Les Editions Léha ont sorti récemment un label young-adult et la première sortie que j’avais chroniqué, Cathédrale de Hermine Lefebvre, m’avait séduit de la première à la dernière ligne. En traduisant Les Libraires gauchers de Londres, cette maison fait preuve d’un coup de génie. Ce texte a été plébiscité par la critique anglo-saxonne, avec à la clef un prix Aurealis du meilleur roman en 2020 et un Locus en 2021. Autant dire que ce n’est pas rien et je peux vous dire que c’est mérité. Je ne connaissais pas Garth Nix, n’ayant que trop peu de temps à consacrer au young-adult mais si je trouve quelques minutes je me plongerai dans le reste de sa bibliographie.

Armée de maigres indices, Susan part à la recherche du père qu’elle n’a jamais vu. Mais sa source la plus prometteuse est en réalité une créature du monde magique, qu’un libraire très spécial élimine sous son nez.
Car les libraires sont avant tout les garants de l’équilibre entre le monde réel et le monde mythique – quand ils ne s’occupent pas de vendre des livres.
Merlin et Viviane en font partie, et leurs pouvoirs hors normes ne seront pas de trop pour sortir Susan des mauvais pas où elle a le don de se fourrer.

Le gros point fort de ce roman est la manière dont Garth Nix parvient à nous faire entrer dans on histoire. On découvre la jeune Susan, qui s’en va à Londres pour ses études mais également pour en savoir plus sur son père. Et de ce point de départ son esprit va nous sortir une histoire de libraires qui se retrouvent gardiens du mondes humains face aux entités ancestrales, le tout au cœur d’un Londres des années 80. Ce pitch très étonnant va pourtant donner lieu à un roman passionnant mêlant intelligemment urban-fantasy, mythes et légendes, et polar. Susan va rapidement se retrouver accompagnée dans sa quête par deux libraires, Merlin et Viviane, qui vont l’aider. Au final l’histoire qui nous est proposée a su me surprendre et cela sur plusieurs points. Tout d’abord le scénario, clairement très travaillé, et qui laisse de très belles zones d’ombre qui s’éclaircissent en fin de livre. On ne voit pas venir le dénouement et l’on savoure avec plaisir la fin de l’histoire. L’autre point fort est que ce roman n’est en rien limité au young-adult. En effet on se prend au jeu même en temps qu’adulte et personnellement j’ai vraiment aimé chaque page de cette histoire. Alors oui les thématiques et le traitement sont moins sombres qu’ils ne pourraient l’être, mais cela n’empêche en rien le plaisir de lecture, quel que soit l’âge de la personne tenant le livre.

Les protagonistes sont également un gros point fort de ce roman. Susan semble, au départ, un peu nunuche mais son caractère s’affermit au fil des pages et elle en devient attachante. Merlin et Viviane sont pour leur part deux vrais piliers sur lesquels elle va pouvoir s’appuyer au fil de son histoire. Le libraire gaucher et sa sœur droitière vont déployer toutes leurs ressources pour l’aider, démontrant une force de caractère impressionnante, ainsi qu’une volonté de fer. Chacun de ces trois héros est parfaitement construit, le lecteur s’identifie facilement et s’attache à eux. Leur psychologie n’est pas trop archétypale, ce qui les rend d’autant plus intéressants.

La traduction est de bonne qualité même si certains anglicismes et quelques coquilles émaillent un peu le roman. Cela ne gêne toutefois pas et cela permet au style très orienté action de Garth Nix de se mettre en place. On ne s’ennuie pas, sa plume donnant un rythme assez élevé à l’ensemble.

Les Libraires gauchers de Londres est un très bon roman. Derrière ce titre surprenant on retrouve une aventure haletante menée de main de maître par un auteur rompu aux scénarios alambiqués. Ce périple dans les années 80 fonctionne très bien et une fois de plus Léha a su me surprendre et me séduire avec ce nouveau titre. En tous cas cela serait intéressant de voir l’auteur revenir dans cet univers, car il reste clairement des choses à en tirer !

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de cultures alternatives, Thomas dirige eMaginarock depuis 2008. Editeur, photographe, anthologiste, graphiste... ses casquettes ont été nombreuses dans sa vie, un peu comme un chapelier fou, mais avec toujours une ligne directrice qui s'est dégagée : faire découvrir les univers qu'il aime aux autres.

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