Les Oubliés d’Ushtâr – Emilie Querbalec

Les oubliés d’Ushtâr est un (premier) roman de space-opéra poétique et fouillé, dans l’histoire duquel j’ai aimé rentrer.

Ushtâr, planète-océan des confins.

Lorsque, après une guerre aussi brève qu’inégale, le Gouvernement tombe aux mains du régime autoritaire et ultra-patriarcal d’Albâr, Gul-Yan n’a d’autre choix que de fuir avec les autres Infants. Objectif : sauver la Gemme de Vie, dépositaire de la mémoire de son peuple. Mais cette évacuation ne se déroule pas comme prévu…

Dans les méandres d’une cité à moitié engloutie, la traque commence. Or, rien n’arrête les Nadjams, ces soldats programmés pour tuer.

Rien, sauf peut-être l’Arme-Vie. Mais celle-ci n’est-elle pas une simple légende ?

Je suis, d’une manière générale, peu habituée au genre space opéra car j’ai tendance à m’y perdre : j’étais curieuse de découvrir ce qu’il en était pour Les oubliés d’Ushtâr.

La première chose qui frappe à la lecture, c’est le style : j’ai trouvé ce livre particulièrement bien écrit. Il en ressort une certaine poésie, à laquelle on ne s’attend pas forcément dans ce genre littéraire mais qui, malgré tout, apporte une véritable profondeur à l’ensemble : sous nos yeux, les paysages des planètes se déroulent, touchants et fascinants dans leur diversité.

J’ai également été étonnée par le rythme de l’action : il est en effet assez lent, ce qui contraste avec l’idée que j’avais du space opéra. La surprise vient également du décalage entre la quatrième de couverture (qui semble promettre une traque haletante) et ce que nous propose le roman : un monde très travaillé dont l’auteure prend le temps de poser les décors riches et détaillés. C’est un parti pris qui se défend, mais il me semble cependant que le résumé de l’œuvre aurait pu être plus en adéquation avec ce qui est véritablement proposé.

La profondeur de l’univers se déploie également à travers les personnages qui le peuplent : cet ouvrage est un roman chorale, dans lequel chacun nous raconte l’histoire à travers sa perspective. Il en ressort une multitude de points de vue qui sont tous intéressants : ils permettent en effet de rendre l’ensemble moins manichéen. Les choix de chacun en deviennent compréhensibles (à défaut d’être acceptables), même ceux des individus identifiés comme les méchants de l’histoire. Sans nécessairement tous les approuver, on appréhende néanmoins ces différents points de vue.

Plusieurs personnages se croisent à travers ces différentes voix, et permettent d’avoir la vision la plus complète possible : origine ethnique, milieux de vie, objectifs… beaucoup d’éléments les opposent, et nous permettent par ce biais d’appréhender les enjeux de ce qui se joue. La différence entre les protagonistes privilégiés et les plus démunis est par exemple bien exploitée, car chacun d’entre eux est attachant à sa manière, et tente de faire changer les choses. L’opposition entre les colons, qui se pensent supérieurs, et les assiégés est également décrite avec une certaine finesse psychologique.

J’ai une petite réserve sur la fin, que j’ai trouvée très rapide dans sa résolution : au vu des enjeux présentés dès le début du livre, j’aurais attendu une conclusion un peu plus développée.
La révélation finale est cependant intéressante, et porte un message d’ouverture à la différence qui m’a particulièrement parlé.

Les oubliés d’Ushtâr est donc un roman dont, bien qu’appartenant à un genre que je connais peu, j’ai apprécié l’univers poétique et la multiplicité de points de vue.

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