Cadavre, vautours et poulet au citron – Guillaume Chérel

Jérôme Beauregard, le narrateur, qui se prétend « détective public », peine surtout à se définir et à trouver sa place. Aussi lorsque Pat, un ami rencontré sur les réseaux sociaux, lui propose de devenir son employé, il saute dans l’avion et sur l’occasion : le poste offert est en effet à Oulan Bator, la capitale de la Mongolie. Le voilà donc parti pour un exotisme de surface, celui de l’expatrié pour raisons financières, qui, on le sait, est constitué à quatre-vingt-dix-neuf pour cent d’alcool et de prostituées, et à un pour cent de dépaysement.

Pat, son employeur, n’est guère qu’un ancien soldat de fortune reconverti dans les affaires. Véreuses de préférence. Mais avec quelques idées farfelues qui le rendent sympathique : monter une librairie française à Oulan-Bator, créer, à dos de yack, une bibliothèque itinérante dans la steppe. Beauregard découvre peu à peu le pays, issu en droite ligne de la chute du régime communiste et des lendemains démocratiques qui déchantent. Dès lors, il ne faudra pas s’étonner du fait que le roman tout entier ait une allure de gueule de bois. L’essentiel du boulot de Beauregard, tout comme celui de son chef, c’est surtout bitures et bastons dans les bars. Avec de temps en temps une ballade à droite et à gauche, au besoin jusque dans le désert de Gobi.

« Chaque chose en son temps. Tu m’embrouilles avec tes histoires de cadavres et de rétrocommissions. Le diamantaire ne m’intéresse plus. Je vais t’aider à le récupérer chez les ninjas, et ce ne sera pas une question d’argent. »

Des Russes, des Chinois, des ninjas, des bikers nazis, un Mongol égaré dans la légion étrangère, un politicien français véreux au nom transparent, un diamantaire kidnappé, un cadavre qui ressurgit. Hélas, tout ceci ne suffit pas à faire une intrigue. On s’y attendait un peu : déjà, dans « Un bon écrivain est un écrivain mort », la jubilation de caricaturer les egos boursouflés de ces personnages publics que sont les auteurs à succès l’emportait sur une trame des plus minces. Trame mince ici encore. On serait tenté d’écrire que le scénario tient sur un timbre-poste, mais ce serait excessif : disons, puisque l’on parle d’exotisme et de récit de voyage, qu’il tient sur une carte postale.

« Le loup qui s’en prenait à Diane a détalé, avec dans sa gueule ce que j’ai tout d’abord pris pour un morceau de sa manche de doudoune. J’ai attrapé la dépouille de Diane pour la tirer à l’intérieur de la voiture et j’ai constaté qu’il lui manquait l’avant-bras, arraché jusqu’au coude. »

Du remplissage, donc, et pas qu’un peu. Il ne se passe pas grand-chose durant les deux cents premières pages, et pas beaucoup plus dans la seconde moitié. L’auteur fait des efforts pour remplir son récit : un peu d’histoire de la Mongolie, un peu de géographie, un peu d’ethnologie, etc. Tantôt cela s’intègre au récit, tantôt non. Pour aboutir à quatre cents pages sur cette édition de poche, l’auteur tire à la ligne et va à la ligne. Beaucoup. Et accumule les dialogues. Beaucoup. Et les scènes de filles et de biture. Trop. On est bien loin des cercles littéraires au sein desquels l’auteur s’était aventuré dans « Un bon écrivain est un écrivain mort », bien loin de la caricature féroce et vacharde qui prêtait à sourire. Plutôt du côté de Frédéric Dard. On n’ira donc pas vraiment attendre de la finesse. On est, au mieux, dans l’humour de pilier de bar ou d’adolescent acnéique. Sur quatre cents pages, on baille un peu.

Reste un titre joliment trouvé, une vision documentée de la Mongolie contemporaine, et quelques détails amusants, comme la présence à Oulan Bator de membres du Club 5A, l’Association Amicale des Amateurs d’Andouillette Authentique, laquelle existe réellement. Si malgré ces nourritures l’on reste un peu sur sa faim, on pourra considérer « Cadavre, vautours et poulet au citron » comme une lecture distrayante et sans prétention, à réserver pour un moment de vacances ou un voyage en train.

La chronique de « Un bon écrivain est un écrivain mort » : http://www.emaginarock.fr/2016/livres/un-bon-ecrivain-est-un-ecrivain-mort-guillaume-cherel/

Cadavres, vautours et poulet au citron

Guillaume Chérel

Couverture : Ana Gram / Daniel Andis / Shutterstock

Editions J’ai Lu

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