Thin air – Richard Morgan

Hakan Veil est un ex-agent de sécurité haut de gamme, dont le corps équipé de technologies militaires fait de lui une véritable machine à tuer. Ses anciens employeurs l’ont abandonné sur une planète Mars troublée, où les institutions terriennes se battent pour l’argent et le pouvoir sur fond de luttes d’indépendance. Mais Veil rêve de retourner sur Terre – ce que lui offrent les autorités terriennes, s’il accepte d’assurer la protection de l’une de leurs employées. Une mission facile pour un expert comme lui… jusqu’à ce que tout bascule.

Lorsque sa cliente se met à enquêter sur la mystérieuse disparition d’un gagnant de la loterie, elle dévoile un nid d’intrigues et de meurtres. Veil reprend ces investigations à son compte, déterrant de terribles secrets enfouis sous la surface martienne. La machine à tuer devient alors la cible de puissants ennemis prêts à tout pour l’éliminer…

L’auteur nous plonge d’emblée dans son univers, ce qui nécessite un petit temps d’adaptation afin d’appréhender les différents enjeux et les nouvelles technologies que l’on découvre tout au long de l’aventure. Une technologie de pointe dont a bénéficié très tôt Hakan Veil, un ex-agent de sécurité dont les états de service exemplaires ne l’ont pas empêché d’être mis sur le banc de la touche. Coincé sur Mars, planète colonisée par la bonne vieille Terre, il se débrouille pour survivre, mais ne rêve que d’une chose, rentrer à la maison quoique pour cet homme plutôt solitaire sans famille, le concept de maison reste assez vague.

Un billet de retour sur Terre s’offre à lui, à condition qu’il mène à bien sa mission de protection d’un membre du groupe d’audit terrien venu fourrer son nez dans les affaires politiques martiennes qui ne semblent pas être aussi propres qu’elles le devraient. Une mission de protection en apparence assez simple, mais en apparence seulement… Pris en étau entre différentes organisations et parties aux intérêts divergents, notre protagoniste va être plongé dans un véritable panier de crabes dans lequel tous les coups sont permis, les trahisons légion et les apparences systématiquement trompeuses. À mesure qu’il déterre certains secrets, les cadavres s’empilent et l’imbroglio politique se complexifie…

L’action est omniprésente dans ce roman, ce qui aurait dû garantir une lecture palpitante et addictive. Malheureusement, à trop vouloir enchaîner les rebondissements et autres trahisons, l’auteur finit par lasser et se priver de tout effet de surprise. On anticipe sans problème le prochain coup bas même s’il est vrai qu’on ne peut jamais être certain de son origine ou de sa nature. Les adeptes des complots et des révélations tonitruantes devraient donc y trouver leur compte.

Pour ma part, j’ai parfois regretté certaines longueurs tout en reconnaissant avoir adoré me plonger dans cette planète Mars qui, paradoxalement, est un beau reflet de notre propre monde : violence, loi du plus fort, corruption à tous les niveaux, relations ambiguës entre le monde politique et celui des grandes corporations, pouvoir de l’argent, omniprésence du marketing, racisme, ghettoïsation… Le projet Mars qui aurait pu être un renouveau et une preuve de la capacité des humains à créer une société nouvelle, basée sur de nobles idéaux, est donc un bel échec. Sur cette planète, tous les travers humains semblent ainsi amplifiés, peut-être parce que la gouvernance publique s’est totalement soumise aux intérêts économiques. Un capitalisme martien et sauvage….

En trame de fond, est également évoquée cette volonté d’indépendance des Martiens vis-à-vis de Terriens qui ne semblent toutefois pas prêts à renoncer à leur influence. Il faut dire qu’il y a pas mal d’argent en jeu. Et qui dit argent, dit pratiques peu avouables et quelque peu radicales, ce que va vite découvrir notre héros dont les méthodes semblent d’ailleurs le rapprocher bien plus du antihéros que du gentil défenseur de la veuve et de l’orphelin. Mais câblé pour réagir avec force et rapidité aux situations d’urgence, difficile de lui en tenir rigueur d’autant que c’est cette violence qui lui a permis de rester en vie toutes ces années malgré la dangerosité de son métier.

Au-delà d’un instinct de survie à toute épreuve, Veil peut compter sur l’intelligence artificielle de combat avec laquelle il cohabite. En plus de l’épauler dans ses missions de manière plutôt efficace, Osiris se révèle également une compagne virtuelle de caractère dont on appréciera l’humour et sa manière bien à elle de remettre sur les rails son hôte dont les hormones en ébullition tendent à lui faire perdre le sens des réalités… Sexe et violence sont donc le quotidien d’un héros/antihéros dont la vie sur Mars est loin d’être un long fleuve tranquille. Dommage pour lui, tant mieux pour les lecteurs férus d’action, les péripéties s’enchaînant à un rythme effréné.

Quant à la plume de l’auteur, efficace, immersive, précise et incisive, elle convient à merveille à l’atmosphère de ce roman que l’on imagine sans peine porté à l’écran.

En conclusion, on retiendra de Thin air un univers réaliste, futuriste, sombre, violent et cynique, particulièrement immersif dans lequel argent et pouvoir politique semblent irrémédiablement et dramatiquement liés. Rebondissements, trahisons et faux-semblants viennent rythmer une intrigue politique complexe et bien amenée dont personne ne semble pouvoir sortir indemne. On regrettera toutefois une légère tendance à tomber dans la surenchère qui peut venir freiner l’enthousiasme que l’on prend à découvrir cette planète dont la vie s’écoule au rythme de la corruption et du crime plus ou moins organisé et institutionnalisé.

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