Les faucouns de Raverra I. La sorcière captive – Melissa Caruso

 

La magie est peu fréquente dans l’Empire raverrain, et ceux qui naissent avec ce pouvoir sont étroitement contrôlés : repérés dès l’enfance, ils se retrouvent enrôlés de force dans le régiment des Faucons.
Zaira a évité ce sort ; elle a grandi dans les rues en volant pour survivre et en dissimulant sa nature. Mais elle cache une magie rare et dangereuse, une magie qui pourrait menacer l’Empire tout entier.

Les points positifs

– Une histoire prenante

– Un décor original

– Une parfaite égalité des sexes

Les points négatifs

– Un message colonialiste dérangeant

– Une conclusion un peu trop simple

La sorcière captive est le premier tome d’une série de livres intitulée Les faucons de Raverra, et propose une histoire prenante mêlant intrigues politiques et aventures, dans laquelle j’ai pris plaisir à me plonger. L’auteur alterne parfaitement entre d’une part l’ambiance complotiste de la cour et les débats politiques des grands du pays, et d’autre part les aventures trépidantes que vit la protagoniste. En bref, du suspense, des combats et des mystères sur fond de tensions géopolitiques : tous les ingrédients sont là pour en faire un bon roman.

Le cadre fantasy dans lequel se déroule le récit est original : avec ses ruelles et ses canaux sur lesquelles flottent des embarcations de bois, Raverra ressemble davantage à une Venise ancienne qu’aux villes médiévales des classiques du genre. J’ai beaucoup aimé ce décor. Dans cet univers, la magie se déploie elle aussi avec originalité : à Raverra, les magiciens sont des Faucons dont le pouvoir est retenu par un Fauconnier, qui décide intégralement quand le libérer ou le restreindre.

Mais le point fort de ce roman réside, à mon sens, dans la parfaite égalité des sexes qui règne au sein de cet univers. Si elle est surprenante de prime abord (faute d’être habituelle), j’ai finalement réalisé que l’auteure avait tout simplement imaginé un monde où les femmes seraient au même niveau que les hommes. L’héroïne est la fille d’une famille riche et puissante, et sa mère, l’un des personnages forts du roman, siège au Conseil qui dirige le pays. Il n’est fait aucune mention d’une éventuelle faiblesse des femmes ou de pseudos rôles qui seraient attribués à un sexe ou à l’autre. Les femmes n’ont pas besoin de se révolter ni de se battre pour être reconnues au sein d’une société masculine et de fait : dans ce premier tomme, hommes comme femmes dirigent, décident, et se battent quand besoin est, comme si la question ne se posait pas. J’ai beaucoup apprécié cet aspect du roman.

Amalia, le personnage principal, montre également une personnalité intéressante. Même si je ne suis pas toujours d’accord avec ses idées, j’ai apprécié les réflexions qui la tourmentent, alors qu’elle se trouve bloquée entre la bienséance que lui imposent la politique et son rang et les émotions qui la traversent. Si Amalia peut sembler, de prime abord, un peu passive, elle révèle en réalité tout au long du roman une capacité intéressante à contourner les règles pour défendre son point de vue par le dialogue et la douceur.

En revanche, un aspect du roman m’a particulièrement dérangée : celui qui consiste à penser qu’un nombre restreint de personnes peuvent prendre des décisions « pour le bien » du plus grand nombre, et ce même lorsque ce plus grand nombre est en désaccord.

Le premier exemple concernant cette perspective se retrouve dans le lien qui unit le Faucon au Fauconnier. Les mots utilisés sont d’ailleurs révélateurs : de même que certains êtres humains se permettent de capturer des oiseaux pour leur propre utilité sans que l’animal ait son mot à dire, les magiciens sont arrachés à leur famille dès leur plus jeune âge pour être embrigadés aux Mues, lieu où ils se verront attribuer un Fauconnier avec lequel ils construisent, supposément, une relation de confiance, sans qu’on leur laisse toutefois le choix de refuser, et tout cela « pour leur propre bien et celui du royaume ».

La gestion de la crise politique qui lance le début de l’histoire est également problématique à mon sens : au sein de l’Empire, que Raverra a constitué en annexant par la violence les différentes villes l’entourant, la cité Ardence se révolte sous la coupe de ce joug trop lourd et demande son indépendance. Cette idée d’indépendance est systématiquement considérée comme absurde par l’héroïne, qui ne remet jamais en cause, même intérieurement, la dictature de l’empire. Ce point de vue est justifié par ce même « c’est pour leur propre bien et celui du royaume », au mépris de ce que peuvent ressentir ceux qui se trouvent opprimés et sans même prendre la peine de se demander ce qu’en pense la majorité. Le seul objectif sera, de bout en bout, de faire rentrer Ardence dans le rang. La résolution politique de cette crise se fait d’ailleurs à bon sens bien trop facilement, et sur la fin l’histoire y perd en crédibilité.

La sorcière captive est donc un roman que j’ai lu avec plaisir : il propose une histoire prenante qui alterne parfaitement entre actions et intrigues politiques et se déroule dans un cadre original ; les relations entre les hommes et les femmes y sont également très égalitaires. Cependant l’aspect colonialiste de cette histoire m’a vraiment dérangée. Je serais donc curieuse de lire les prochains tomes afin de découvrir comment les choses évoluent.

 

Les faucons de Raverra I. La sorcière captive

Melissa Caruso

Bragelonne, juin 2019

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