Le Prieuré de l’Oranger – Samantha Shannon

Déjà reconnue outre-Manche pour sa série The Bone Season qui devra compter sept volumes et dont trois ont déjà vu le jour, c’est avec ce quatrième roman de pure fantasy que Samantha Shannon paraît pour la première fois en France grâce aux Éditions de Saxus avec Le Prieuré de l’Oranger. Traduit par Benjamin Kuntzer et Jean-Baptiste Bernet, ce pavé de mille pages peut impressionner, mais se lit avec beaucoup d’agrément.

Un monde divisé.

Un reinaume sans héritière.

Un ancien ennemi s’éveille.

La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle…

Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages. Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela.

De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence.

Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil… Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.

Un tour de force épique et magistral.

Un monument de la fantasy et de la littérature.

Si nombre de lecteurs comparent ce roman à l’œuvre de Georges R. R. Martin ou de Robin Hobb, Samantha Shannon tire son épingle du jeu en utilisant les traditions de nombreux peuples pour son univers. Ainsi, elle recourt aux dragons de feu et aux dragons de mer, en en faisant des ennemis que les humains trop sophistiqués ne distinguent pas et dont ils souhaitent la disparition, se privant ainsi d’alliés fort utiles.

Depuis mille ans, le Sans-Nom, une créature des fonds de la terre a été repoussée par des personnages de légende. Depuis, leurs descendants se sont éloignés les uns des autres et de nombreuses nations se sont créées et affrontées. Ainsi, il y a les terres de la Mère et de la Vertu qui vénèrent leurs ancêtres comme des dieux et les contrées draconiques qui voient dans les dragons leurs dieux.

Certes, nous retrouvons de la fantasy historique et guerrière. Si cette fantasy présente une multitude de complots de cour, elle se mêle parfois de high fantasy par ces destins de reines et de rois, de sorcières et d’alchimistes, de guerrières et de pirates. Et même si on retrouve des peuples très différents devant s’allier contre le mal absolu, c’est bien par une caractérisation essentiellement féminine que ce roman se distingue des œuvres de la même veine.

Ainsi, le Sans-Nom va revenir détruire le monde des hommes alors que les artefacts qui ont permis sa neutralisation sont dispersés aux quatre coins du monde. Entre les mains de qui ce monde doit-il remettre ses espoirs ? Des héroïnes. Oui, des héroïnes et non des héros. J’ai relu plusieurs fois la quatrième de couverture en lisant le terme de Reinaume pensant à une faute d’orthographe peu engageante, mais il s’agit bien de cela.

Si hommes et femmes sont traités, généralement, d’égale manière, ce sont les femmes qui ont forgé ce monde et ce sont des femmes qui vont le sauver. Il y a une reine, une guerrière-sorcière venue d’une contrée lointaine et enfin une dragonnière déchue de son titre. Ces trois femmes vont chacune permettre la réalisation d’un espoir fou, face à des forces occultes et millénaires. Certes, les hommes sont là, mais dans des seconds rôles. Et tout cela se lit bien, sans a priori ni jugement de valeur.

Alors, oui, ce roman de Samantha Shannon m’a emporté loin en fantasy et m’a ouvert les yeux sur un monde plus égalitaire, mais tellement plus rude que celui auquel nous sommes confrontés. Cette auteure mérite pleinement ses lettres de noblesse. Les Éditions de Saxus prévoient d’ailleurs de traduire également The Bone Season, cette série qui a fait connaitre Samantha Shannon et qui mêle ambiance steampunk et magie. Ce n’est donc pas sans impatience que j’attends de retrouver ses écrits.

Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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