Lords of Chaos – Jonas Åkerlund

Les années 90, la Norvège. Øystein Aarseth est un jeune homme que l’ambiance générale ennuie. Il décide de fonder un groupe de métal, qu’il veut extrême et brutal. Ils s’appellent Mayhem (grabuge, bordel). Øystein rencontre un certain Kristian qui s’avère être un musicien averti et qui l’entraîne vers le crime de façon certaine.

Pour ceux qui l’ignorent, Lords of Chaos est le biopic d’Øystein Aarseth, plus connu sous le pseudonyme d’Euronymous. Le guitariste fondateur de Mayhem et du label Deathlike Silence Productions. Il dit aussi avoir fondé le VRAI black métal Norvégien et un groupe sataniste militant, connu sous le nom de « Black Metal Inner Circle ».

Et là, je vous entends penser : mais que vient foutre une bio dans la section cinéma d’Emaginarock ??? Je vais vous le dire. Il s’agit tout simplement de la bio la plus folle et la plus sanglante qu’il m’ait jamais été donnée de voir. Et je ne vous parle pas de sex, drugs and rock’n roll. Non. Je vous parle de meurtre, mort, détruire.

Vous croyez que j’exagère ?

Jugez plutôt.

L’histoire commence un beau jour quand une amie me parle d’un reportage qu’elle a vu et qu’elle a trouvé très malaisant. Il s’agit de l’excellent : Until the light takes us (NB : jusqu’à ce que la lumière-mort- nous prenne, en référence à un album de Burzum). C’est un documentaire musical, sur le Black métal norvégien avec en protagonistes principaux, Fenriz (du groupe Darkthrone) et Varg Vikernes (du groupe Burzum). Il parle de l’émergence du Black métal en Norvège et des faits divers associés, à savoir les incendies d’église et les meurtres commis par des jeunes musiciens. Varg Vikernes revient entre autres sur le meurtre de son ex-ami, Euronymous, du fin fond de sa cellule.

A ce moment-là, moi et le Black métal, c’était un peu comme un punk chez les Jeannettes. J’en avais évidemment entendu (parlé et écouté), j’avais vu les nouvelles concernant les églises et les meurtres (oui oui, j’étais déjà mariée en 1992-93), mais à part penser qu’ils feraient n’importe quoi pour se faire connaître, je ne savais pas grand-chose et cela ne m’intéressait pas. Peu de temps plus tard, un autre très cher ami me parlait d’un film qu’il avait vu en avant-première, à New York : Lords of Chaos. Hum. J’avais vu Lords of Salem, et vu l’épouvantable bouse que j’avais eu sous les yeux, je me demandais si ce film allait être aussi pourri que le précédent. Il m’a dit que c’était un biopic, que cela n’avait rien à voir, et j’ai décidé d’y jeter un œil. Ma curiosité allait me pousser à me renseigner plus avant et je découvris alors, que le film était tiré du même reportage qui m’avait tellement intriguée. Bien , qu’à cela ne tienne, c’était le moment de voir les deux.

Lords of Chaos est basé sur le livre, Lords of Chaos : The Bloody Rise of Satanic Metal Underground, déjà assez épineux de base, sordide au possible, très documenté en général. Les fans et protagonistes toujours en vie, sont quelque peu frileux sur le sujet et avaient un à priori très fort sur ce que le film montrerait ou renverrait, comme image plus ou moins racoleuse, du Black Métal. En personne totalement détachée du sujet, mais fortement intéressée par la déviance humaine, j’ai décidé de regarder ce biopic, qui s’annonçait plutôt assez difficile à montrer. Le film à venir a fini par se monter avec Vice à la production (achtung, racolage potentiel en cours!) et Jonas Åkerlund à la réalisation. Ce dernier n’est pas du tout un inconnu du milieu puisqu’il a été le batteur de Bathory (un des groupes dont s’est inspiré Euronymous pour fonder le « true norwegian black metal ») et est devenu réalisateur de clips notamment le très remarqué Smack my bitch up de Prodigy ou encore Ray of light de Madonna et surtout ManUNkind de Metallica (réalisé pendant le film, avec les acteurs).

Le film démarre sur une phrase : « Based on truth… and lies… and what actually happened. ». L’histoire, comme elle a été relayée, d’une certaine manière. Peut-être pas toute la vérité, mais une des vérités.

Nous entrons donc dans la tête d’Euronymous, qui raconte en voix off, sa propre vie. Il fonde un groupe fin des années 80 basé sur le black métal de l’époque (Bathory, Venom…) et y inclut des éléments plus violents de trash et autres mouvements extrémistes. Il décide de recruter un chanteur et tombe sur Dead, un suédois très particulier, qui arrive avec son monde automutilatoire et radicalement nihiliste. Cela donne naissance au true norwegian black metal et lance les débuts de Mayhem. Dead emménage avec Euronymous et se suicide en 1991, dans le grenier. Le corps est trouvé par son colocataire qui s’empresse de prendre une photo de cette scène atroce. Il décide de faire une pochette d’album de cette image, album qui deviendra culte, « Dawn of the Black Hearts » (la légende dit qu’Euronymous aurait consommé un bout de cerveau de son comparse et donné des bouts de son crâne (monté en collier) à tous les membres de Mayhem. Ils démentiront la première rumeur, mais affirmeront posséder ce fameux collier).

Un mois plus tard, Euronymous ouvre un magasin de disques métal nommé Helvete (enfer, en norvégien), fonde son label (Deathlike Silence Productions) et le Black Metal Inner Circle, qui se réunissait dans la cave du dit magasin (ce sous-sol est toujours visitable aujourd’hui, il appartient à un autre label de Black Metal : Neseblod Records). Il rencontre aussi un certain Kristian, qui se présente comme étant un fan et qui finit par intégrer les amis d’Euronymous, en l’impressionnant avec sa musique. Il s’agit évidemment de celui qui se fera alors appeler Varg Vikernes, le Count Grishnackh (en honneur d’un orc dans le Seigneur des Anneaux, tout comme Burzum, qui veut dire Ténèbres dans le langage de Sauron), j’ai nommé Burzum. Le monsieur a quelques soucis dans sa vie et les anecdotes développées dans le film semblent exactes si on se réfère aux nombreuses références données par Varg lui-même, ou aux articles ayant été écrits sur lui. Toujours est-il que Burzum devient aussi célèbre que Mayhem (sinon plus!) et que l’amitié et l’admiration de Varg pour Euronymous, semble se transformer en haine au fil du temps.

Après des actes tous plus violents les uns que les autres (pas tous dans le même style), Varg apparaît de plus en plus paranoïaque, et Øystein, de plus en plus « adulte ». Varg devient l’instigateur des actes « satanistes » du cercle… (ce qu’il dément formellement. Ses déclarations sont plus portées sur le paganisme qu’une quelconque allégeance au grand Prince du Mal. Il parle plutôt d’une réelle aversion de la chrétienté et des profanations faites aux tumulus des Vikings, alors qu’Euronymous se disait clairement sataniste, il utilise très souvent le terme « Evil » – malfaisant). Dans le film, il a l’air aussi de vouloir impressionner ses amis du Cercle et en particulier, Euronymous. Varg finit par tuer son ancien ami, de façon assez sale.

Si j’en crois les articles de journaux, les détails du film sont assez réels. Dans le docu (until light takes us), Varg raconte tout ceci avec un calme olympien. Il y a bien entendu quelques différences, mais qui sait vraiment où est la vraie histoire ? Probablement personne à part lui et un mort. Ce n’est pas vraiment d’une grande aide.

Parlons du film en lui même. La réalisation est diablement efficace et tend à accentuer les névroses et autres déviances de chacun. Certaines scènes sont extrêmement graphiques et rien n’est épargné au spectateur pour bien montrer ce qui semblait être une réalité crue et brutale. Euronymous y apparaît nihiliste au possible essayant de contrôler au mieux les débordements des uns et des autres. Au lieu de calmer le jeu, il va exhorter ses amis à aller toujours plus loin au nom de la fraternité et du Trve Black Metal même quand on sent et qu’il sait que ça va beaucoup trop loin. Les images d’Åkerlund servent parfaitement ces dérives, il sait nous entraîner visuellement à la suite des uns et des autres de façon totalement naturelle. A aucun moment je n’ai eu l’impression de provocation inutile ou d’exagération. Pourtant au regard des événements, cela me semblait logique. Mais non. On aurait dit la vie quotidienne de deux jeunes couillons et de leurs potes, en plus sanglante. Les images d’églises flambantes sont assez folles et la photographie en général colle parfaitement à l’ambiance. Ce qui m’a marquée c’est que le ridicule qui me faisait sourire au début du film soit au final, sans que je le vois arriver, quelque chose d’horrible et que cette histoire soit vraie. Je ne sais pas comment il a fait, mais la compassion finit par être réelle et les quelques traits d’humour qu’on aperçoit ici et là, les maquillages que je trouve particulièrement risibles (cela n’engage que moi!), deviennent d’un seul coup d’un seul, une espèce d’enfer de la violence. Comme si une spirale s’était mise en place et que plus rien ne pouvait l’arrêter.

D’ailleurs Rory Culkin (oui, je ne vous ai pas encore parlé des acteurs!), incarne un Euronymous tout en finesse. Il est tour à tour intelligent, doué, charismatique, dépassé par les événements, fasciné par Varg (et sa propension à être aussi extrême!), narcissique … et il a l’air assez touché, au final, par Dead et sa vision tellement particulière de la vie, enfin, de la mort. Il sait qu’il est allé trop loin, mais continue la surenchère de peur d’être seul. Etait-il vraiment comme ça ? Peu de personnes peuvent répondre à cette question mais j’imagine qu’ Åkerlund l’a fréquenté un peu en son temps. Il est certain qu’il connaît (ou a connu) un certain nombre de protagonistes. Rory, en tous les cas, s’en sort magnifiquement bien.

Emory Cohen quant à lui est plutôt ressemblant physiquement à l’original (il est plus rond mais le visage est assez proche, si j’en juge les images que je trouve assez convaincantes). Certains ont trouvé que ce Varg était beaucoup trop caricatural. Je ne dirai pas cela. Emory a montré la facette quelque peu enragée et hors de contrôle de Varg, que je suis persuadée qu’il avait encore bien plus que maintenant. Le vrai Varg a fortement démenti cette interprétation, ainsi que le choix de l’acteur (Varg est ouvertement antisémite et le jeune homme s’appelle Cohen… oups) et s’est opposé au projet de toutes les manières possibles. Bien entendu, Emory Cohen n’a pas le côté creepy qu’a Varg, même quand il porte une casquette ridicule, mais j’y ai cru sans me poser de questions. Le jeu entre Rory et Emory tient tout le film et éclipse totalement les autres personnages incroyablement fades comparés à eux (sauf Dead, campé par un Jack Kilmer absolument parfait). Leur rivalité a sans doute été le catalyseur de toute la violence de cette époque, et cela est fort bien rendu.

Au final, ce film m’a totalement convaincue et je ne m’attendais pas à un tel déferlement de critiques. Les fans de mon entourage m’ont tous dit qu’ils ne regarderaient probablement pas le film par peur d’être déçus et au final, certains (dont le batteur de Paramnésia) l’ont quand même fait et ils ont avoué que le film avait l’air assez juste. Comparé à until light takes us, le film semble être une autre vision de la même histoire de base, rien de trop fantasmé. Fenriz, dit même à un moment que toute cette histoire était assez dommage et que Varg était un chouette type. Toujours ce côté amical, parce que oui, c’était une vraie bande de potes, réunis sous une même bannière musicale et une certaine image. Je dirai donc, allez voir le film, que vous soyez fan de Mayhem ou pas.

Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou ayant vécu n’est pas fortuite.

Lords Of Chaos

d’après le livre: Lords Of Chaos : The Bloody Rise of Satanic Metal Underground

écrit et réalisé par Jonas Åkerlund

avec : Rory Culkin, Emory Cohen, Jack Kilmer

Vice Films

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