi et le rendu produit grâce aux investissements de chacun.

Une polémique agite Instagram depuis quelques jours puisque la plate-forme voudrait privilégier les vidéos afin de concurrencer Tik-Tok. Toi qui as quelques centaines d’images hébergées sur ce réseau que penses-tu de ce changement de direction ?

Jusqu’il y a 6 mois auparavant, Instagram n’était pour moi qu’un outil pour partager un côté plus personnel de ma vie que mes productions qui se trouvent sur Facebook, avec la majorité de ma communauté. Mais globalement cela ne m’étonne pas : tous les médias piochent ce qui marche chez les autres. J’ai connu les débuts de Twitter et Facebook, et chacun a énormément changé depuis 10-15 ans ! N’oublions pas qu’Instagram appartient à Facebook, et on sait avec l’expérience comment Facebook a évolué au gré de la mode et des besoins marketing.

Instagram a-t-il été un réel moteur pour la progression de ta notoriété ?

Absolument pas ! Je pense plus que ma “notoriété” s’est développée par mon travail dans les événements de japanimation/steampunk, mon implication dans quelques magazines de ces univers et ma forte propension à produire des choses très variées sans me bloquer à un seul style défini. Ou peut-être car on me trouve un peu inatteignable sans comprendre pourquoi, je traîne une image de glaçon bien loin de la réalité, les gens qui nous rencontrent sont vite surpris que nous soyons si différents de nos réputations XD.

Sur quels autres supports peut-on retrouver ton travail ?

Eh bien l’essentiel de mon travail se trouve sur Facebook et 500px. Mon site internet est en construction depuis longtemps mais il avance dans son coin. Mon compte Instragram n’est encore qu’un bébé, ne sert que pour une ou deux publications ici et là. Je n’ai de toute manière pas grand monde qui me suit en comparaison.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui cherche à se lancer dans la photographie ?

Tenter, rechercher ce qui lui plait et surtout produire ce qui l’inspire avant tout ! Après, je ne suis pas bon pour les conseils généralistes, je préfère conseiller de façon précise au cas par cas, mais faites vous plaisir sans prise de tête !

Merci beaucoup pour tes réponses et à bientôt au détour d’une nouvelle série de photos sur les réseaux !

Avec plaisir pour partager encore plein de choses ensemble, merci pour le passage ;).

 

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de cultures alternatives, Thomas dirige eMaginarock depuis 2008. Editeur, photographe, anthologiste, graphiste... ses casquettes ont été nombreuses dans sa vie, un peu comme un chapelier fou, mais avec toujours une ligne directrice qui s'est dégagée : faire découvrir les univers qu'il aime aux autres.

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