le-loup-des-steppes [500 x 500]Ce premier volume des aventures de Khlit le cosaque débute sur les rives du Dniepr, à la fin du seizième siècle, durant une période particulièrement tumultueuse : d’un côté les Tatars, dont on connaît la barbarie redoutable ; de l’autre côté la civilisation, ou ce qui en tient lieu ; entre les deux, les Cosaques, dont l’histoire sait également ce qu’ils valent : mi-soldats mi-mercenaires, et assoiffés d’alcool et de sang.

Le premier récit, sobrement intitulé « Khlit » est une sorte d’introduction au contexte et au personnage : alors que dans son propre camp des provocations se multiplient, Khlit retient son sabre et garde son sang-froid face aux rodomontades des uns et des autres ; mais se montre suffisamment malin pour avoir raison de ses détracteurs. Le ton est donné : Khlit n’est pas seulement un manieur de sabre, mais aussi un habile stratège.

Khlit, que l’on surnomme « Le Loup » ou « Le Cosaque au Sabre Incurvé », et que l’on nommera plus tard « Le Père de la Guerre » s’en ira, dans « La Guerre du Loup », seul face à une armée ennemie, libérer la promise de son fils adoptif. Combats et embuscades, mais aussi, une fois encore, astuces et stratagèmes. Khlit a plus d’un tour dans son sac, et ses adversaires l’apprennent à leurs dépens. Ils en feront une expérience plus cruelle encore dans « Tal Taulai Khan » Ce récit, qui se déroule pendant l’année du singe du calendrier mongol, voit le Cosaque, jugé trop âgé pour rester dans l’armée ukrainienne, préférer quitter la Sietch, plutôt que de terminer ses jours dans quelque monastère. Il partira, seul, vers l’orient, pour de nouvelles aventures. Fait comme un rat, d’abord en camp ennemi, puis dans une gigantesque chasse à l’homme, il se défera de ses plus féroces adversaires, et, incidemment, se fera le déclencheur d’une bataille entre Tatars criméens et Kallmars noirs qui a laissé des traces dans les livres d’histoire.

Ces livres d’histoire que suit Harold Lamb, ce sont assurément les œuvres du khan Abu al-Gazhi Bahadur (1603-1663) un lettré qui laissa derrière lui une monumentale Généalogie des Tatars, et qu’il cite ici et là. Mais aussi qu’il ne suit pas toujours, par exemple dans la quatrième nouvelle. « Alamut », durant l’année du Lion du calendrier Mongol, voit le Cosaque, après être passé à Astrakhan, s’en aller jusqu’au sud de la mer Caspienne se mettre une fois encore dans une situation critique qu’il parviendra à retourner à son avantage. Perses, Kirghizes, Turcs, Syriens, Circassiens, Refiks et astrologue diabolique interviennent dans cette histoire qui prend des libertés avec l’Histoire, la forteresse d’Alamut ayant été rasée au treizième siècle. C’est donc dans une sorte de passé alternatif que nous emmène Harold Lamb, un passé dans lequel les « Vieux de la montagne » se seraient longuement succédés, mais cette liberté prise avec les faits historiques en valait la peine.

Dans « L’Invincible Guerrier », le Cosaque en quête d’aventures s’en va plus loin encore vers l’Orient, gagne Samarcande, puis Karakorum, au-delà du Taklamakan, au nord du désert de Gobi. Une aventure, cette fois-ci, sous signe de Gengis Khan et de ses impitoyables légions, que Khlit voit défiler silencieusement dans le désert. Argument fantastique, donc, pour cette aventure qui voit le Cosaque, à la recherche de la tombe du kan et de ses trésors, s’emparer du légendaire étendard en queues de yaks et, une nouvelle fois, jouer un rôle décisif dans une bataille titanesque, cette fois entre Chinois et Tatars.

Ce premier tome des aventures de Khlit le Cosaque se situe donc entre la « Sword History » à la manière de Bran Mak Morn, Cormac Mac Art ou Cormac Fitzgeoffoy, et la « Sword and Sorcery » façon Conan ou Solomon Kane – pour ne citer que des héros howardiens. Et les sorciers, chamans, oracles et autres devins des quatre premiers récits apportent une petite touche d’étrange qui, si elle n’atteint pas celle de « L’Invincible Guerrier », n’en est pas moins appréciable.

La prose est fluide, directe, et pourvue des mêmes qualités que celles, justement, de Howard. Que les récits soient courts (une douzaine de pages pour « Khlit ») ou proches de la novella (plus de quatre-vingt pages pour « L’invincible Guerrier »), le calibrage est parfaitement adapté au propos. Comme le fera plus tard le maître de Cross Plains, Harold Lamb excelle à faire apparaître en quelques lignes une ambiance, une situation, un antagonisme. Ses dialogues sont taillés au couteau – au sabre, dirait-on – et ses descriptions à l’avenant. En quelques mots c’est une armée entière qui apparaît dans les montagnes, en quelques mots c’est un combat mettant en scène des milliers d’hommes qui emplit le panorama et la page.

Belle trouvaille, donc, pour cette toute jeune collection intitulée « L’âge d’or de la fantasy ». Agrémenté d’une préface de Fabrice Louinet expliquant les rapports entre l’œuvre de Lamb et celle de Robert E. Howard, et notamment l’influence du premier sur le second, d’une carte géographique, d’appendices et de nombreuses illustrations de Ronan Marret, Le Loup des steppes, sous une élégante couverture à rabats, apparaît de surcroît particulièrement soigné : les éditions Callidor, avec cet ouvrage de qualité, pourraient déjà en remontrer à bien des maisons ayant déjà pignon sur rue.

Harold Lamb
Le Loup des steppes (Les Lames Cosaques, I)
Traduction de Julie Petonnet-Vincent
Couverture : Ronan Marret
Editions Callidor

 

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