L’enfance attribuée est un court roman intéressant, mais desservi par son titre.

« Le 30 mars 2092, le ministère de la Santé et des Affaires sociales nous délivra un permis, à Eleanor et moi. Le sous-secrétaire d’État à la Population nous fit part de la nouvelle avec les félicitations officielles. Nous étions abasourdis par tant de bonne fortune. Le sous-secrétaire nous invita à contacter l’Orphelinat National. Dans un tiroir se trouvait un bébé à notre nom. Nous étions fous de joie. » En cette fin de siècle surpeuplée, quand les traitements anti-vieillissements rendent chaque individu virtuellement immortel, avoir un enfant relève du luxe le plus extrême. Sam Harger, artiste spécialisé en design intérieur, ne s’attendait pas à tant de bonne fortune lorsqu’il rencontra l’ambitieuse Eleanor Starke. Couler le parfait amour, puis obtenir l’autorisation d’avoir un bébé… une chance inouïe pour le couple, qui ne cache pas son bonheur. Mais dans ce monde surveillé à l’extrême, dominé par l’informatique et les intelligences artificielles, est-on jamais à l’abri des bugs ?

Le récit se déroule dans un monde futuriste, hyper technologique. D’une façon assez classique, l’auteur pousse à l’extrême notre relation actuelle à la technologie. Les corps humains sont sans cesse connectés au monde. Les cerveaux sont en contact permanent avec des intelligences artificielles, internets personnalisés par lesquels chacun organise sa vie, son temps, ses pensées. On se rencontre par hologrammes interposés, on reconstitue nos paysages inspirants d’où qu’on soit sur Terre ou dans l’espace.

Comme souvent, le manque de crédibilité scientifique m’a un peu dérangée ici. Cependant je me suis rapidement immergée dans l’histoire. L’auteur pose le décor en quelques dizaines de pages, et nous décrit avec précision cet univers aussi réaliste qu’effrayant.

De L’enfance attribuée nous ne verrons rien ou presque. Car contrairement à ce que laisse entendre le résumé, l’enfant évoqué ne joue ici qu’un rôle mineur. Il est surtout question dans ce roman des dérives futuristes de notre présent hyper connecté. De fait, lorsque le narrateur se retrouve déconnecté, c’est la chute…

Si l’ensemble est intéressant, j’ai cependant trouvé que le point de vue du narrateur manquait trop de recul. Tout est décrit à travers ses yeux : ce qui semble être pour nous un cauchemar technologique constitue sa norme quotidienne. En conséquence, quand Sam se retrouve déconnecté, son existence est décrite comme une lente descente aux enfers, là où l’auteur aurait pu proposer une renaissance. Au fil des pages, on attend la prise de conscience que ce retour aux sources devrait entraîner. Mais cette prise de conscience n’arrive en définitive jamais. Il me semble donc que le message de l’auteur aurait pu être mieux exploité.

L’enfance attribuée est donc un roman prenant qui ne manque pas d’intérêt, mais qui aurait pu à mon sens être un peu plus poussé.

NokomisM

NokomisM

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