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Entretien avec Kamille, Alex et Vik, des Compagnons du Gras Jambon

Les Compagnons du Gras Jambon sont des gars de la rue. Pas comme de vulgaires Gavroches et autres traînes-misères, non : de vrais perfomers, des artisans de la joie de vivre et du savoir- plaire comme on en trouve que dans les tavernes les plus chaleureuses. Même dans le bruyant vestibule de la Ferme du Buisson, Alex, Kamille et Vik savent transmettre l’amour de l’Art bien fait – à moins que ce ne soit l’art de l’amour bien fait ? J’hésite… Lard ou pas, toujours est-il qu’après une prestation sur la main stage du festival qui figurera parmi les plus marquantes de cette édition 2019, c’est avec entrain, énergie, honnêteté et un humour sans faille que les toulousains répondent à nos questions.

Chers Compagnons du Gars Jambon, pourriez-vous vous présenter en quelques mots pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas ?

Vik : Nous sommes les Compagnons du Gras Jambon, originaires de Toulouse et à la fin de l’année, nous fêterons nos 10 ans d’existence ! Les premières années du projet se sont déroulées de manière très relax : nous étions juste un groupe de potes qui se rassemblaient pour faire de la musique et jouer trois concerts par an nous suffisait. Puis un jour, on a découvert qu’on pouvait en partie vivre de notre passion et on est officiellement devenus intermittents du spectacle il y a environ six ans. Pour ce qui est du nom du groupe, on buvait des bières et on a eu une illumination divine (rires). Plus sérieusement, au fur et à mesure des festivals, on a réalisé que les groupes qui jouaient avaient toujours des noms un peu pédants, (en latin, etc). Or, notre volonté était aussi de faire rire les gens, les mettre de bonne humeur… Il fallait que le nom annonce un peu la couleur. Au début, ce n’était pas fait exprès et on s’est vite rendu compte que le nom Les Compagnons du Gras Jambon était rentré dans la tête des gens. Je crois que ça a contribué à faire circuler notre nom dans les fêtes médiévales.

Kamille : En effet, au début, c’était parti d’une blague mais au moment de signer tes premiers contrats d’embauche artistique, tu es tenu de remplir la case avec un nom, un vrai ! On a plus eu le choix à partir de ce moment-là.

Pour moi vous êtes un genre de légende urbaine, car j’entends tout le temps parler de vous (voire même je vous entends brièvement dans les rues de Provins) mais je ne vous avais littéralement jamais vu jouer. Après sondage autour de moi, je ne suis pas le seul dans ce cas. Votre réputation vous précède donc, comment l’expliquez-vous ?

Vik : Honnêtement, on ne s’en rend pas compte et je ne me l’explique pas. On a bien participé à quelques gros évenements, comme le Ragnar Rock Metal Fest ou notre premier Cernunnos à la Machine du Moulin Rouge, mais j’ai l’impression que le bouche à oreille fait le gros du boulot, surtout dans les cercles metal — les festivals médiévaux étant un cercle un peu plus fermé. Pour les spectateurs de ces festivals, je n’ai pas trop l’impression qu’on soit une légende urbaine, car ils ont l’habitude de nous croiser.  Par contre, je crois qu’une passerelle s’est vraiment formée entre ces deux univers et que notre noms a pas mal circulé de l’un à l’autre.

Kamille : les concerts jouent aussi beaucoup. De vrais petits moments d’éternité se forment avec le public. C’est là pendant un temps et ce n’est plus là ! Les gens parlent après de ces moments éphémères et ça contribue, je pense, à faire perdurer le nom du groupe.

Vik : Mais en dehors de ça, nos chevilles vont bien et on est très sympas (rires!)

D’après votre site, le nouvel album se profile pour avril 2019. Que pouvez-vous nous dire sur lui pour nous mettre un peu en appétit ?

Vik : Déjà, je peux te dire qu’on en est contents et c’est rare ! Souvent, quand tu prends du recul vis à vis de ton travail, tu n’es jamais satisfait à cent pourcent. Et là, sans être complètement satisfaits, on est quand même très heureux du résultat. Certaines idées qui étaient pour nous essentielles mais qu’on a pas pu inclure sur les précédents albums se sont enfin retrouvées sur celui-là. Pour les deux précédents, on voulait rester très proches de notre format de rue, qui est le type de concert qu’on fait le plus souvent. Par exemple, pour ce troisième album, on a pu utiliser des lignes de basse, ce qu’on ne s’était pas permis jusque là. Tant pis si ça détonne un peu avec ce qu’on fait d’habitude car au final, cet album nous paraît plus construit, plus abouti…

Alex : On a pu combler un vide qui jusque là nous chagrinait, entre autres dans le spectre mélodique des basses. La production en ressort plus forte et plus lourde. Effectivement, pour en revenir à ce que disait Vik, peu de groupes te diront qu’ils sont satisfait de ce qu’ils ont pondu et on ne déroge pas à la règle mais cette évolution nous correspond infiniment mieux.

Kamille : Cela dit, les titres continueront à évoluer. Plus on les jouera, plus on se rendra compte de petits détails qui auraient pu être arrangés.

Vik : il est vrai que cet album constitue une première pour nous. Avant, on jouait les morceaux en live et en concerts de rue bien avant de les produire. Donc quand les gens achetaient l’album, ils connaissaient déjà les titres. Or, ce coup-ci, ce sera la première fois qu’on produit des morceaux avant de les présenter au public, du moins la plupart. Avant, on étrennait les titres pendant deux saisons en public et ils évoluaient drastiquement avant d’être enregistrés. On a commencé à remettre les wagons dans le bon sens. De plus, au début du groupe, on manquait forcément d’expérience et on s’est posé la question suivante  : fallait-il livrer aux gens le morceau tel qu’ils l’ont entendu en rue ou tout de suite proposer autre chose sur album ? Cette fois, ce sera le procédé inverse : ceux qui nous écoutent en album découvriront probablement des interprétations plus personnelles en live et avec le recul, cela nous convient mieux et ce sera probablement un bon moyen de moins nous lasser de jouer ces compositions.

L’album aura donc trois aspects : le son studio, le live et l’histoire que nous allons conter.

Le folk et le pagan, c’est par essence festif mais la concurrence est parfois rude. C’est quoi le secret pour se démarquer au milieu de tout ça ?

Vik : Prenons l’exemple de la programmation de cette année au Cernunnos. En dehors de nous je crois qu’aucun autre artiste, du moins à ma connaissance, ne fasse de représentations de rue. Je ne dis pas que c’est ce qui nous démarque spécialement, ni si on est les plus à même de répondre à ta question mais pour nous, le live tel qu’on l’a fait aujourd’hui, c’est comme une cour de récré. On sait que les festivaliers sont venus pour s’amuser, qu’ils ont payé leur place pour assister aux concerts et seront donc présents quoi qu’il arrive. Ils savent pourquoi ils sont là. Tandis que les concerts de rue, il faut sans arrêt garder l’attention des quelques spectateurs, des passants de passage qui ont tout un tas d’autres divertissements sous la main, entre les artisans qui exposent et les débits de boisson. Conserver l’attention, captiver et divertir les gens pendant au moins une demi-heure, c’est ça notre défi.

Alex : les concerts nous sont un peu tombés dessus par hasard. Pour ça, la rue a été très formatrice. Pour le Ragnar Rock, un article avait même cité la spontanéité des concerts de rue en parlant de nous. c’est sûrement ça qui, au final, nous démarque un peu. C’est principalement à Vik qu’il revient d’attirer l’attention des spectateurs et il a énormément travailler cet aspect du contact avec des gens qui ne seront pas conquis d’avance. Grâce à ça, on a pu développer une véritable aisance pendant les concerts où les festivaliers savent pertinemment ce qu’ils viennent voir, d’autant qu’à force, comme tu le disais, les gens commencent à connaître notre nom.

Vik : Et pour rebondir sur ce que disait Kamille tout à l’heure, l’osmose avec le public se fait plus facilement. On peut donner notre énergie sans stresser. C’est de la détente, en fait.

Kamille : Sauf pour les nouveaux morceaux : quand on les a joués la première fois, on était loin d’être détendus ! Cela dit, la rue a aussi l’avantage qu’on peut vraiment bien s’entendre. On a fait beaucoup de recherches de sonorisation pour trouver comment rendre bien en live ce qu’on fait en rue, avec le matériel à notre disposition. Et de cette recherche constante découle aussi des évolutions de morceau, d’ailleurs.

Vik : Dès le départ, le but des Compagnons était de proposer des morceaux d’inspiration médiévale venant de régions et pays différents, et qui n’auraient été que peu —  ou pas —  joués par d’autres artistes. On a toujours eu le souci de faire découvrir des choses et la scène véhicule à merveille cette volonté d’instruire. Le public n’en a d’ailleurs pas forcément conscience mais sous couvert d’une chorégraphie un peu débile sur Raeven, Rotten & Grisen (chanson traditionnelle danoise enseignée dès la primaire dans les écoles du pays),  il a vraiment appris des trucs ! On aime ce petit côté éducatif et c’est important de ne pas faire n’importe quoi avec le public, qu’il participe aussi à ce spectacle que nous voulons vivant.

Kamille : Il faut un peu tempérer : on est pas non plus un groupe très intellectuel ! Mais tu peux apprendre un truc et t’être éclaté en même temps.

On le sait, le folk et le monde du metal sont assez concomitants et on peut aussi le voir dans la programmation d’un festival comme le Cernunnos. Pensez-vous que de manière générale ces deux styles se concurrencent ou se tirent la bourre, surtout pour les programmations en festivals plus généralistes où il faut parfois jouer des coudes (pour ne pas dire des relations bien placées?)

Vik : En fait, ce milieu des festivals nous est presque totalement inconnu. Pour notre part et contrairement à beaucoup de groupes, on gère nous même notre booking et clairement, pour jouer dans ce type d’éventements, on a pas le réseau nécessaire. On est bien plus présents sur les réseaux de fêtes médiévales. Selon moi, ce qui fait qu’on est bookés sur ce types de concerts, c’est que notre structure de spectacle est probablement un peu différente des autres et que le bouche à oreille fait son office — sans oublier qu’on a pas mal d’influences metal, ce qui se ressent dans notre musique via les rythmiques (entre autres choses) et qui fait que les metalleux ne seront pas complètement paumés en nous écoutant.

D’ailleurs, J’ai remarqué qu’il y a quelques années encore, les courants metal et folklorique / pagan / Médiéval étaient deux entités complètement opposées. Bien sûr, le Cernunnos fait cohabiter ces genres depuis des années et le Ragnar Rock a aussi contribué à les rapprocher. Mais maintenant, tu peux même voir des groupes de type folklorique au Hellfest ! Les passerelles entre les deux se font bien plus naturellement — d’ailleurs, c’est même plus facile pour nous de transiter du milieu traditionnel au metal que l’inverse !

Avez-vous des influences en dehors de la sphère folk et metal ?

Vik : On vient tous d’horizons différents : Alex vient du jazz ; Kamille a été en partie formée dans les fanfares. Moi même je viens du milieu folklorique Irlandais et du classique.

Alex : j’ai aussi eu un groupe de black metal mais on ne s’arrête pas du tout à ce genre. Quand tu es musicien, tu es supposé aimer la musique en générale et il y a du bon à prendre partout.

Kamille : on aime tout type de musique à partir du moment où c’est surprenant et bien trouvé.

Vik : Dans nos compos, tu peux trouver des passages reggae, mème rap, en fait. Tant que c’est au service du morceau, tout est envisageable.

Alex : Sans forcément écouter ce genre de musique chez nous, tant qu’on s’éclate à le jouer, c’est l’essentiel car ça reste nos arrangements à nous et on part du principe que si ça nous plaît, il y a des chances que ça plaise à d’autres — en tout cas, on l’espère !

Vik : Tiens, pour s’échauffer en coulisse, on a même fait du Abba et la Compagnie Créole pour déconner !

Quel regard portez-vous sur la scène folklorique de manière générale  – si tant est qu’il existe une telle scène ?

Vik : Honnêtement ? Je ne sais pas !

Kamille : C’est très riche, il y a tellement de mouvances différentes. Avec l’émergence des festivals, il y a aussi des variantes nouvelles qui apparaissent… Cela dit, il y a une vraie mode autour du pagan en ce moment et j’ai l’impression que ça crée beaucoup de raccourcis. Au chanteur à texte peut se superposer l’aspect traditionnel ou des thématiques liées à la mythologie. Il n’y a donc pas qu’une scène folk.

Vik : Ce qu’on appelle le « folk », c’est à la fois tout et rien. Un brin d’acoustique ou même de musique du monde et tu as un projet catalogué comme « folk »…

Kamille : Peut-être que ça n’est pas le cas de certains initiés au style mais pour notre part, nous sommes très éclectiques et nous fonctionnons à la curiosité. Donc nous n’avons pas vraiment de jugement à porter.

Vik : Cela dit, il existe une vraie scène folk avec des musiciens traditionnels qui se définissent comme tels et probablement que s’ils nous écoutaient en ce moment, il crieraient au scandale. En débarquant sur les fêtes médiévales, on a parfois dit de nous que nous ne faisions pas de la musique typiquement médiévale alors qu’à la base, notre répertoire l’est totalement. En revanche, nos rythmiques ne le sont pas du tout. Ce qui compte, c’est ce qu’on fait de nos influences… et on fait ce qu’on veut, voilà tout (rires) ! Au moins, à défaut de se définir comme « folk »,on peut se cataloguer comme étant les Compagnons du Gras Jambon !

Avec la disparition du Ragnar Rock Fest, le Cerrnunos reste un événement assez unique en France. Vous faites aussi partie des groupes qui ont connus le festival intra-muros, à La Machine du Moulin Rouge. Que pouvez-vous dire de ce festival et quelle configuration préférez-vous ?

Vik : Le Moulin Rouge, on va pas se mentir : c’est mythique, alors c’était cool d’y jouer…

Kamille : Mais ici, on a bien plus de place !

Vik : Oui, d’une part. Cette année, on nous a booké sur la grande scène, alos quà la Machine nous avions joué sur celle du dessous, la petite. Il faisait une chaleur à crever, la salle était blindée et une partie du public était mécontente car ils n’ont pas eu la possibilité de nous voir et sont restés bloqués dans l’escalier pour nous écouter. Mais le cadre de La Ferme du Buisson est fabuleux, c’est le jour et la nuit ! Certes, on s’éloigne un peu de Paris et le RER A est tout le temps en panne en ce moment – j’ai habité à Noisy le Grand pendant quatre ans, croyez-moi, je connais les inconvénients ! Mais selon moi, le festival y a énormément gagné et je pense qu’il peut s’agrandir encore plus à l’avenir. Et au vu de l’affluence aujourd’hui dans la salle pendant notre concert et l’importance des têtes d’affiches, je pense que la distance depuis Paris n’est clairement pas un problème.

Kamille, ton tambour a l’air de peser son poids : quel est ton secret pour ne pas te ruiner le dos ?

Kamille : Mon secret ? L’escalade ! On s’éclate, on se muscle et on gaine !

Question spéciale Gras Jambon : supposons que vous soyez sur une île déserte, sans vivres à disposition. Quel membre du groupe bouffez-vous en premier ?

Kamille : Certainement pas moi : il n’y a rien à bouffer !

Alex : Moi, je dis Bob. Il est de nature un peu mou alors je pense qu’il a une viande bien tendre…

Vik : Vous êtes sacrément cons, quand même : c’est moi le plus gros ! Évidemment, c’est moi que vous allez bouffer !

Alex : Oui, mais ta viande doit être toute nerveuse…

Vik : Je ne suis pas nerveux, c’est pas vrai…

Kamille : elle est horrible, cette question…

Vik : Moi, je me boufferais moi, (rires) !

Alex : Je nage et je vais pêcher.

Kamille : Pareil, je tente le tout pour le tout.

Alex : On peut se nourrir de noix de coco, sinon.

Vik : Ah non… ça rend végan !

Un dernier mot pour Emaginarock, les compagnons ?

Le groupe entier : « mot » ?

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