Moonspell fait partie de ces groupes qui flottent toujours à la frontière du succès massif sans jamais vraiment la franchir. Il serait facile pour les Portugais de jouer de la musique plus commerciale vu leur talent, mais ils préfèrent avancer selon leurs termes. Et cette fois, c’est dans l’exil que Fernando Ribeiro et ses comparses ont trouvé l’inspiration.

« How about we go in search of new land… »

La première phrase de la première piste de l’album, The Greater Good, donne le ton de ce qu’est Hermitage. Le douzième opus du groupe est la quête de nouveaux horizons, tant au sens littéral que musical. À travers dix morceaux, Moonspell rend hommage à celles et ceux qui ont cherché volontairement à s’éloigner. Le groupe lui-même n’a jamais caché son goût pour l’exploration, chaque album étant une nouvelle étape plutôt qu’un aboutissement. Ce qui rend Hermitage unique, c’est qu’à l’image de son artwork, Moonspell s’affranchit des barrières musicales pour puiser hors de sa zone de confort. Saluons le travail de l’artiste Artūrs Bērziņš qui a magnifiquement illustré cette pochette forte en symboles, après s’être distingué sur celle de Hammer Of The Witches de Cradle Of Filth.

Alors, qu’ont trouvé les Portugais dans leur exploration ? Tout simplement le rock. Preuve en est donnée dès les premières notes de The Greater Good, et plus encore sur des titres comme All Or Nothing ou Solitarian. Si l’album reste fondamentalement un album de metal, nul se saurait s’y tromper à l’écoute des mélodies planantes de la guitare de Ricardo Amorim, et des orchestrations apportées par le clavier de Pedro Paixão. L’influence majeure derrière Hermitage n’est ni plus ni moins que Pink Floyd. Les musiciens sont de grands fans des Britanniques et ont choisi de laisser parler cette influence à travers leur musique sur cet album. C’est avec une arrivée que paradoxalement, Hermitage marque également un nouveau départ. Hugo Ribeiro (aucun lien familial avec le chanteur) remplace Mike Gaspar à la batterie et n’a aucun mal à s’intégrer au reste du groupe.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les thèmes de l’album n’ont pas été inspirés par la pandémie de 2020. Fernando Ribeiro avait déjà cette idée en tête alors que 1755 n’était pas encore sorti. Bien sûr, la situation mondiale depuis l’an dernier apporte une gravité supplémentaire, ainsi qu’une autre lecture. Le parallèle entre l’ermitage et l’exode massif de la population urbaine en réaction au confinement semble presque trop simple. Il y a aussi cette idée d’isolement volontaire, de recherche de soi ; par certains aspects, une quête religieuse sinon spirituelle, au vu de l’usage de la croix chrétienne dans les visuels, ou des références dans les textes (The Hermit Saints, Common Prayers). Par certains côtés, on retrouve les éléments qui ont inspiré Black Sabbath il y a près d’un demi-siècle. Une façon de retourner à la source ?

À noter qu’une onzième piste est présente en clôture de l’album, une reprise du Darkness In Paradise de Candlemass sorti sur leur troisième album Ancient Dreams. Fernando n’a certes pas le timbre de Messiah Marcolin, mais le morceau s’intègre très bien au reste de l’album. Excellente reprise par ailleurs, saluée par le bassiste et fondateur Leif Eidling, qui s’est déclaré «honoré» par cet hommage.

Hermitage est sans doute l’un des albums les plus rock de Moonspell, et ce «pour le plus grand bien». Non seulement il est très bon, mais il permet aux Portugais de se libérer des carcans parfois trop étouffants du metal, pour enfin laisser leur art s’exprimer librement. Souhaitons-leur donc de pouvoir défendre cet album sur scène au plus vite.

Wolflord

Wolflord

Infatigable arpenteur des plans de l’imaginaire, je me réincarne au fil de mes voyages. De Gotham City à R’lyeh, du sanctuaire d’Athéna aux terres de Rokugan, je parcours les mondes en quête de nouveaux défis à relever et d’histoires à raconter. Et sans jamais oublier de prêcher la bonne parole du dieu Metal.

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