2020 a laissé des traces, pas toujours négatives, heureusement. Preuve en est avec ma première chronique de 2021, qui revient sur un des derniers albums majeurs sortis l’automne dernier, et que nombre de critiques ont déjà salué. Tâchons donc de comprendre pourquoi.

Max Cavalera, à l’instar d’un Rob Halford ou d’un Phil Anselmo, aime participer à des projets musicaux différents de son groupe principal. Rien d’étonnant, donc, à le retrouver en 2014 aux commandes du projet Killer Be Killed, en compagnie de Greg Puciato (Dillinger Escape Plan), Troy Sanders (Mastodon) et Dave Elitch (The Mars Volta). Un album et un nouveau batteur plus tard – Ben Koller, qui tient les baguettes chez Converge – et revoilà le super-groupe au travail. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le quatuor n’a pas attendu la fin abrupte des tournées pour pondre Reluctant Hero. Cela faisait en effet plusieurs années que la composition progressait petit à petit, du fait de l’agenda qu’on imagine bien chargé de ses membres. Mais la patience et le travail ont finalement été récompensés avec ce second album très solide.

Comment le groupe gère-t-il les parties vocales de ses différents protagonistes, chacun dans son genre portant un sacré bagage ? Une première écoute de l’album suffit à répondre à cette question : chaque titre mélange harmonieusement les chants de Troy, Greg et Max. À aucun moment ne ressent-on cette impression qu’un des chanteurs tire trop la couverture à lui, ou que chacun fait son petit truc de son côté. Au contraire, les individualités participent ici à un rendu final cohérent et digeste, comme les pièces d’un puzzle qui n’attendait que d’être achevé. Si l’on devait cependant se montrer pointilleux, on pourrait penser que Troy Sanders s’en sort le mieux. Chanter avec deux autres très bons vocalistes, ça le connaît, et cela n’enlève rien à la puissance de ses parties vocales. Greg Puciato apporte son timbre si particulier tant sur des clean vocals que sur des montées screamo tranchantes, et Cavalera se pose légèrement en retrait, rendant ses apparitions sauvages et inimitables bien plus percutantes.

Musicalement, l’harmonie est tout aussi appréciable. L’album se situe quelque part entre les différentes influences de ses co-géniteurs. Qu’il s’agisse de thrash groovy, de hardcore expérimental, ou de death-prog-technique, avec ça et là quelques touches de punk (le très court Animus), les morceaux proposent suffisamment de variété pour ne pas ennuyer l’auditeur exigeant. On s’amusera à jouer à l’inévitable jeu des comparaisons et du name dropping, dans lequel apparaîtrait sûrement notre fierté nationale Gojira (le single Deconstructing Self-Destruction, Inner Calm From Outer Storm). Le tout est rendu de manière très propre, grâce à une production de qualité signée Josh Wilbur, déjà à l’œuvre sur le premier opus et qui a fait ses armes avec Lamb Of God et Trivium, autant dire qu’il s’y connaît en gros son ricain. Au milieu de l’album, From A Crowded Wound est d’une lourdeur implacable avec plus de 7 minutes de riffs écrasants, comme le sommet de ce que le groupe a à offrir.

Reluctant Hero plaira à coup sûr aux métalleux, mais ses titres à la fois simples et accrocheurs devraient tout autant saisir les oreilles d’une audience moins habituée. On reste assez éloigné des envolées jazzy de l’ancien groupe de Puciato ou de la technique de Mastodon, et c’est tant mieux, car l’album se veut plus accessible dans le bon sens du terme. Avec un tel résultat, la seule frustration est que l’album ne puisse, à l’heure où j’écris ces lignes, être défendu sur scène par le groupe, tant il y a matière à se payer une bonne séance de moshing libérateur. Un peu comme ce qu’a ressenti Max, quelques semaines avant la sortie de l’album, en coupant sa mono-dreadlock… Comme quoi, 2020 aura été une année imprévisible à tous les niveaux !

Killer Be Killed démontre avec Reluctant Hero qu’il sait manier sa barque à huit mains, sans leader autoproclamé. Une telle harmonie avec de tels artistes ne pouvait déboucher que sur un excellent album. Peut-être qu’après tout, ce n’est plus un super-groupe, mais simplement un groupe super, qui a bien mérité l’accueil chaleureux de ce second opus.

Wolflord

Wolflord

Infatigable arpenteur des plans de l’imaginaire, je me réincarne au fil de mes voyages. De Gotham City à R’lyeh, du sanctuaire d’Athéna aux terres de Rokugan, je parcours les mondes en quête de nouveaux défis à relever et d’histoires à raconter. Et sans jamais oublier de prêcher la bonne parole du dieu Metal.

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