Le déchronologue – Stéphane Beauverger

 

«Je suis le capitaine Henri Villon, et je mourrai bientôt.

Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend? C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends.»

Ainsi débute le récit du capitaine Villon. Il lutte avec son équipage de pirates pour préserver sa liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles. Son arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps.

Les plus

Un roman extraordinaire

Un style très maîtrisé

Un récit particulièrement original

Les moins

Une absence quasi totale de personnages féminin

J’ai beaucoup aimé ce roman, extraordinaire à plus d’un titre.

C’est d’abord son style qui m’a saisie, et ce dès les premières lignes : il est très maîtrisé sans jamais en faire trop, poétique et truffé de vocabulaire tout en restant accessible. Ma lecture a donc été très agréable.

Mais le récit en lui-même est original à bien des points de vue.

Le scénario est extrêmement prenant : il est vrai qu’avec une thématique liée aux pirates, les chances de me plaire étaient fortes, d’autant plus que les protagonistes, s’ils restent attachants, n’en demeurent pas moins de véritables forbans des mers. On y trouve aussi bien des magouilles politiques que des combats, des batailles navales ou des chasses au trésor : tous les éléments sont réunis pour en faire un excellent roman de pirates.

La science-fiction dans laquelle s’inscrit l’œuvre est elle aussi particulièrement atypique : dans cet univers se croisent objets, navires ou personnages voguant depuis d’autres époques, qui viennent se perdre ou conquérir l’océan du dix-huitième siècle et le modifient ainsi d’une façon irrémédiable, condamnant le futur… Le lecteur est confronté à des anachronismes permanents qui apportent encore à l’improbable de cette histoire : dans Le Déchronologue, les trafiquants commercent des radios, des antibiotiques ou des tourne-disques…

Ces perturbations temporelles se retrouvent jusqu’à la construction de l’histoire, dont les chapitres ne sont pas dans le bon ordre… Cela ne gène pour autant en rien à la compréhension du récit, et ne donne que plus de force et d’existence à cet univers dans lequel le cours du temps se retrouve sens dessus dessous.

C’est le Capitaine Villon en personne qui nous raconte son histoire entre les pages, pétri d’idéalisme et d’océans, pirate visionnaire et fabuleux aux marins tous dévoués. Ses idées mordantes et sa sensibilité à fleur de peau en font un personnage extrêmement sympathique, malgré les activités illégales qu’il mène sur les mers.

J’ai déploré, en revanche, l’absence de protagonistes féminins crédibles. Mise à part le personnage de Sévère, les hommes seuls sont les anti-héros de ce roman. Or Sévère représente parfaitement le stéréotype qui reprend la figure classique de la femme maternelle et pure, hors de toute sexualité. C’est dommage.

J’ai donc dévoré Le Déchronologue, qui reste à mon sens un excellent roman sur bien des aspects, bien que l’ensemble manque de femmes crédibles.

Le Déchrnoologue

Stéphane Beauverger 

Folio SF, avril 2017

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