Entretien avec Cécile Duquenne

crédit photo : Damien Gautier, @calligramien sur Instagram.

 

Bonjour, et tout d’abord, merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions !

Pour commencer, pourrais-tu te présenter ?

Cécile Duquenne, autrice depuis 10 ans et formatrice en écriture créative depuis un an. J’écris de la SF, du fantastique et du steampunk (Les Foulards Rouges chez Bragelonne, Les Nécrophiles anonymes chez Bragelonne et Voy’el, Penny Cambriole chez Rouge Safran, Les Brigades du Steam chez ActuSF…) J’ai aussi fait des études en japonais et littérature comparée, ce qui m’a amenée à devenir docteure en littérature comparée franco-japonaise l’an passé. J’aime écrire, j’aime apprendre, j’aime transmettre. Je trouve que la transmission du savoir-faire, entre générations ou entre mentors et apprenants, est une des plus belles manières d’être au monde !

 

Comment t’es venu le virus de l’écriture ?

Deux mots, un titre : Harry Potter.
A l’époque, je découvre la série avec la parution du tome 4, dont la fin est… surprenante ! Je n’avais pas la suite sous la main, évidemment, et tellement envie de prolonger le plaisir que j’ai aussitôt cherché des informations au sujet de ladite suite sur internet. C’est comme cela que je suis tombée sur le site fanfiction.net, et que j’ai commencé à lire de la fanfiction, puis à en écrire… j’ai commencé par ma propre version du tome 5, et ensuite, à force de textes, d’expérimentations et d’encouragements de la part d’autres personnes qui écrivaient, je suis passée à mes univers originaux !

 

D’où t’es venue cette idée de créer une “école d’écriture” ?

C’est une idée très ancienne, chez moi…
Au lycée, alors qu’on me demandait de choisir vers quelles études supérieures je voulais me tourner, je râlais en disant : « mais il n’y a pas une école pour devenir écrivain ?! »

Il n’y en a toujours pas à proprement parler, comme le soulignent assez bien les guillemets que tu utilises : mon école n’est pas diplômante et ne garantit pas un métier derrière. En revanche, elle donne accès à des compétences qui peuvent, à terme, permettre à l’apprenant de devenir un professionnel de l’écriture.

A 16 ans, j’aurais aimé avoir connaissance d’une telle plateforme en ligne… mais cela n’existait pas.

Du coup, comme souvent chez moi, l’idée est venue de la frustration : je n’ai pas la suite d’Harry Potter sous la main ? Je l’écris ! Je n’ai pas d’école où apprendre à écrire ? Je la crée ! Pas pour moi, du coup, mais mon expérience et ma frustration d’alors me donnent une assez bonne idée des besoins, des problèmes et des doutes que traversent les jeunes auteurs… et les moins jeunes, évidemment !

 

Quel est ton objectif à travers ce projet ?

Aider les jeunes auteurs d’aujourd’hui à devenir les grands auteurs de demain.

Et par « grands », je n’entends pas en quantité d’exemplaires vendus, mais bien qui aient une prose de qualité. Et par « prose de qualité », j’entends bien entendu selon les critères propres au jeune auteur en question, pas les miens ou ceux du voisin.

Il n’y a pas de recette pour écrire un roman. Par contre, il y a des ingrédients fixes : les compétences.

Mon objectif est de rendre ces compétences accessibles à ceux qui en ont besoin, et ce, de différentes manières :
* par le support, tout d’abord : d’ordinaire, tout se fait sur Paris… avec mon école, pas besoin de bouger de chez soi. On peut apprendre sur son ordinateur, son téléphone, et même télécharger les masterclass pour les écouter dans la voiture (mais le travail se fera nécessairement à l’arrêt, ahah). C’est accessible partout, tout le temps ;
* par le format, ensuite : nous sommes sur des podcasts à écouter, ce qui permet aux malvoyants d’y avoir accès. Pour les malentendants, d’ailleurs, ils peuvent me demander sans souci le script rédigé intégral !
* par la pédagogie mise en place, aussi : je ne me suis pas improvisée formatrice, je m’y suis formée. J’ai effectué des centaines d’heures de formation à la pédagogie de l’apprenant ; j’ai donné des dizaines d’heures de cours en écriture et traduction créatives à l’université, dans le cadre de mon doctorat ; j’ai été conseillée, coachée et suivie par des professionnels de l’enseignement et de la pédagogie. Chaque masterclass est le fruit d’une réflexion approfondie sur un sujet, où je ne transmets pas que du savoir, mais bien du faire. Cette démarche est un vrai effort de pensée de mon côté, de manière à ce que l’apprenant puisse maîtriser une compétence d’écriture, mais surtout comprenne comment il peut ensuite reproduire la chose seul, sans aide, et même aller plus loin. Le but n’est pas qu’il devienne dépendant de mes masterclass, mais qu’il les dépasse ! Et se dépasse !
* par le prix, enfin : je vois partout passer des masterclass d’écrivains à plus de 1000 euros pièce… qui a un SMIC ou presque à mettre là-dedans ?! Pas tout le monde… Surtout quand les masterclass sont à un format reproductible à l’infini… je trouve cela abusif. Les prix de mes masterclass sont les plus justes possibles : pour moi, dont le travail est rémunéré de manière à me permettre d’en vivre correctement ; et pour les apprenants, qui font un investissement à la hauteur de leurs moyens, et peuvent même se faire plaisir en prenant plusieurs masterclass en même temps.

 

On a souvent tendance à penser que l’art est quelque chose d’inné, qui se pratique et se perfectionne mais ne s’apprend que difficilement. Quel est ton point de vue sur la question ? Penses-tu que quelqu’un qui n’a au départ aucune aptitude pour l’écriture peut, avec de bonnes formations et du travail, écrire un très bon roman ?

Oui.

Tout le monde peut raconter des histoires. Et écrire n’importe quoi. A peu près n’importe comment. Ce n’est pas un talent réservé aux écrivains ou aux artistes.

Par contre, si l’on veut devenir maître dans la compétence, il s’agit de ne pas écrire n’importe quoi n’importe comment. Il s’agit de maîtriser les bonnes compétences, et de savoir les doser dans chaque roman (j’en reviens à la métaphore du roman comme une recette inconnue, et des compétences en tant qu’ingrédients : on a beau savoir cuisiner/écrire, la recette change à chaque plat/roman).

Donc oui, avec assez de travail, on peut écrire un bon roman. Les compétences, ça se perfectionne. Surtout quand on prend du plaisir à accomplir le processus, qui est fait d’essais et de beaucoup d’échecs, avec quelques réussites. Chaque expérience nous rapproche du meilleur écrivain que l’on pourra devenir un jour.

Cela exige de créer, de s’y former, et demande aussi un peu de chance… les bonnes rencontres, les bons conseils, les bonnes conversations avec les bonnes personnes.

Mon école est là pour le point « formation », évidemment ! La création est aux mains de l’apprenant. Et la chance… elle ne se contrôle pas, mais elle s’équilibre au fil du temps. Croyez-moi.

 

Tu proposes plusieurs “Masterclass” sur le site. Peux-tu nous expliquer un peu plus précisément en quoi consiste une Masterclass ?

Pour le moment, il n’y a que 5 masterclass en ligne, mais on distingue déjà 2 catégories si l’on est attentif :
1/ les masterclass sur les « formats » d’écriture : le premier roman et le roman pour la jeunesse, notamment, pour ce qui est actuellement publié sur le site. A venir : comment écrire une série littéraire.
2/ les masterclass autour d’une compétence spécifique : le style, les personnages et les intrigues, les scènes d’action…

Et il y aura d’autres catégories à venir, mais je préfère garder la surprise pour le moment…

Pour mieux s’imaginer la prise en main et le déroulement, voici une description rapide : une masterclass vous intéresse ? Cliquez sur « accéder » et lisez le descriptif qui indique la problématique et les objectifs à court et long termes. Vous cliquez, vous y accédez, et là, vous créez votre compte utilisateur où seront stockées toutes vos masterclass sous forme de podcast au format .mp4, que vous pourrez télécharger, ou écouter en ligne, de même que les annexes aux formats .pdf, .doc, .docx, .rtf et .odt. Tout est accessible à vie, évidemment, et ce, mises à jour comprises.

 

Quelle relation as-tu avec tes élèves ?

Grâce à La Quotidienne, nous sommes très proches !

La Quotidienne, c’est une newsletter revisitée, c’est-à-dire que c’est davantage une lettre que des informations. L’échange est au cœur du geste. Tous les jours à 7 heures du matin, les abonnés reçoivent un message autour de l’écriture : quelque chose de motivant, de réflexif, une idée de technique d’écriture à essayer, quelque chose qui fasse écho à leurs doutes et leur donne de l’espoir, ou une astuce pour éloigner (temporairement au moins) le vilain syndrome de l’imposteur… bref, j’essaie qu’il y en ait pour tous les goûts.

C’est une lettre qui suit de près mon propre parcours, d’autrice comme de formatrice. 90% des élèves de l’école sont abonnés à la newsletter… et il ne se passe pas une journée sans que l’un d’entre eux au moins réponde à mon mail du jour. J’essaie de toujours leur répondre. Parfois l’échange s’arrête là, parfois il continue… cela demande du temps, mais c’est mon travail aussi !

Et puis il y a les réseaux sociaux, qui permettent de nous rapprocher les uns des autres.

Je ne publie absolument pas la même chose d’un réseau à l’autre. Le contenu Twitter est différent de celui sur Instagram, et sur Facebook aussi. Et ce qui est dans la Quotidienne reste, à de rares exceptions près, réservé aux abonnés de la Quotidienne !

Pour y jeter un œil, c’est juste ici : https://cecileduquenne.podia.com/emails-prives

 

Si tu étais un personnage de roman, ce serait la.equel.lle et pourquoi ?

Humm, très bonne question… je dirais un mix entre Luna Lovegood et Hermione Granger : Luna pour la créativité, Hermione pour la proactivité. J’ai bon ou c’est de la triche ?

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