Destination Mars – Anthologie de Marc Bailly

Les Éditions du Riez ont confié l’anthologie Destination Mars à Marc Bailly, anthologiste qui a déjà traité bien des thèmes et dont les ouvrages sont reconnus comme étant de grande qualité. Bien avant l’entame, c’est la superbe couverture de Pierre Le Pivain qui nous cueille avec cette base et ses vaisseaux, minuscules traces de notre humanité sur la Planète Rouge immense et mystérieuse. Après l’Avant-propos de l’anthologiste, nous retrouvons Pierre Brulhet pour une préface inattendue qui traite de ses aventures martiennes. Oui, sans que l’homme lui-même ne soit encore allé par delà son satellite, les aventures martiennes sont déjà innombrables. Elles peuvent être imaginées au travers du cinéma ou de la littérature, mais aussi prendre une forme plus réaliste au travers du graphisme et de la conception de ce que pourraient être des bases et des vaisseaux d’exploration. Avec les robots autonomes qui parcourent la surface de la petite sœur rouge de notre planète, nous apprenons jour après jour un peu plus sur celle qui aurait pu abriter la vie. Tant de choses sont toute à la fois rêvées et espérées. Alors, avant que l’homme ne se rende enfin sur Mars aux alentours des années 2030, laissons-nous porter par les visions martiennes d’auteurs qui se sont penchés sur cette bien attirante destination.

Pour parler de Mars, trois grands thèmes se dégagent généralement : les Martiens humains ou comment les hommes côtoient les autochtones, les méchants martiens prêts à tout pour éradiquer les Humains et enfin les explorations humaines d’une planète Mars sans Martiens. Hormis cela, peu de traitements ont été proposés par le passé, sinon la vision futuriste d’une Mars, colonie de la Terre, qui a généralement la fâcheuse tendance à se rebeller face à la planète-mère afin d’obtenir son indépendance et commencer ainsi à écrire sa propre histoire.

Les Martiens humains commencent donc cette anthologie avec Le Syndrome martien de Brice Tarvel où cet auteur facétieux nous propose d’incuber une bien cruelle, mais aussi bien poétique maladie martienne. Le gaucho de Mars de Jonas Lenn est l’exemple même du Martien humain. Quelle belle idée que d’avoir déposé des chevaux sur Mars. La liberté, ces grands espaces pour lui seul, mais est-ce que cela dure toujours ? Ma grande joie dans ce volume a été de retrouver Thierry Di Rollo que j’avais lu jadis et dont j’ai retrouvé l’écriture qui met en valeur les sens et la nature comme rarement dans Aube dernière. Une belle et émouvante visite d’un rite d’une Mars future. Synopsis rédigé, plus que nouvelle, Ciel rouge, sable rouge de Frank Roger est une vision d’une colonisation martienne déjà bien établie qui se trouve confronter à des écoterroristes. Seul souci, sans terraformation Mars redevient hostile aux humains.

Du côté des méchants Martiens, c’est Celui qui attend de Dominique Douay qui ouvre le bal. Non qu’il soit méchant ce Martien-là, mais pour les humains qui font la malheureuse expérience de le rencontrer cela y ressemble fort. Une belle fable sur les différentes perceptions du monde avec l’heureuse idée de laisser les descriptions venant des humains assez ternes alors que celles du Martien ont un côté harmonieux indéniable. Le caillou de Mars est un bel exemple d’une mort martienne sournoise qui s’insinue dans un huis clos très réaliste dont les seules ouvertures sur l’extérieur sont un regard par la fenêtre, les bruits de la rue et des actualités distillées avec justesse. Une belle gestion de la tension narrative, mais pouvait-on attendre moins de la part de Jean-Pierre Andrevon ?

Enfin les explorateurs de Mars se manifestent au travers des Sculpteurs de Mars que nous devons au Canadien Jean-Louis Trudel qui nous propose ce texte qui n’est pas inédit et était à l’origine destiné à un public jeune, ce qui peut nous laisser un goût d’inachevé. Pourtant il n’a pas pris une ride est reste d’une surprenante actualité avec ce Nacza et ces écoterroristes martiens. Avec Mars l’ancienne, Gulzar Joby pose le problème du voyage vers Mars quand il s’agit d’un aller simple. Certes, comme l’expliquait jadis Jean-Claude Dunyach lors d’une table ronde, les militaires sont toujours prêts à cela, mais ici c’est une solution à la fois simple et originale qui est retenue. Sera-t-elle efficace ? Une nouvelle, la plus longue de l’anthologie, qui explore la dimension politique de la conquête de Mars sans pour autant négliger l’humain.

Mais ça n’en est pas fini pour autant avec l’exploration. En effet, la plus brève nouvelle est 118 heures avant la fin de Hugo Van Gaert où l’auteur revient sur la primauté du voyage sur la destination. Ainsi, le voyage peut parfois avoir des prolongations inattendues… Restez chez vous de Marc Van Buggenhout est une nouvelle jubilatoire où deux équipages terriens se tirent la bourre pour être les premiers à poser le pied sur Mars. Hélas pour eux, d’autres « extramartiens » ont déjà investi la place et tiennent à la garder, même s’ils doivent subir un audit de la part de leur planète d’origine. Une nouvelle hilarante et délicieuse. Je suis d’abord resté dubitatif devant le début steampunk que Les chants de Mars que Jean-Jacques Girardot nous propose. Et finalement, j’ai découvert que Mars sera peut-être l’avenir de la Terre en tant que planète-mère du futur. Une belle idée, pleine d’explorations tant littéraires que spatiales.

Parmi les douze textes de l’anthologie, il y a un OVNI. Chose qui peut sembler naturelle vu le thème, mais John Carter versus Olympus Mons de Daniel Walther m’est apparu plus qu’étrange. Ce texte doit certainement être érudit et avoir pour finalité de rendre hommage au second héros emblématique de l’auteur de Tarzan, mais par sa structure, ses références, son style distant, il m’a laissé aussi froid que le vide galactique. Mais ne restons pas sur un sentiment mitigé et abordons les bonus. Tout d’abord, chaque texte est précédé par une petite biographie de l’auteur, sa vie, son œuvre, puis la parole lui est confiée pour nous raconter sa vision, ses sentiments sur Mars et parfois comment l’idée du texte qui suit lui a été inspirée. Ensuite, deux petits essais, l’un traitant de Mars en littérature par Marc Van Buggenhout et le second sur Mars au cinéma par Jean-Pierre Andrevon (plus conséquent que le premier), sont deux bijoux de références qui concluent avec bonheur une anthologie fort variée et distrayante.

Destination Mars
Anthologie dirigée par Marc Bailly
Couverture illustrée par Pierre Le Pivain
Editions du Riez
Collection Brumes étranges
2013

18,90 €

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