Les Annales de la Compagnie Noire – Intégrale 2 – Glen Cook

71G-ea7ipmLLa bataille contre le réveil du Dominateur est terminée mais elle fut coûteuse pour les deux camps. Si le Dominateur a retrouvé une prison et les Asservis sont vaincus, Chérie et la Dame ont perdu leurs pouvoirs et la Compagnie Noire est réduite à sept membres. Chérie, Silence et Corbeau sont partis de leur côté car Toubib a choisi de protéger la Dame contre toute tentative belliqueuse de ses compagnons. Les autres l’ont acceptée et la nomment à présent Madame. Elu capitaine bien malgré lui, Toubib décide que la Compagnie Noire doit retourner sur la terre de ses racines, en Kathovar. Le chemin vers le Sud est long, périlleux et les entraînent au cœur de la cité de Taglios aux prises avec les mystérieux Maîtres d’Ombre. Malgré la sinistre réputation de la Compagnie Noire qui a marqué Taglios pour des générations, les souverains lui proposent un contrat : abattre les Maîtres d’Ombre en échange d’une armée, d’un pactole et du pouvoir sur le pays. Comment refuser ?

On prend les plus valeureux ou chanceux et on recommence. Enfin presque. Glen Cook ne connaît pas le scrupule dès lors qu’il s’agit d’éliminer des personnages, surtout dans le camp des héros. Les gars de la Compagnie Noire ne sont pas des enfants de cœur mais ils sont décimés plus efficacement que leurs ennemis qui, quant à eux, ont le don de revenir d’entre les morts… Réduits au minimum de ceux qui, mis en vedette par leurs actions, ont séduit le lectorat, notre groupe officiel de membres de la compagnie conserve le charme de Toubib, Gobelin, Qu’Un Œil, Otto et s’adjoint la ténébreuse Dame pour le meilleur et le pire.
Regroupant dans ce tome 2 les Livres du Sud de la saga, Jeux D’Ombres et Rêves D’Acier, l’intégrale présente une suite immédiate aux évènements du tome 1, associant à ces deux romans le spin-off intitulé La Pointe D’Argent. Le principe d’une version intégrale est ainsi respecté de même que la chronologie travaillée par Glen Cook qui a scindé son groupe de protagonistes survivants en deux : les restes de la compagnie noire avec Toubib dans les deux romans principaux et une aventure du groupe dirigé par Chérie, Corbeau et Silence dans le spin-off.

Jeux D’Ombres et Rêves D’Acier enclenchent donc un nouveau départ pour la Compagnie noire mais surtout de nouveaux défis, tandis que La Pointe D’Argent suit Chérie et Corbeau dans les sombres conséquences d’un empire abandonné par son autoritaire souveraine. Car la Dame privée de ses pouvoirs et poussée par nombre de désirs dont celui qu’elle éprouve pour Toubib, abandonne tout du Nord pour courir l’aventure avec ses anciens mercenaires.
Le décor planté, on a plaisir à suivre les pérégrinations de cette maigre compagnie qui se plaît à provoquer le sort. Jeux D’Ombres lui rend sa légitimité et un beau rôle à jouer dans une guerre à laquelle elle ne peut échapper si elle veut poursuivre son voyage vers sa terre fondatrice puis Rêves D’Acier l’éparpille une fois encore dans les différents camps et factions en place, chacun tentant le tout pour le tout afin d’honorer le nouveau contrat malgré la multiplicité des obstacles.
Isolé de la narration principale, le récit de La Pointe D’Argent met de côté les batailles de la Compagnie pour rapprocher Chérie et Corbeau à la faveur d’un danger imminent incarné par un groupe de voleurs tellement amateur qu’il déclenche les prémices d’une catastrophe aux échos de retour du Dominateur…
Surprise agréable ou déception attendent le lecteur selon les préférences du côté des ennemis car si une secte d’assassins s’invite sans manières entre deux eaux et ajoute son exotisme à celui des nouvelles recrues de la Compagnie et des hautes autorités de Taglios, le retour des mêmes sorciers ou créatures inquiétantes rencontrés et faussement passés pour morts peut décevoir. Un rien trop facile peut-être…
On aime ces personnages, leur diversité de caractère, de destinée, l’atmosphère changeante et de complots qui s’attachent à leurs pas et le suspense qu’installe Glen Cook. Néanmoins, les défauts remarqués dans le premier tome de cette intégrale sont toujours là.

Le style de Glen Cook ne change pas, on a toujours besoin de patience pour entrer dans l’histoire et parfois plus encore. Si Jeux D’Ombres prend la suite immédiate, on doit parcourir une bonne volée de pages pour atteindre le cœur de l’action. Tours et détours font le trajet suivi par Toubib, et si cela illustre bien un bonhomme peu friand des responsabilités de capitaine mais décidé à assumer, l’impression générale se résume à une lourdeur narrative. Certains prétextes utilisés pour allonger ainsi le récit peinent à convaincre : récupérer les annales dans l’antre de la Dame qui n’est plus rien mais doit donner le change à ses soldats fidèles ignorants de son état, attendre la Dame devenue Madame pour voir si elle va vraiment tout abandonner pour suivre la Compagnie ou plutôt Toubib, bagarre d’auberge qui obligent certains membres de la Compagnie à disparaître quelques jours et plus… C’est long, sans suspense et sans grand intérêt pour l’intrigue principale que l’on ne découvre que tardivement. Lorsque les choses démarrent enfin, c’en est presque surprenant : place ensuite au territoire de cette suite des aventures de la Compagnie, aux accents inspirés d’Inde, d’Orient et d’Afrique, mêlant complots politiques et cléricaux à un secret nourrissant leur aversion envers cette Compagnie Noire dont ils ont pourtant besoin. La lecture redevient accrocheuse mais quelle lenteur pour en arriver là! Ensuite, les choses s’enchaînent bien, à la manière typique de Glen Cook. On a même plaisir à lire les tergiversations romantiques entre Toubib et Madame.
Entre cette mise en place dans Jeux D’Ombres et son obscure suite dans Rêves D’Acier, on constate que l’auteur aime décidément les fausses pistes pour mieux réutiliser ses personnages, ou faire revenir en action ou à la vie des ennemis supposés morts… Il faut dire que pour se débarrasser d’un Asservis, il faut plus que de la bonne volonté ! Même les pouvoirs volés reviennent entre les mains de leurs possesseurs… Et toujours à point nommé. Car une fois éparpillée, la Compagnie échoit aux ordres de Madame. Rêves d’Acier est sa version des Annales. Ses décisions et actions gardent au récit son rythme entre deux eaux, entre langueur et agissements, faisant de l’introduction d’une secte bizarre d’assassins qui s’accroche à elle mieux qu’une sangsue, un élément à la fois intrigant et agaçant, dont la valeur n’est révélée qu’en toute fin. Le palmarès des longueurs revient à La Pointe D’Argent qui reste un spin-off dans son inutilité à la saveur de l’intrigue principale, s’étire à n’en plus finir et peut se résumer en deux lignes puisque là encore, tout son attrait se trouve condensé dans ses dernières pages.

Autre déception, l’édition manque de soin. L’illustration de Johann Blais est splendide, se prête à ce voyage de la Compagnie vers son antique patrie et les dangers rencontrés mais la traduction manque parfois de finesse, n’évite pas les fautes d’accords grammaticaux ou les nombreuses coquilles.

Certes cette intégrale des Annales de la Compagnie Noire reste le meilleur moyen de découvrir l’œuvre de Glen Cook à moindre coût et sous un format pratique mais la combinaison des romans principaux aux appendices, si elle respecte l’idée d’« intégrale », ne reflète pas grand intérêt narratif global ou indispensable.

Les Annales de la Compagnie Noire – Intégrale 2
Glen Cook
J’ai Lu
Collection : Semi-Poche Imaginaire
Illustration : Johann Blais
Traduction : Alain Robert
Sortie : 2 septembre 2015
16,90

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