Les îles noires – Sylvie Lainé et Philippe Aureille

Qui n’a passé des heures à contempler les nuages, leur trouvant la forme de choses connues, ne peut pas comprendre le lien qui nous unit à l’intangible. C’est bien de cela qu’il est question ici. Mais l’héroïne, Amélia, voit dans ce qui a été vivant et qui est maintenant mort, des arbres, des feuilles, des racines, autant de signes d’un autre monde, d’une promesse, d’un avenir pour elle dans les îles noires.

Cet ouvrage commence par un hommage rendu à Francis-Olivier Brunet qui nous a quittés l’an passé et avec qui Sylvie Lainé et Philippe Aureille avaient participé à la petite bulle d’univers n°9 intitulée L’Animal, où c’était le lien entre l’homme et l’animal qui était mis en perspective. Là aussi, c’était une vision anthropomorphique qui était mise en avant, avec une grande justesse.

Cette collection d’Organic éditions a dû recourir au financement participatif, comme c’est souvent le cas pour les petites maisons d’édition qui n’ont pas toujours la force de frappe nécessaire pour rester fidèles à leurs lignes éditoriales. Et quelle ligne ! En effet, associant le travail de plasticiens et d’auteurs, c’est plus que de simples romans graphiques que nous proposent ces petites bulles d’univers, mais de véritables bouffées d’univers où le lecteur se laisse emporter au loin.

Amélia voit le monde comme autant d’interprétations de Rorschach, et sa sœur et son beau-frère s’occupent d’elle pour l’essentiel. Un peu moins maintenant qu’un enfant est entré dans la vie du jeune couple. Pour autant, en cet automne, au bord de mer, les promenades de la famille sont autant de moments d’évasions pour Amélia qui regarde au loin vers les îles noires, des îles bien à elle.

Telle une découverte prometteuse, des psychiatres s’intéressent à elle et à ses interprétations qui pourraient faire évoluer leur spécialité. Amélia se refuse à devenir un simple sujet à étudier. D’ailleurs, elle n’a pas les mêmes préoccupations que les autres humains. Parfois, ses visions impactent la réalité des autres, alors pourquoi son rêve ne pourrait-il pas devenir à son tour réalité ?

Un texte d’une grande poésie, d’une douceur amère et simultanément d’une force tranquille qu’on ne peut concevoir avant cette lecture. Les illustrations sont d’une beauté à la hauteur des mots et poussent le lecteur à accepter de se soumettre à cette proposition littéraire pour s’y immerger et vivre pleinement les moments précieux que nous propose cet ouvrage. Les îles noires sont assurément une des plus belles réussites de cette collection.

Les îles noires
Sylvie Lainé (auteure) et Philippe Aureille (plasticien)
Couverture illustrée par Philippe Aureille
Organic Editions
Collection Petite bulle d’univers n°11
2019

15,00 €

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