Le Problème à trois Corps est et reste la trilogie qui a fait entrer Liu Cixin au panthéon de la science-fiction internationale. Il a longtemps été reconnu uniquement en Chine, mais il aurait été dommage que le reste du monde ne profite pas de son approche grandiose de la science-fiction. Sa principale caractéristique reste le fait qu’il a bien compris qu’en littérature le budget effets spéciaux est illimité. Il nous en fait encore une fois une belle démonstration.

“Je n’avais jamais vu la nuit. Je n’avais jamais vu les étoiles. Je n’avais jamais vu le printemps, ni l’automne, ni l’hiver. Je suis né à la fin de l’Ère du freinage. La Terre venait tout juste d’arrêter de tourner.”

Lorsque les astrophysiciens découvrent que la conversion de l’hydrogène en hélium s’est accélérée à l’intérieur du Soleil, ils comprennent que notre étoile est sur le point de se transformer en une géante rouge qui absorbera de manière inéluctable la Terre. Pour contrer cette extinction programmée de l’humanité, les nations se regroupent pour mettre en branle un projet d’une ambition folle : élaborer des moteurs gigantesques afin de transformer la planète bleue en véritable vaisseau spatial et de l’emmener à la recherche d’une nouvelle étoile…

Dans cette novella écrite en 2000, Liu Cixin manifeste déjà tout le talent que l’on retrouvera à l’œuvre dans la trilogie du Problème à trois corps. Disponible sur Netflix sous le titre The Wandering Earth, l’adaptation cinématographique qui en fut tirée en 2019 se hissa au troisième rang du box-office mondial.

Terre errante se situe dans un futur pas si éloigné de nous, environ un demi-siècle au vu de leurs capacités techniques. Le postulat est que le soleil va se transformer en supernova et qu’il va falloir trouver une solution pour quitter le système solaire qui vit ses dernières décennies. Notre science actuelle, pour sa part, nous indique que cela se passera dans un futur de l’ordre du milliard d’années. De quoi voir venir, si l’humanité survit à sa propre extinction qu’elle s’échine à mettre en œuvre depuis un siècle.

Toujours est-il qu’ici le narrateur est un Chinois qui va connaître le grand départ vers les étoiles. Deux approches s’opposent. Celle des vaisseaux spatiaux qui pourraient embarquer leur quota de survivants, mais cette voie a été mise à l’écart par les dirigeants du monde, même si elle conserve de nombreux partisans. La seconde approche consiste à faire voyager la Terre elle-même.

Pour ce faire, ce sont d’immenses réacteurs, les chalumeaux de Dieu, qui ont été installés dans l’hémisphère Nord. Leur premier rôle est d’arrêter la rotation terrestre. Bien sûr, cela ne se fait pas sans incidence sur les populations, les incidents climatiques et l’ensemble de l’écosystème. Nous rencontrons le narrateur alors que cette phase vient de s’achever, pour lui qui, enfant, n’a déjà plus connu un lever de soleil. La phase suivante, celle du départ pour Proxima du Centaure.

Cette novella ne manque pas du charme désuet des récits de science-fiction des années 50 où Asimov, Bradbury et consorts nous présentaient les voyages spatiaux comme le futur inéluctable de l’humanité avec la science de leur époque. C’est cet émerveillement, presque enfantin, que nous retrouvons à la lecture de ce récit de Liu Cixin. Son style, son approche profondément humaniste, ses critiques discrètes de nos sociétés modernes font de ce texte et de l’ensemble de son œuvre une référence incontournable de la science-fiction contemporaine.

Chris

Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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