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Faith – Peter James

Faith Ransome vit dans un merveilleux manoir élisabéthain, une de ces vieilles demeures si parfaitement britanniques qu’elles disposent toutes de leur propre fantôme (dans ce cas précis l’épouse de l’architecte, prétendument emmurée à l’époque, et dont le spectre, au plus profond la nuit, tambourinerait contre les murs pour essayer d’en sortir). Elle a épousé un médecin spécialisé dans la chirugie esthétique, riche, mondain, séduisant, doué, qui l’a transformée en femme d’une beauté parfaite. Elle est devenue la créature de cet homme qui a réussi sa vie à la perfection et pour qui tout est sous contrôle. Tout ? Les choses dérapent quelque peu : une maladie incurable pour Faith, mais aussi un amant ; des ennuis récurrents et inattendus pour le chirurgien à succès. Dès lors, chacun va montrer son véritable visage, pour une descente à pic non seulement vers les profondeurs de l’âme humaine, mais aussi vers les abîmes du crime.

Hybride entre la romance et le thriller médical – une recette depuis longtemps éprouvée – « Faith » arpente donc des terres largement courues. On y trouve nombre de clichés et lieux communs du genre : le mariage idyllique qui peu à peu se délite, les papotages entre copines désabusées au sujet de leurs œuvres de charité et de leurs maris respectifs, le gamin et ses activités, l’inévitable chien de la famille et la non moins inévitable belle-mère, les disputes et scènes de jalousie. Et bien entendu le luxe, dans ce monde de médecins de la classe britannique la plus huppée qui roulent en Jaguar ou en Aston Martin, se réunissent entre élites et ne se fournissent que dans les boutiques les plus onéreuses. Moins de clichés peut-être pour le monde médical, mais rien d’original non plus –  par exemple, servies par des dialogues caricaturaux, les oppositions figées entre médecines classiques et parallèles.

Pour convaincre le lecteur de son sérieux, l’auteur dresse la longue liste de personnalités médicales consultées pour écrire son opus. Compte tenu des erreurs basiques retrouvées ici et là (Peter James présente par exemple le virus Marburg comme un agent infectieux soviétique développé pour la guerre bactériologique, alors qu’il s’agit d’un virus naturel provenant à l’origine de l’Ouganda) ou des facilités prises avec les  complexités techniques, les avis n’ont pas dû être de toute première qualité, à moins que l’auteur n’ait décidé de prendre des libertés pour des raisons de scénario. Ceci dit, ces défauts restent mineurs comparés à ceux que l’on peut voir chez certains des plus grands noms du thriller, et l’ensemble peut en définitive paraître plausible.

Si la plupart des personnages sont surtout des clichés, si les psychologies sont dans l’ensemble convenues, si les péripéties ne sont ni plus ni moins que celles d’un bon feuilleton (servies par une série de cent-huit chapitre courts, même si l’on se demande si elles méritaient un total de cinq cent soixante-dix pages), on notera toutefois l’intéressant portrait de Hugh Caven, personnage ambigu oscillant en permanence à la frontière entre facilité et morale. Loin de tout manichéisme, ce détective privé, hanté par les aspects éthiques de se profession, essaye de choisir ses clients en fonction de leur intégrité à eux.  Pesant en permanence les conséquences des éléments qu’il choisira de révéler à ceux qui ont recours à ses services, il aspire à l’impossible : trouver un juste milieu entre les intérêts de ses commanditaires et ses propres intérêts à lui, sans pour autant nuire aux personnes qu’il espionne.

Reste que « Faith » relève du thriller, et non pas du récit policier. Une fois que l’on a compris – et c’est chose faite dès les premiers chapitres – à quel point le personnage le plus infâme est réellement infâme, qu’il ira jusqu’au bout et comme de juste finira victime de ses propres machinations, il n y’a guère de surprise à attendre. On peut, si l’on est bon public, frémir en constatant à quel point certains personnages sont crapuleux, voire s’inquiéter pour le sort de l’héroïne et de son fils, mais on n’aura ni réelle surprise,  ni l’occasion de se trouver confronté au moindre mystère. C’est dire que ce thriller honnête et facile à lire, qui ne mettra pas en danger les neurones du lecteur, est destiné à être consommé plutôt que véritablement lu. Il permettra de passer un moment, dans le train ou sur la plage, au lieu de sombrer corps et âme dans les narcoses rituelles de l’été.

Faith

Peter James

Traduit de l’anglais pas Nenad Savic

Couverture : ArtmannWitte

Milady

8,70 euros

À propos Alaric

Lecteur surtout de littérature générale, mais fervent défenseur des littératures de l’imaginaire dès qu’elle transcendent le genre et viennent nourrir, et même enrichir, le domaine précité. Pas très attaché aux étiquettes, donc, et toujours prêt à plonger dans un volume original, en espérant y trouver une de ces œuvres qui sont capables de s’inscrire dans la durée.

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