Les Canaux du Mitan – Alex Nikolavitch

ATTENTION DU FAIT DU CONFINEMENT CE ROMAN N’EST DISPONIBLE QU’EN NUMERIQUE ACTUELLEMENT

Alex Nikolavitch a plusieurs carrières : scénariste de bande dessinée, traducteur de comics, essayiste et auteur de romans. Et Les Canaux du Mitan, sa dernière production chez Les Moutons électriques risque bien de vous surprendre. Inattendu, proposant un imaginaire aux multiples facettes, avec un style atypique, ce roman m’a franchement pris au débotté et sa lecture me laissera des traces.

Le Mitan, vaste plaine couturée de canaux, creusés en des temps immémoriaux, et que les colons parcourent désormais sur de lentes péniches tirée par des chevaux. C’est sur l’une d’entre elles qu’embarque le jeune Gabriel, attiré par son côté exotique : peuplée de phénomènes de foire, elle lui permet d’échapper à un quotidien morose.
Mais quels sont les esprits qui hantent les anciens tertres, tout au bout de la plaine ? Pourquoi, depuis des siècles, condottières et capitaine viennent-ils se perdre dans le Mitan ? Et surtout, à quoi bon maintenir les anciennes traditions des bateleurs-bateliers, quand la civilisation apporte de nouvelles règles ?
Gazogènes, héliographes, canaux, chevaux et grandes plaines : un autre monde.

Le Mitan, énorme plaine recouverte d’un maillage de canaux parcourus par des péniches, dont une étonnante : la péniche Carnaval. Gabriel, jeune garçon au destin hors norme va la rejoindre, fuyant l’ennui de sa petite bourgade de Salvi. Voilà le postulat de départ, et on ne sait pas vraiment, au moment de continuer la lecture, où est-ce que tout cela va nous emmener. Et je peux vous dire que l’ensemble du roman va vous emmener très très loin, vous n’en avez même pas idée. Démons, prévôts, capitaines, et personnages atypiques vont émailler le roman pour notre plus grand plaisir. Gabriel va connaître un destin inattendu et c’est tant mieux. Je ne veux pas trop en dire sur le scénario car le roman est tout de même assez court (256 pages seulement) donc trop en dire déflorerai l’intrigue et je ne veux pas vous gâcher la surprise.

L’univers développé par l’auteur est assez étonnant. Entre monde de fantasy et inspirations venant d’Amérique Centrale, on se promène dans le Mitan et les régions limitrophes avec une facilité étonnante. L’inspiration américaine tient pour moi à deux choses : la géographie et certains éléments architecturaux, et les Chokchaws. Cette peuplade qui a tout des indiens d’Amérique Centrale, aussi bien dans leur couleur de peaux que dans leurs croyance, ajouté aux notions de Condottiere qui ne sont pas sans rappeler les notions de conquistadors. Sans compter les jungles épaisses bordant la plaine du Mitan, bref cela m’a rappelé quelques lectures sur la question.

Les personnages développés par Alex Nikolavitch sont à la fois étonnant et prenants. Qu’il s’agisse de Charles, capitaine initial de la péniche, de Gabriel, le petit Mousse, de Mi-Portion, d’Elizabeth, de Rose, d’Ok-Na, tous ces protagonistes vont avoir une part à jouer dans la grande toile que nous dépeint l’auteur. Touchant à la fois au mythique mais également à l’humain dans sa plus pure expression ce roman se fait à la fois imaginaire et humaniste.

La construction est également à noter puisque l’on ne suit pas qu’un seul personnage sur une timeline fixe. Différents regards sur l’histoire sont proposés, des sauts temporels apparaissent par endroits pour donner de nouveaux éclairages sur les événements. L’auteur gère de bout en bout, avec une maestria épatante, ces différents regards et fait en sorte qu’ils aillent tous dans le sens du dénouement de son histoire. Sera-t-il tragique ? Difficile de vous répondre sans trop en dire, sachez simplement que vous ne regretterez pas le voyage au rythme lent de la péniche Carnaval.

Alors que je m’attendais à découvrir un roman fantastique mettant en avant une ambiance de freakshow, j’ai été embarqué dans une aventure de fantasy surprenante, immersive, et tout bonnement fabuleuse. Pris au débotté mais ravi de ma lecture en tous cas. Alex Nikolavitch démontre à merveille que l’imaginaire français sait étonner et c’est une excellente chose que de voir des éditeurs comme Les Moutons électriques continuer leur travail de défrichage de ces pépites !

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