Dimension W T1 – Yuji Iwahara

iwaharadimensionw1Imaginez un monde où l’énergie est essentiellement électrique, mais où elle est fournie par les coils, des petits dispositifs multidimensionnels qui extraient l’énergie d’une autre dimension pour la diffuser de façon illimitée sur Terre. Bien sûr, il y a New Tesla Energy, la multinationale qui a le monopole sur la diffusion des dispositifs, car tout cela n’est pas sans danger. Nikola Tesla, le génial inventeur croate, fut le rival d’Edison lors des recherches applicatives sur l’électricité. On le retrouve dans nombre de séries SF, surtout steampunk, comme ayant trouvé l’énergie infinie, comme c’est le cas ici où les hommes du futur ont découvert et exploitent la dimension W pour leurs besoins énergétiques.

Bien sûr, il faut des grains de sable dans toute société qui semble lancée sur toute trajectoire linéaire. Nous en avons deux principaux dans cette série imaginée par le très inventif Yuji Iwahara (Le Roi des Ronces, Le Monde de Misaki…). Le premier est le récupérateur Kyoma Mabuchi qui n’apprécie pas les usages des coils et leur préfère les bonnes vieilles mécaniques, comme les voitures à essence. Son rôle consiste à collecter, par tous les moyens, les coils illégaux qui circulent pour les remettre à Mary, sa boss, qui leur donne un usage que nous ne connaissons pas. Dans cette quête, Yuji est en concurrence directe avec New Tesla Energy qui a sa propre milice qui traque les coils illégaux. Nous découvrirons au fil des volumes qui est réellement Kyoma, quel est son passé, et pourquoi il est si efficace dans les combats avec ses aiguilles.

Le second grain de sable s’appelle Mira. Elle est la “fille” du professeur Yurizaki qui a vu sa famille massacrée par les hommes de New Tesla Energy alors qu’il était à l’origine de la découverte de la dimension W et des coils. Pour elle, elle est et se comporte comme une humaine, mais c’est un remarquable androïde. Elle va rencontrer Kyoma alors qu’elle recherche des coils pour son père. Elle deviendra, elle aussi, récupératrice et partenaire de Kyoma. Leurs relations, souvent tendues en apparence, sont celles d’une équipe qui se complète parfaitement lors de leurs missions, notamment lorsqu’ils vont rencontrer le mystérieux cambrioleur que tous surnomment Loser. La naïveté dont fait preuve Mira, l’humour des situations où elle se retrouve en font un personnage attachant.

Bien plus qu’un manga traditionnel trop souvent orienté baston et lutte de clan, nous avons ici de réelles questions qui se posent. Tout d’abord, l’origine de nos héros et la profondeur de leurs caractères vont être une découverte progressive qui s’annonce pleine de belles promesses. Ensuite, New Tesla Energy est une société monopolistique qui a des moyens impressionnants, que cache toute la discrétion qui entoure leur gouvernance et leurs objectifs. De même, l’exploitation de la dimension W au travers des coils n’est pas sans dangers. Est-il supportable dans une société moderne que des entreprises privées aient le monopole de biens vitaux ? Ici, il est question d’énergie, mais, dans notre réalité, à celle-ci s’ajoute l’accès à l’eau et aux circuits alimentaires.

Remarquablement dessinée, cette série s’annonce comme une passionnante dystopie de notre société. Les élèments SF lui donnent une dimension supplémentaire qui va permettre la multiplication des trames narratives. Dimension W est assurément une nouvelle pépite pour les éditions Ki-oon qui sortiront le cinquième volume de cette série le 9 octobre prochain – je dois préciser que le premier tome est sorti le 13 février dernier. Cette série, toujours en cours, en est à 6 volumes au Japon, ce qui peut nous laisser craindre un effet de tassement dans les sorties très prochainement, ce qui est bien dommage car cette série est extrêmement immersive.

Dimension W T1
Yuji Iwahara
Traduction par Jean-Benoît Silvestre
Editions Ki-oon
Collection Seinen
2014

7,90 €

Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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