Entretien avec Philippe Auribeau, auteur de Écarlate

Écarlate, de Philippe Auribeau, est une petite pépite littéraire proposée par les Editions ActuSF. Mêlant intelligemment policier et fantastique, alimenté par une plume juste impeccable de bout en bout, ce roman m’a tout bonnement séduit et je l’ai dévoré. Philippe Auribeau n’est pas un inconnu pour les amateurs d’imaginaire puisqu’il est également l’auteur de la suite des Lames du Cardinal, de Pierre Pevel,

Bonjour Philippe, et merci de prendre le temps de répondre de nouveau à mes questions. Peux-tu tout d’abord te présenter et nous expliquer comment tu en es venu à l’écriture ?

Je suis un auteur entre deux âges (expression polie pour dire pas jeune). J’habite la région d’Aix-en-Provence. Je suis venu à l’écriture assez jeune. En tant que pratiquant de jeu de rôle, j’ai toujours écrit beaucoup d’histoires, pendant très longtemps en amateur, puis de façon plus professionnelle sur des gammes telles que Chroniques des Féals, l’Appel de Cthulhu ou les Lames du Cardinal. Le roman est venu plus tard. Pierre Pevel et Stéphane Marsan (le directeur des éditions Bragelonne) cherchaient quelqu’un pour écrire un feuilleton dans l’univers des Lames du Cardinal. C’est tombé sur moi. L’exercice m’a plu, et j’ai enchaîné sur Écarlate, un roman que j’avais dans la tête depuis longtemps sans avoir eu le courage de me lancer.

Comment t’es venue l’idée de ce roman ? Mélanger polar et fantastique n’est pas nouveau mais j’ai trouvé quelque chose de rafraîchissant dans ton roman… Et comment passe-t-on de Richelieu à Hoover ?

L’idée de base m’est venue il y a près de quinze ans, à la lecture de La Lettre écarlate, le merveilleux roman d’Hawthorne (mais on en parle après). Je voulais un fantastique dosé, plus suggéré que montré. Ce n’est toujours facile, mais si c’est rafraichissant, tant mieux ! Quant à Hoover et Richelieu, ne sont-ils pas cousins au fond ? Des hommes puissants, visionnaires sur bien des points, parfois aveuglés par leur mégalomanie…

De même l’idée du rapport entre La Lettre Ecarlate et le fantastique n’est pas prime abord évidente. Comme l’as-tu pensé et pourquoi l’avoir positionné dans les années 30 alors qu’au final n’importe quelle époque du XXème siècle aurait fait l’affaire, non ?

C’est sûr que le fantastique dans La Lettre écarlate ne saute pas forcément aux yeux. Pourtant, une lecture possible du roman permet d’y voir des éléments fantastiques, ou au moins la présence insidieuse d’anciens mythes et superstitions, que l’on retrouve par exemple dans l’histoire des sorcières de Salem. Ce sont ce point là et cette subtilité de traitement qui m’ont inspiré. Le choix des années 30 m’a été dicté par la volonté de décrire l’Amérique post 1929 (que je connaissais bien), dans tout ce qu’elle a de plus injuste et tragique. Dans tout ce qu’elle a de commun avec notre monde presque 100 ans plus tard. Et d’un point de vue purement policier, 1930 m’a permis de m’affranchir de la dimension technologique de notre époque. L’ADN, les téléphones portables… Ne pas les avoir change totalement la donne et plonge les enquêteurs dans une démarche plus humaine, plus expérimentale.

Pour les personnages, les as-tu créés de toutes pièces ou bien t’es-tu basée sur des personnes que tu connais ?

Création intégrale.  J’avais le personnage de Jefferson en tête depuis très longtemps, mais je ne voulais pas un personnage unique. Avoir trois personnages m’a permis de multiplier leurs failles, leurs fractures. Et de renverser quelque peu le modèle des détectives hardboiled des années 20, en particulier via le personnage de Diane.

Quel est ton personnage préféré dans le roman ? Celui auquel tu t’identifies le plus ?

Difficile à dire. Diane est un personnage que j’adore, une femme sortie à coups de couteau d’un tableau de Hopper. Mais bizarrement, celui qui m’a le plus touché est un personnage très secondaire : l’ancien employé de banque devenu clochard. Le symbole d’une époque qui broyait les laborieux… Quant au personnage auquel je m’identifie… voyons… l’homme de main psychopathe ?

Tu as parfaitement rendu cette ambiance raciste et misogyne de l’époque, à tel point que cela m’a par moment gêné. Ce n’est pas trop dur de se mettre dans cette position lorsque l’on écrit ?

Ce n’est pas toujours facile, en effet, surtout quand soi-même, on se place à l’opposé de ces comportements. Mais ce sont des sujets qui m’importent beaucoup aujourd’hui, et que je ne pouvais ignorer. Montrer la réalité d’un racisme, d’une homophobie ou d’une misogynie ordinaire, et institutionnalisé à l’époque, c’était l’occasion d’apporter un axe différent au roman.

Prévois-tu une suite à ton incursion dans le policier fantastique ?

La littérature policière, que ça soit le thriller, le polar, le woodunit, est la principale pourvoyeuse de ma bibliothèque. Donc retourner dans cette sphère est presque une certitude. Quant à la dimension fantastique, elle devra être pertinente avec le sujet.

As-tu actuellement d’autres projets d’écriture en cours ? Si oui lesquels ?

J’écris un roman historique (beaucoup) et ésotérique (un peu), situé dans le Languedoc au XIIe siècle. Une époque troublée (doux euphémisme), pleine de mystères et de massacres.

Si tu devais garder cinq livres sur tous ceux que tu as lu, ce seraient lesquels ?

Waouh ! Vaste question. Je vais verser dans l’emblématique…

Le premier livre que je me souviens avoir lu, Blek le Roc, un fumetto dont je recopiais les pages dans un cahier quand j’avais 6 ans. Ma passion pour l’histoire américaine vient peut-être de là.

Le policier: je vais choisir Le Chien des Baskerville, du maître Conan Doyle. Mais je prendrai aussi  en cachette la série des Myron Bolitar d’Harlan Coben.

Le plus fulgurant : Les Hhauts de Hurlevent, d’Emily Bronte. Quand je pense au talent pur, je pense à Emily Bronte.

Mon préféré tout court : Le mariage de Figaro, de Beaumarchais. C’est une pure merveille d’intelligence, d’insolence et de courage politique. Cyrano est certainement celui que je préfère en termes d’écriture pure, mais le Mariage reste tellement actuel…

Celui qui a changé beaucoup de choses : Les Lames du Cardinal, de Pierre Pevel. Forcément…

Merci de tes réponses et à bientôt !

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