memoire-des-etoilesDeux ethnologues en mission d’étude sur la planète Camberwell sauvent in extremis un garçon de six ans attaqué par des paysans. L’enfant guérit, mais est hanté par des souvenirs à tel point affreux que les neurochirurgiens, simplement pour qu’il survive, doivent les effacer en détruisant certaisn circuits neuronaux.. Adopté par ses sauveurs et emmené avec eux sur leur propre planète, l’enfant grandit sans séquelles mais des bribes de souvenirs continuent de le hanter. Parvenu à l’âge adulte, il n’aura de cesse d’élucider le mystère de ses origines.

Publié en 1996, avant « Escales dans les étoiles » et « Lurulu », « La Mémoire des étoiles » est l’un des derniers romans de Jack Vance. Un peu de « planet opera », un peu de « space opera », un peu de récit de vengance : Jack Vance, on le sait, n’a jamais collé de très près aux étiquettes, et a toujours proposé aux lecteurs des récits et des univers qui n’appartiennent qu’à lui. C’est une fois encore le cas dans ce récit écrit à près de quatre-vingt ans, qui montre que le maître n’a rien perdu de sa patte. Et nul ne s’étonnera du fait que les deux premiers personnages à apparaître soient deux ethnologues, Vance ayant toujours aimé décrire les rites, les usages, les coutumes étranges et complexes de sociétés différentes. Autant de détails et d’éléments constitutifs des territoires traversés par ses héros, autant de ressorts de ses récits,  qui donnent à ses mondes étranges une densité et une cohérence toutes particulières.

L’amateur de Jack Vance se trouve donc rapidement en terrain familier. L’aire gaïane, cette vaste portion de l’espace dans laquelle se déroulent bon nombre des romans de l’auteur, et la société complexe de Thanet, sur la planète Gallingale, dont sont originaires Hilyer et Althéa, les deux parents adoptifs de Jaro. Deux universitaires qui n’ont que faire de la « comporture » et de l’ «estrivage », comportements ambitieux permettant de s’élever d’une confrériee à l’autre, dans une quête perpétuelle pour faire partie des hautes strates de la société. Cela ne les intéresse pas, ce sont donc des « nimps », des loosers aux yeux du plus grand nombre. Il en est de même pour Jaro.

Ce gros roman, de plus de sept cents pages pour cette édition au Livre de Poche (après avoir été publié aux éditions Rivages, puis chez Pocket), se divise schématiquement en deux parties. La première, très initiatique et ethnographique, peut être considérée comme un roman décrivant la vie de Jaro jusqu’à l’âge adulte. La seconde, plus mouvementée, est un récit de vengeance et d’aventures : les tribulations du père de Jaro, qui aura difficilement échappé à l’assassin de son épouse, puis celles de Jaro et de son père, décidés tous deux à venger la mère du premier. Une odyssée qui les conduira sur une planète lointaine et dangereuse, en compagnie de Skirlet, jeune amie de Jaro, brillante et issue de la haute société de Gallingale – mais ruinée.

Personnages honnêtes ou véreux, spéculateurs, âpres au gain, assassins ou escrocs, les individus sont toujours rendus au plus juste chez Jack Vance. La justesse et l’originalité des dialogues sont ici également typiques de l’œuvre vancéenne. Qui connaît un tant soit peu l’auteur et lit une réplique telle que  « Je veux parler de nos honoraires, que nous sommes aussi désireux de recevoir que vous l’êtes de de les réduire au minimum. Nous ne sommes ni modérés ni magnanimes et il est bon de se séparer sur une note de compréhension mutuelle » reconnaît-là l’une de ces négociations difficiles auxquelles les héros de Vance, sur une planète ou une autre, sont sans cesse confrontés.

Des humains, certes, mais aussi bien d’autres races ou espèces, humanoïdes ou non, et avec lesquelles il sera possible ou non de négocier, viendront enrichir les aventures de Jaro, de son père Thawn Maihac, et de la jeune Skirlet. Races semi artificielles telles que les Seishanees, terrifiants Loklors, et même goules blanches rôdant dans les palais abandonnés d’une lointaine planète viendront leur donner du fil à retordre. On s’en doute : ils finiront par l’emporter sur leurs ennemis. Comme souvent, toutefois, l’auteur se garde bien de terminer sur une « happy end » absolue : les fins de quête, les justices rendues, les vengeances accomplies ont toujours un goût de nouveau départ, mais aussi un arrière-goût d’amertume que les héros vancéens ne réussiront peut-être jamais tout à fait à oublier.

 

Jack Vance sur eMaginarock :

Une chronique des « Cinq rubans d’or »

http://www.emaginarock.fr/les-cinq-rubans-dor-jack-vance/

Une chronique de « Baroudeur »

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Une « news » au sujet de la Geste des Princes-démons :

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Une « News » au sujet de la disparition  de Jack Vance :

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Jack Vance

La Mémoire des étoiles

Traduit de l’américain par Arlette Rosenblum

Couverture :Mick van Houten

Le Livre de Poche