Entretien avec Pierre (chant) et Pierre (basse) de Survival Zero

Le premier album des français de Survival Zero, The Ascension, a vraiment su me surprendre. Entre hardcore et death, les musiciens proposent un son inspiré prenant et intense. Un bonne raison de s’intéresser de plus près à eux à travers cette petite interview !

Bonjour, et merci de prendre le temps de répondre à ces quelques questions. Pouvez-vous tout d’abord vous présenter et nous expliquer ce que vous faites dans Survival Zero?

Pierre Touzanne (basse) Salut et merci pour cet interview pour commencer! Je suis Pierre Touzanne (il y a 2 Pierre dans le groupe ! ), j’officie en tant que bassiste dans Survival Zero depuis l’été 2019, ce qui fait de moi le membre le plus récent. J’ai 34 ans et je joue dans des groupes depuis que j’ai 19 ans. Je vous passe la liste intégrale des formations dans lesquelles j’ai joué, à cause de la longueur et aussi pour ne pas divulguer les trucs inavouables ! Ça a été très variable en allant du rock atmo au black/death metal en passant par du heavy, du prog, du post hardcore… Je cite juste mes 2 derniers groupes qui sont Embryonic Cells et Disconnected.

Pierre Lebaillif (chant) : Du coup je suis le second Pierre et je suis le chanteur de SURVIVAL ZERO. Je suis aussi à l’initiative du groupe en 2017 avec Thibaut Gugger le batteur. J’ai sensiblement le même parcours que Pierre (décidément) puisqu’on a eu plusieurs groupes en commun (dont les trucs inavouables). J’ai surtout fait mes armes dans Sons Of Secret un groupe de metal fusion avec qui j’ai sortit deux albums et deux EPs et une bonne centaine de concerts. J’ai aussi fait de la basse dans un groupe de hardcore, Kult Of Violence avec Ben Raguin, notre guitariste. A part Thibaut que je connais pour avoir partagé des scènes avec Shredding Sanity son ancien groupe, nous avons tous eu des groupes ensembles par le passé et sommes des amis proches. Quand je vois nos parcours je trouve que ce line-up s’est réuni assez naturellement.

Comment définiriez-vous le groupe et sa musique pour quelqu’un qui ne vous connaît pas ?

Pierre Touzanne : Je dirais qu’on est un groupe de metal avec des influences death américain, hardcore, post hardcore, pourquoi pas un peu prog/atmo aussi, même si je pense que ce n’est pas vraiment à nous d’essayer de nous classer dans ce genres de catégories. Pour être plus parlant, nos plus grosses influences sont à chercher du côté de groupes comme Devil Driver, Machine Head ou Lamb of God. Ces 3 groupes constituent une sorte de socle d’influence autour duquel viennent se greffer beaucoup d’autres choses, en vrac on peux citer Tool, Gojira, Opeth, Soilwork, The Ocean, Cult of Luna, In Flames, Hacride… et j’en oublie forcément. D’autre part, il ne faut pas oublier qu’on en est à notre premier album, même si on sait ce qu’on veut et où on veut aller, je pense qu’on cherche encore un peu notre style et heureusement, si tout était figé dès le premier album ce serait triste… Les prochaines compositions seront surement assez révélatrice de la direction que nous prendront car ce seront les premières écrites de A à Z avec le line-up complet.

Pierre Lebaillif : Quand on compose on cherche une intensité dans nos chansons. Le truc qui va tous nous faire vibrer sur la même fréquence. Notre socle est effectivement à chercher dans la scène Groove-Metal américaine du début des années 2000 à laquelle se greffent des choses variées qui vont participer à cette intensité : la noirceur du black-metal, l’énergie du death ou du hardcore, la lancinante mélancolie du post-hardcore. On vient tous d’horizon différent, ça me semble normal que ça puisse se retrouver dans notre musique, ça nous tire tous vers le haut.

The Ascension est le premier album du groupe. Comment s’est passé le travail dessus ? Qui compose la musique, qui écrit les paroles ? Et surtout quelles sont vos influences musicales ?

Pierre Lebaillif : Dans l’esprit des albums concept des groupes prog des années 70 nous avons unis nos morceaux par des mélodies ou des suites d’accords communes. En lançant l’initiative du groupe, au-delà du plaisir évident à faire de la musique, j’ai voulu reconquérir ce que j’avais perdus après des années à guérir d’une maladie qui s’appelle la dépression. C’est bien une prise en charge médicale et l’aide de mes proches qui a participé à ma guérison, mais la dépression c’est une maladie qui laisse des traces. La musique m’a semblé un bon moyen pour rendre ces traces plus acceptables. Quand j’étais malade je n’arrivai pas à exprimer ce que je ressentais. Je me sentais perdu au milieu de mon environnement qui m’apparaissait comme une immensité. J’avais l’impression qu’on me volait les mots avant même qu’ils ne sortent. Je n’ai pas hésité longtemps pour évoquer ça dans les paroles, néanmoins il me fallait l’aval du groupe qui m’a été donné sans hésitations et je les en remercie. En lançant l’idée de ce groupe, en parlant de ces moments douloureux dans les paroles, j’ai pris ma revanche sur tous ces moments où les mots ne sortaient pas.

Pierre Touzanne : Pierre est le membre fondateur du groupe, c’est autour de lui que s’est construit le projet et il y a forcément une part importante de lui dans les morceaux de The Ascension. C’est lui qui a travaillé le plus longtemps et le plus profondément sur les compositions même si certains morceaux ont beaucoup évolué et n’ont plus grand chose à voir avec ce qu’ils étaient à l’origine. En gros la base des morceaux, la structure ainsi que les paroles viennent de Pierre. Ensuite chaque membre à apporté sa touche et a refondu ces propres parties instrumentales et au passage apporté de nouvelles rythmiques, de nouvelles harmonies… Encore une fois, The Ascension est un premier album et je pense que le processus de composition évoluera forcément au fil du temps pour nos prochaines créations.

Pierre Lebaillif : et je l’appelle de mes vœux ! Les choses se sont faites ainsi pour ce premier album et comme le rappel Pierre, les morceaux ont beaucoup évolués. J’ai aucune certitude ni prétention quand je compose. Un groupe c’est une addition de talent où chaque membre élève les autres vers le haut. Bien entendu je suis content de voir que mes idées ont plus à Ben, Régis, Thibaut et Pierre. Mais je suis encore plus fier quand je vois ce que nous avons accompli collectivement avec ces idées. Nous avons donné naissance à un album intense, formant un ensemble solide. Pour l’avenir de SURVIVAL ZERO la musique n’en sera que plus riche puisque chacun y va déjà de ses propositions de riffs, de chansons, de paroles…

Justement, j’ai cru comprendre, concernant les influences, que cela allait de la science-fiction à Kafka. Que vous apportent-elles dans l’écriture musicale ?

Pierre Lebaillif : Une des rares choses que j’ai réussi à maintenir lorsque j’étais malade c’est la lecture. Je lis énormément de choses avec un goût prononcé pour la SF effectivement mais ce genre me renvoi toujours vers d’autres œuvres plus classique ou des ouvrages de vulgarisation scientifique. J’ai puisé dans ces œuvres des images et des métaphores pour les paroles. Ils y évoquent des versions romancés de l’univers ou du genre humain qui ont un échos très fort chez moi. On met forcément de nous, de nos expériences dans ce qu’on écrit mais il n’était pas question pour moi d’écrire des paroles autobiographiques. J’ai à coeur d’écrire des paroles suffisamment ouvertes pour que chacun puisse les interpréter comme bon lui semble. Je trouve que dans le public metal (entre autre) il y a un intérêt très fort pour les identités des groupes. Ça passe par les artworks et aussi par les paroles. Quand j’achète un album, ma première écoute se fait toujours avec les paroles sous les yeux. Je pense que beaucoup d’autres personnes font de même alors j’espère leur permettre cette libre interprétation avec les textes de notre album.

Quelle est votre chanson préférée de l’album et pourquoi ?

Pierre Touzanne : Pour ma part c’est « The Otherverse », le dernier morceau de l’album. Je trouve que c’est le plus abouti et le plus riche en termes de diversité d’influence. C’est aussi le plus intéressant et agréable à jouer, pour moi en tout cas. Pour entrer dans le détail de la musique, j’adore l’intro très progressive qui monte en puissance , l’énergie du couplet, le refrain hyper mélodique et lancinant, et la fin instrumentale quasi post hardcore qui conclue l’album. Je vois ce morceau comme une sorte de porte ouverte sur nos futurs compositions, ou du moins j’espère qu’il le sera…

Pierre Lebaillif : Je vais rejoindre Pierre sur The Otherverse. J’ai l’impression que c’est le morceau qui synthétise le mieux ce qu’on essaye de créer : du groove, de l’intensité et des ambiances lancinantes. En live ce morceau me met en transe, il conclut notre set et j’accompagne Thibaut avec des percussions.

Comment s’est fait le travail sur la pochette, par ailleurs magnifique?

Pierre Lebaillif : C’est l’artiste Cerhnac qui s’en est chargé. Il est venu chez moi toute une journée pour que je lui fasse écouter les maquettes des titres, que je lui parle des paroles, du groupe etc. Je lui ai montré des images dans des Bds de SF comme l’Inkal ou Universal War One, je lui ai relaté toutes les discussions qu’on pouvait avoir en groupe sur l’identité visuelle qu’on imaginait. Pendant qu’on parlait il griffonnait des choses puis il est parti travailler tout ça de son côté. Le visuel de la pochette c’est sa première proposition. Quand on l’a vu c’était évident pour nous qu’on tenait là l’artwork de notre album. Régis, notre guitariste a merveilleusement résumé la chose en disant « on dirait la pochette d’un album de Tool qui se serait mis au Death-Metal ».

Point de vue clip, vous avez déjà sorti des choses avec Ascension, mais d’autres sont-ils actuellement prévus pour soutenir la sortie de l’album?

Pierre Touzanne : Oui effectivement, on a prévu différentes productions vidéos, probablement un autre clip mais on verra tout cela quand le confinement nous le permettra.

Pierre Lebaillif : je profite qu’on parle du clip pour saluer le travail d’Olivier Gobert qui l’a réalisé. Les choses se sont faites comme avec Cerhnac pour préparer ce tournage. S’y est également ajouté l’implication de Paul Artaud dans le rôle principale. Olivier, Paul, Cerhnac, sont des amis de longues dates et ils se sont impliqués dans ce projet comme des membres à part-entière. Sinon, pour de futurs productions vidéos, l’identité visuelle est très importante pour nous. Elle est la porte d’entrée vers la musique. Quand l’actualité le permettra on tâchera bien évidement de produire de nouveaux contenus pour creuser un peu plus les concepts visuelles se rattachant à notre album et notre musique.

Quel est votre pire souvenir sur scène ? 

Pierre Touzanne : Pour l’instant nous avons un seul concert à notre actif, on en avait plusieurs autres de prévu mais la pandémie en cours a un peu contrarié nos plans… Du coup je n’ai pas vraiment de pire souvenir sur scène au sein de Survival Zero. Par contre à titre personnel, j’ai un souvenir d’un concert à Châlons en Champagne avec Embryonic Cells ou sur un des morceaux, après un break, la basse reprend seule avec la batterie, et donc je reprend, je me dis c’est bizarre, ça sonne pas comme d’habitude, les autres me regarde en mode « qu’est ce que tu fous? » et je m’apperçois au bout de pas moins d’une dizaine de fois que je joue le riff un ton au dessus… Gros moment de solitude jusqu’à la reprise des autres instrus. Sur le moment on transpire un peu et après coup on en rigole bien.

Pierre Lebaillif : Alors moi j’ai eu une grosse frayeur lors d’un concert acoustique avec un ancien groupe. En plein morceau un gars dans le public s’est pointé sur scène avec un tournevis pour me le mettre sous le cou. Il ne devait sans doute pas apprécier la chanson, va savoir. On ne sait pas trop quoi faire dans ce genre de moment. Moi j’ai continué la chanson en l’invitant gentiment à descendre. Des gens dans le public l’ont rapidement sorti. C’était assez bizarre comme moment. J’ai eu du mal à finir le concert après ça.

Merci et à très bientôt j’espère !

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