Entretien avec Muon, Kauon et Tauon, membres de Sol Draconi Septem

Trois étranges créatures venues d’un univers de science-fiction issu de l’esprit de Dan Simmons ont posé les notes de leur Black Metal profond et intense sur un premier album, intitulé Hyperion. Une rencontre à distance avec eux et quelques questions afin d’en savoir plus sur eux, sur leur musique et sur leurs projets…

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Est-ce que vous pouvez tout d’abord vous présenter et nous expliquer ce que vous faites dans Sol Draconi Septem. Et d’ailleurs c’est quoi ce projet étrange ?

Muon : On est un groupe de Black mélodique avec des influences indus par moi au départ. J’ai ensuite été rejoint par Tauon pour la batterie et Kauon s’est ajouté ensuite pour les guitares, le synthé, le chant et le saxophone. On est entièrement basés sur l’univers écrit par Dan Simmons dans la saga Hyperion.

Kauon : En effet Muon m’a appelé pour l’aider à enregistrer les guitares, rajouter des couches d’instruments. C’est moi qui ai choisi de nous baser sur la saga Hyperion que j’aime beaucoup et qui est peu utilisée en transmédia.

Tauon : Pour ma part je suis à la batterie et j’ai été recruté pour faire le tyran de fond en annonçant ce qu’il faut changer tout le temps. Je suis bon à ce jeu-là du fait de mon expérience. Et du coup grâce à cette relation que nous avons tous les trois nous avons pu mener à bien se projet dans la bonne entente et avec beaucoup de plaisir.

D’où vient le nom du groupe, est-il issu de cet univers ?

Kauon : Le nom vient d’une des planètes de l’univers d’Hyperion. C’est un monde de glace, très inhospitalier, qui n’est pas très utilisé dans les livres. On s’est dit que le côté monde de glace rappelait notre Black Metal. De plus ça roule bien en bouche et donc quand il a fallu trouver un nom j’ai proposé celui-ci et tout le monde a été d’accord.

Muon

Pourquoi l’univers de Dan Simmons ?

Kauon : Sa faible utilisation en transmédia est l’une des raisons mais pas la seule. J’ai toujours été un gros fan de SF et j’avais envie d’en faire quelque chose depuis un petit moment. L’univers est foisonnant et j’ai toujours été convaincu qu’il y avait moyen de faire énormément de choses avec. Ce n’est pas la première fois qu’un groupe de metal fait un album sur une œuvre qui les a influencés. Donc je me suis dit pourquoi pas Hyperion.

En plus le découpage du livre se fait par personnages, avec chacun son histoire, et cela s’adaptait très bien au principe du découpage sur des pistes audio.

En fait mon seul regret est que l’on ne voit pas l’univers décrit car sur du Black Metal on est face à du chant crié, donc assez peu compréhensible par l’essentiel du public. Est-ce que ce n’est pas dommage ?

Kauon : Je pense que c’est quelque chose que l’on peut reprocher à tous les groupes de metal qui font un concept-album (rires).

Muon : Effectivement c’est vrai que l’on ne comprend que peu les paroles, même si sur l’album il y a des passages tout à fait audibles, et heureusement. J’ai essayé d’intégrer des passages de voix claire dans ce premier album, pas autant que je l’aurais voulu mais sur le principe les paroles sont dans le livret ou sur les plate-formes. Si ils veulent creuser le sujet ils sont libres de le faire.

Tauon : Moi je reste sur le principe que le growl c’est un apprentissage. Une fois que l’on commence à l’apprendre et à le comprendre en passant par-dessus l’agression par le chant, cela se passe beaucoup plus facilement.

Pourquoi avoir ajouté du saxophone ? Cela surprend !

Kauon : Eh bien déjà parce que j’en joue et s’il y a du saxophone sur une chanson, elle est forcément mieux. Donc il fallait en mettre partout ! (rires) Plus sérieusement en terme de musique je suis un gros fan de jazz et de funk et j’ai déjà eu l’opportunité de tester cela avec du metal et ça se passe plutôt bien. Le but de ce groupe est aussi d’expérimenter et donc cela s’est imposé rapidement.

Tauon : Ecoute bien sur l’album : il y a plein de passages où le saxophone est très trafiqué et l’on ne devine absolument pas que c’est cet instrument qui joue. On peut penser que ce sont des pads électros alors que non c’est Kauon qui joue.

Kauon

Comment vous avez travaillé sur Hyperion ? Qui compose quoi ? Qui écrit les paroles ?

Muon : J’ai composé tous les squelettes de morceaux au départ, je les ai passés à Tauon pour qu’il ajoute sa batterie et ensuite la moulinette sonore de Kauon est venue s’ajouter. Il a ajouté ses arrangements de guitare et de saxophone et enfin le chant.

Kauon : Pour les paroles c’est moi. J’ai relu tous les livres, en prenant des notes et en préparant les lignes qui me sautaient aux yeux. J’ai ensuite commencé à chercher les ambiances de chaque chanson et d’ensuite adapter les histoires de chacun des personnages en paroles. Chaque titre de chanson correspond à un titre de chapitre, pour faire un clin d’œil à l’œuvre littéraire de Simmons. Cela s’est finalement passé assez facilement.

Comment est-ce que vous décririez l’œuvre de Dan Simmons par rapport à d’autres œuvres de SF ?

Tauon : Personnellement j’ai un rapport particulier avec cette œuvre et pour moi c’est une aventure de voyage. Des histoires s’échangent, apprendre à comprendre les autres par rapport à leur histoire, et c’est quelque chose que je trouve de vraiment profond dans ces livres. C’est une saga initiatique.

Mais qu’est-ce qui le différencie de tous les autres romans de science-fiction ?

Tauon : Ce qu’il apporte le plus c’est son charme lié au côté désuet mais séduisant.

Kauon : Je suis tout à fait d’accord mais j’aime particulièrement le world-building de cet univers. L’ensemble des références à notre monde sont aussi très intéressantes.

En cas de rencontre avec le Gritch, ce dieu étrange, quel membre du groupe survit ?

Tauon : Déjà on balance Muon pour avoir le temps de courir et après ça se joue entre moi et Kauon pour savoir lequel court le plus longtemps… (rires)

Tauon

Quel est votre morceau préféré de l’album ?

Muon : Moi ça serait The River Lethe’s Taste Is Bitter car c’est probablement le morceau le plus violent de l’album et j’avais envie qu’il y ait un côté épique à fond. C’est pour cela que l’on a demandé à notre bassiste de session de caler un solo de guitare à la fin, et c’est ce solo qui donne cet aspect.

Kauon : J’hésite entre The Man Who Cried God et The Avatar parce que l’on a réussi à passer par plein de textures et de sonorités sur ces deux pistes.

Tauon : Mes deux préférés sont The River Lethe’s Taste Is Bitter et The Avatar. La première parce que c’est la première que j’ai enregistré pour l’album, que j’ai eu trois minutes pour l’apprendre avant de passer en studio et que j’ai galéré à mort pour m’en sortir. Et du coup je suis content de l’avoir menée au bout comme je voulais. The Avatar car je trouve qu’elle a la meilleure ambiance de tout l’album.

Ca va ressembler à quoi Sol Draconi Septem sur scène ?

Kauon : A tes plus grands rêves car comme on ne fera probablement jamais de concerts, ce sera uniquement dans la tête des auditeurs des albums.

Muon : Je dirais même plus : on sera aussi bons que Manowar au Hellfest 2019 ! (rires)

Kauon : De base le projet est uniquement studio depuis sa conception. Et en plus on a compté et il faudrait, pour produire quelque chose de valable, que l’on soit minimum huit sur scène.

Merci à tous les trois pour vos réponses passionnantes et à bientôt !

 

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Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de littératures de l'imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site. Depuis 2011 il est également anthologiste et directeur de la collection Reflets d'Ailleurs (Fantasy) des Editions Asgard, sous son vrai nom. Ce faisant il assure également la direction littéraire d'anthologie lorsque tous ses boulots lui en laissent le temps, ce qui arrive trop rarement à son goût..

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