Le roi des fauves est un roman prenant, haletant, dont le déroulement et la progression sont intéressants.

Accusés de meurtre, Ivar, Kaya et Oswald sont injustement condamnés à un sort pire que la mort. Enfermés dans un royaume en ruines, coupés du monde, il leur reste sept jours d’humanité. Sept jours pendant lesquels le parasite qu’on leur a inoculé va grandir en eux, déformant leur corps et leur esprit pour les changer en monstres, en berserkirs, ces hommes-bêtes enragés destinées seulement à tuer ou être tués.

Commence alors une course contre le temps, effrénée, angoissante, où les amis d’hier devront rester forts et soudés, pour lutter contre les autres… Et surtout contre la bête qui grandit en eux. Existe-t-il une issue? Existe-t-il un salut quand son pire ennemi n’est autre que soi-même?

L’histoire en elle-même est originale et n’est pas sans faire penser à L’île du Dr Moreau (ce domaine peuplé de créatures mi-hommes mi bêtes à la fois fascinant et inquiétant décrit par H. G. Wells). Mélange de désespoir et de violence dans une nature sauvage et cruelle, l’auteure nous porte entre des paysages aussi superbes que dangereux. L’ensemble est teinté d’une atmosphère fantastique où plane l’ombre des berserkirs, ces créatures dérangeantes, semblant condenser le pire qui existe en chaque être vivant.

Le rythme du roman est haletant, l’enchaînement des aventures rend le livre difficile à lâcher. L’auteure sait néanmoins poser le décor et décrire, quand il le faut, les forêts, les montagnes et les plaines qui le composent, et nous propose un joli voyage.

Les trois personnages que l’on suit se montrent attachants, chacun dans son genre. Ivar, qui se pose rapidement comme le principal protagoniste, a de quoi toucher le lecteur : ce combat acharné qu’il mène pour ne pas se perdre lui-même est aisément compréhensible, tiraillé qu’il est entre son affection pour ses amis, les visions qui le submergent et le parasite qui réveille en lui la part la plus sombre. Kaya et Oswald sont peut-être un peu moins développés sur le plan psychologique, mais on gagne à les connaître et le trio fonctionne bien.

Ceux qui, comme moi, se montrent fascinés par la nature et le monde animal seront peut-être de prime abord un peu agacés par le parti pris du début de l’œuvre : aux yeux des personnages, perdre son humanité revient à perdre son âme car les bêtes sont nécessairement des créatures instinctives et cruelles, avides de combat. Cette version trop simpliste s’étoffe cependant au fil des pages, et la fin de l’histoire n’est pas si évidente que ce à quoi on pourrait s’attendre. Car s’il y a bien une chose qui ressort du Roi des Fauves c’est que, de l’homme ou de l’animal, le plus inhumain n’est pas forcément celui qu’on pense.

Ce roman m’a donc plu par beaucoup d’aspects. Je pense cependant l’avoir lu trop vite après Le dieu oiseau car j’y ai retrouvé de (trop) nombreux éléments : cette sensation d’être dépassé par une nature belle, sauvage et cruelle, le combat contre soi-même pour ne pas devenir un monstre, la présence d’une entité dont on ne sait si elle est dieu ou démon, des frontières floues entre la réalité et la folie… Autant d’éléments qui se retrouvent dans les deux livres et peuvent paraître redondants pour ceux qui les lisent de façon trop rapprochée.

Le roi des fauves reste à mon sens un roman captivant, dont le déroulement ne manque pas de faire réfléchir.

NokomisM

NokomisM

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