On n’en aura sans doute jamais  terminé avec eux : les zombies envahissent tout, se répandent partout, et, pires encore que les plus acharnés des prosélytes, n’en finissent pas d’investir de nouveaux territoires. C’est ainsi qu’on les voit à présent conquérir l’inaccessible, c’est à dire les terres lointaines et mythiques de la littérature générale. C’est en effet sur les rayonnages tout-venant et sous une couverture sobre, bien loin des collections dédiées au genre, que les éditions Robert Laffont ont publié il y a quelques mois une nouvelle histoire de zombies. Ce sympathique récit, « La nuit a dévoré le monde », est né de la plume de Pit Agarmen, alias Martin Page, auteur de littérature dite « blanche » mais habitué à voguer dans les eaux troubles de l’imaginaire. « La nuit a dévoré le monde » nous apprend que, d’une certaine manière, les écrivains sont les plus aptes à la survie. « Avec ce que me rapportaient mes droits d’auteur », écrit le narrateur, « je me suis habitué à vivre sans chauffage, à faire des stocks de nourriture, à m’accrocher à la vie avec détermination. » Et d’ajouter sans vergogne : « J’ai toujours su que les gens étaient des monstres. Alors qu’ils soient aujourd’hui des zombies ça n’est qu’une confirmation. » Comme quoi, ce qui sauve et prépare au pire, c’est peut être aussi une certaine forme de lucidité que seuls les écrivains peuvent avoir.

La nuit a dévoré le monde

Pit Agarmen

Editions Robert Laffont

18 euros