Dagon est un récit fantastique prenant, que j’aurais cependant apprécié un peu plus développé.

Océan Pacifique, Première Guerre mondiale. Intercepté par un destroyer allemand, un officier de la  marine marchande parvient à fausser compagnie à ses geôliers. Après des jours d’errance sur les flots du sud de l’Équateur, il échoue sur un continent inconnu, comme surgi des eaux. C’est sur cette terre sinistre jonchée de carcasses qu’il croisera le chemin d’une créature gigantesque, qu’on nommera Dagon, le Dieu-poisson. Miraculeusement sauvé mais hanté par des visions cauchemardesques, il témoignera de l’expérience qui l’a laissé aux portes de la folie.

Lovecraft est un auteur que je connais mal, Dagon est donc l’une des rares incursions que je fais dans son univers.

J’ai tout de suite été séduite par le style de l’œuvre (je ne l’ai pas lue en VO, mais le travail du traducteur m’a plus que convaincue).

Cette nouvelle débute par les envies suicidaires et droguées du narrateur, qui nous raconte ensuite son histoire. De ce narrateur, nous ne saurons rien ou presque si ce n’est qu’il s’agit d’un homme. Cela facilite d’autant plus l’identification : l’absence de personnalité ainsi que la première personne utilisée tout au long du récit permettent de se glisser au mieux dans la peau du personnage.

J’ai très vite été happée par le suspense qui se dégage de ces quelques pages. Rapidement, le lecteur se retrouve dans un univers étrange, dont il est difficile de distinguer le réel des hallucinations. L’île sur laquelle échoue le narrateur est inquiétante de bout en bout : on imagine trop bien nos pieds nus s’enfonçant dans la fange d’où émergent des cadavres de créatures marines, notre périple à travers les étendues immenses et désolées et enfin, notre confrontation effrayante et scientifique avec le monolithe ciselé dressé au clair de lune, entre les parois d’une crevasse sombre.

Les descriptions de l’auteur sont minutieuses, et ces détails n’apportent que plus de crédibilité à l’ensemble. Dagon est une nouvelle fantastique comme je les aime, oscillant quelque part entre le rêve et la réalité, sans qu’on parvienne jamais vraiment à s’expliquer ce qu’il en est.

Mon seul regret vient de ce fameux Dagon, qui donne son nom à l’œuvre pour n’être en définitive qu’effleuré. Dagon se concentre bien plus sur le parcours halluciné d’un naufragé que sur le monstre induisant la folie qui nous est décrit en quatrième de couverture.

Impossible d’achever cette chronique sans évoquer les superbes illustration d’Armel Gaulme. Sous forme de croquis, elles enrichissent de nombreuses pages et contribuent de beaucoup à l’atmosphère inquiétante de la nouvelle. Les dessins sont en effet d’une précision minutieuse, presque naturaliste, et donnent l’impression de lire un carnet de bord : cela ancre ainsi dans la réalité ce récit étrange.

Dagon est donc une nouvelle fantastique de qualité, dont les superbes illustrations renforcent la portée.

NokomisM

NokomisM

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