Entretien avec Florent, chanteur et guitariste de Arkan

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Est-ce que tu peux tout d’abord te présenter et nous expliquer ce que tu fais dans Arkan ?

Bonjour à tous, je suis Florent, chanteur et guitariste rythmique du groupe ARKAN.

Comment en es-tu venu au metal, à la fois en tant que fan et en tant que musicien ?

Comme beaucoup de monde, j’ai tout d’abord été influencé par la musique qu’écoutaient mes parents et plus particulièrement mon père. J’ai donc été « bercé » par des groupes comme U2, REM ou Portishead. A l’adolescence, je me suis progressivement orienté vers des groupes de Trash  comme Slayer, Pantera, Sepultura et Megadeth. J’ai ensuite élargi mon horizon musical vers des courants plus extrêmes comme le Death et le Black.

Le Metal m’a assez vite pris aux tripes et très rapidement j’ai voulu m’acheter une guitare pour reproduire les riffs des groupes que j’écoutais. Jouer de la guitare, seul, ne me suffisant pas, j’ai, quelques années plus tard, monté un groupe. Après avoir auditionné de nombreux chanteurs et ne trouvant pas ce que je cherchais, je me suis alors mis au chant en plus de la guitare.

Lila H est le nouvel album du groupe. Il évoque cette fois des thématiques très particulières liées à la guerre civile en Algérie dans les années 90. Tout d’abord pourquoi avoir choisi cette thématique maintenant et non auparavant dans l’histoire du groupe ?

Je connais Samir et Mus depuis plus de 15 ans. J’ai donc eu l’occasion d’entendre de nombreuses fois des histoires assez surprenantes sur ce qu’ils ont vécu en Algérie dans les années 90. Samir et Mus en ont toujours parlé de manière simple et apaisée. Au fond de moi, je savais qu’un jour on allait utiliser ce vécu dans le cadre de nos albums mais je ne savais pas quand. Assez étrangement, ce sujet s’est imposé naturellement sur LILA H.  Je serai bien incapable de te dire pourquoi ce moment était le bon, mais tout s’est déroulé comme si c’était une évidence.

N’est-ce pas trop difficile en termes de composition et d’écriture de paroles d’être aussi proche de ce que Mus et Samir ont vécu dans leur adolescence ?

Il y avait potentiellement deux façons d’aborder ce thème. Nous aurions pu parler de la décennie noire de manière générale en évoquant les faits marquants de cette période. Cependant, nous avons pris le parti de parler de ces événements à travers différentes histoires personnelles vécues par Samir et Mus. Cela nous paraissait plus intéressant car, bien qu’anecdotiques, ces différentes histoires n’en sont pas moins révélatrices de ce que beaucoup de personnes ont vécu à cette époque.

On a passé plusieurs soirées à évoquer ces différentes anecdotes et Manu et moi avons sélectionné celles qui, selon nous, étaient suffisamment intéressantes et exploitables pour les traduire en paroles. Quand nous avons commencé le processus d’écriture, nous nous sentions tous les deux investis d’une mission ; celle de ne pas déformer ce que nos amis nous avaient confié. Après plusieurs séances d’écriture à deux, nous avons décidé de commencer à faire lire les textes à Samir et Mus de façon à être sûr que l’on ne trahissait pas l’esprit de leurs expériences. Ils ont acquiescé ce qui nous a permis d’avancer de manière plus sereine.

Au final l’album est très fort émotionnellement, on le sent, mais y-a-t-il un message que le groupe souhaite faire vraiment passer par son biais ?

Le principal objectif de ce concept album est de faire connaître cette période, qui, en dehors du Maghreb, n’est pas très connue. Comme on le dit souvent, l’histoire ne cesse de se répéter, ou plutôt, de bégayer. Si d’autres peuples peuvent tirer des leçons de cette sombre période pour éviter de reproduire les mêmes erreurs, le monde ne s’en portera que mieux.

Évoquer une période aussi troublée nous a permis d’utiliser une large palette d’émotions. C’est un aspect inhérent à Arkan qui mélange la musique maghrébine et orientale avec toute une gamme de Metal allant du Death, au Power en passant par le Doom. Cette dualité d’émotions (colère/mélancolie) est également appuyée par les différents types de chants que l’on retrouve sur l’album, qu’ils soient growlés ou chantés de manière plus classique.

Quelle est ta piste préférée de l’album, et pourquoi ?

Dusk to Dawn, le morceau qui débute Lila H, est celui que je préfère. Il est brut, direct et dégage beaucoup d’énergie. Je pense que ce sera un bon titre à jouer sur scène.

Est-ce que des clips autres que les lyrics déjà disponibles sont prévus ? Le teaser de l’album laissait présager du très bon justement !

En plus du trailer qui a lancé le début de la promotion de LILA H, nous avons diffusé plusieurs lyrics vidéos portant sur les morceaux Broken Existences, My Son et Surrounded. Ces vidéos sont disponibles sur notre chaîne Youtube.

Et du coup, en attendant de pouvoir reprendre la scène, ça ressemblera à quoi un concert d’Arkan ?

Pour être franc avec toi, on n’y a pas encore réellement réfléchi. Nous commencerons à travailler sérieusement nos prestations scéniques quand nous aurons planifié des dates de concert.

Le problème de cette crise en tant que musicien, c’est l’absence de visibilité. Une tournée s’organise entre 9 mois et 1 an à l’avance. Aujourd’hui personne ne peut prendre le risque d’avancer des sommes importantes pour organiser une tournée en sachant que du jour au lendemain les salles peuvent fermer de nouveau.

Pour l’instant, dans Arkan, nous essayons de nous focaliser sur des événements positifs dont le plus important pour nous est la sortie de LILA H le 16 octobre. Nous espérons que dans ces temps troublés les fans continueront à soutenir les groupes qu’ils aiment.

2020 a été riche en sorties d’albums. Quel serait ton album de l’année, hormis celui d’Arkan, bien évidemment ?

Le dernier album qui m’a réellement mis une claque est “Fear Inoculum” de Tool.

Merci pour te réponses et à bientôt au détour d’un concert !

Merci à toi.

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de cultures alternatives, Thomas dirige eMaginarock depuis 2008. Editeur, photographe, anthologiste, graphiste... ses casquettes ont été nombreuses dans sa vie, un peu comme un chapelier fou, mais avec toujours une ligne directrice qui s'est dégagée : faire découvrir les univers qu'il aime aux autres.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.