Metawar – 3TEETH

 

Il est assez surprenant de constater à quel point 3TEETH, groupe industriel américain venu de Los Angeles, a évolué en seulement six ans et trois albums. Des balbutiements prometteurs de 3TEETH en 2014, la bande d’Alexis Mincolla – alias la moustache la plus épique de la scène indus metal – a lâché une petite bombe avec <shutdown.exe>  en 2017, un album bien plus lourd et percutant qui leur a valu d’ouvrir pour Rammstein et Tool aux Etats-Unis. Un immense bond en avant qui a propulsé le groupe vers les hauteurs du Billboard, parmi les futurs grands noms d’une scène industrielle en pleine renaissance.

Metawar, sorti en juillet dernier, vient confirmer cette tendance, et autant prévenir de suite, en parler sans évoquer les très nombreuses influences qu’il brasse serait impossible. 3TEETH rend un hommage appuyé à une ère pas si lointaine, celle de la fin des années 90 et du début des années 2000 ; l’époque où les skaters délaissaient peu à peu les rampes pour les rayons du Hot Topic le plus proche, et où leurs lecteurs CD abandonnaient le punk californien pour les ambiances plus sombres offertes par Skinny Puppy, Static-X et le révérend Manson. Un ado qui aurait été congelé en 2001 pour se réveiller en 2019 au son de Metawar ne se douterait pas du temps écoulé. On ne peut, à ce sujet, que saluer la production de l’album, sous la houlette de Sean Beavan qui connaît bien la scène pour avoir participé au mixage d’albums aussi prestigieux que Mechanical Animals et The Downward Spiral, pour n’en citer que quelques-uns.

Pour autant, 3TEETH ne se contente pas de régurgiter ses influences sans y mettre sa patte moderne. Les guitares et basses, lourdes au possible, proposent des riffs ultra-péchus qui rappellent la jeunesse du combo avec des sonorités presque djent, là où la section rythmique pencherait davantage vers le drum and bass à la Pendulum. Preuve en est avec le morceau d’ouverture, Affluenza, troisième single de l’album : dès les premières notes plaquées avec une écrasante efficacité, on pense aussitôt au Reload de Rob Zombie, tandis que le timbre d’Alexis Mincolla nous renvoie aux plus grandes heures de Marilyn Manson et Dope, le tout dans une ambiance synthétique énervée entre Static-X et Crossbreed.
Puisqu’on parle des singles, attardons-nous un moment sur eux. Le premier, American Landfill, lorgne du côté des productions les plus récentes de Fear Factory avec son rythme implacable. EXXXIT, accompagné d’un clip bien rougeoyant (le rouge semble être la marque de fabrique du groupe), ne manquera pas de provoquer des vagues brutales de headbang en concert. Le quatrième single, President X, est selon Alexis Mincolla l’un des plus politiquement chargés du groupe, ce que le clip prouve avec son leader déguisé en leader reptilien. Enfin, le dernier single est une reprise indus-sinistre d’un hit rock indie, Pumped Up Kicks par Foster The People. Une chanson inspirée par la tuerie de Columbine qui avait vu la droite conservatrice américaine accuser, on s’en souvient, des groupes comme KMFDM, Rammstein et Marilyn Manson. Une manière de boucler la boucle ? Mais là où la version originale usait volontairement d’une mélodie douce et entraînante, 3TEETH renforce le côté glauque du thème avec une reprise musclée teintée de sonorités synth-rock. Personnellement, mon morceau favori de l’album, et parfait pour le clore.
Pour ce qui reste de l’album, évoquons rapidement – mais sans en diminuer l’efficacité – Blackout dont les paroles paraissent inspirées par Animatrix et plus particulièrement l’opération Dark Storm, lorsque l’humanité décide de cacher le soleil pour affaiblir les machines ; Bornless évoquera aisément des groupes plus « entraînants » comme Orgy ou Zeromancer ; quant à Sell Your Face 2.0, il a un petit côté spatial à la Kovenant.

Dénonçant sans vergogne une société de consommation trop occupée à se dévorer elle-même, Metawar s’impose comme l’un des meilleurs albums industriels de l’année et confirme 3TEETH comme un nom à suivre pour tout amateur de rythmiques martiales et électroniques. Le groupe a par ailleurs ouvert pour Ministry en France (voir notre section Reports concerts) et il est très certain qu’on devrait les revoir dans l’Hexagone bien plus souvent, si le succès qui les accompagne est à la hauteur de la qualité de leur production. C’est en tout cas ce que leur première place dans la catégorie Album Metal sur iTunes annonce pour l’avenir.

Metawar
3TEETH
Century Media
2019

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