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Entretien avec Laurent, bassiste du groupe Chabtan

Dans quelques jours, le 20 avril, sortira le second album de Chabtan, groups de death metal aux inspirations mayas. Oui je sais cela semble curieux et donc avant de vous parler de l’album j’ai voulu éclaircir un peu le concept qui me semblait brumeux, j’ai chopé Laurent le bassiste dans un coin et l’ait menacé de dénoncer leurs sacrifices rituels si il ne répondait pas à mes questions, et voici le résultat :

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Pourrais-tu tout d’abord te présenter et nous expliquer ce qu’est Chabtan exactement comme groupe ?

Salut et merci à toi de nous accueillir sur eMaginarock! Je suis Laurent, le bassiste de Chabtan depuis maintenant 5 ou 6 ans. Chabtan est le dieu de la mort violente chez certains Mayas. Mais c’est surtout un groupe de metal qui mélange plusieurs cultures. L’Histoire et les Mythologies des cultures méso-américaines apportent au groupe son terreau au niveau des textes, des visuels, des maquillages désormais, et de toute l’iconographie déclinée par le groupe. Ça se retrouve aussi dans notre son avec des instruments tribaux, des flûtes et des percussions essentiellement, mais parfois aussi des guitares espagnoles ou (attention spoiler) des chants catholiques qui rappellent la colonisation. Pour le reste c’est la culture metal au sens large, death, death moderne, death melo, deathcore… c’est dur à qualifier pour moi. On va me dire que ça sonne Dagoba, Arch Enemy, In Flames, Moonspell… je valide, mais pas que, et puis un groupe ça évolue. En même temps nos écoutes au sein du groupe sont franchement éclectiques. Moi je passe d’un Black Pantera à du Meshuggah en passant par Twelve Foot Ninja et Solstafir… pour rester dans le metal…

Comment en es-tu venu à la musique, et plus particulièrement au metal ?

Dans mon quartier on commençait plutôt avec le hip hop, mais en fin de collège j’ai découvert le rock puis mon premier album de Maiden… au lycée en fin de seconde, un groupe de potes voulait se lancer sur des reprises de rock (U2, les Red Hots…) et cherchait un bassiste, j’ai donc mis de côté mes envies de batterie et démarré ma carrière en 4 cordes. Très vite je me suis retrouvé à reprendre du Maiden et à passer de groupes en groupes vers des projets metal de plus en plus aboutis, de plus en plus extrêmes aussi. En parallèle j’ai eu des projets jazz, rock psyché…

Nine Levels est le tout dernier album du groupe. Comment s’est passée sa réalisation ? Qui a écrit la musique et qui s’est penché sur les paroles ?

Après quelques dates pour soutenir la sortie du premier album « The Kiss of Coatlicue », le groupe a envisagé le deuxième album. JP et Dimitri (les guitaristes) avaient de la matière musicale brute qui n’attendait que ça. JP s’occupait exclusivement des paroles depuis le début, mais avec Cris (au chant) on voulait donner un peu plus de corps aux textes. Il y avait quand même pas mal de matière avec les peuples méso-américains et nous souhaitions intégrer des éléments historiques à nos récits mythologiques. On a eu carte blanche dans le respect des codes de base de Chabtan: 11 titres, Méso-Amérique. A l’issue de notre mini tournée en ouverture de Nile et Suffocation, Yanis (le batteur) souhaitait quitter le groupe et se tourner vers de nouvelles aventures. Nous avons alors intégré Charles aux fûts et commencé à retravailler en groupe les premiers morceaux construits par JP et Dimitri. En parallèle j’ai effectué quelques recherches puis construit un récit de plusieurs pages réparti sur 10 textes associés aux ambiances des morceaux que Cris a eu la lourde tâche d’adapter aux 10 morceaux prévus, le 11ème étant instrumental. L’apport de Charles en MAO, dans l’orchestration symphonique et tribale ont été essentiels pour parfaire l’ensemble. Nous n’avons pas pu travailler complètement comme nous l’avions envisagé sur les textes, alors il a fallu édulcorer un peu mes délires, mais on est quand même sacrément contents du résultat.

Il y a concept spécial derrière ce Nine Levels. Peux-tu nous en dire plus ? D’où est venue cette inspiration ?

On était tous d’accord pour parler de l’Inframonde, l’équivalent de l’enfer dans les cultures pré-hispaniques, de ses démons, de ses « maisons des épreuves », de Xibalba la cité infernale. Pour donner du corps aux textes et sortir des simples récits mythologiques il fallait un personnage central, comme Dante dans la Divine Comédie. L’Enfer de Dante et l’Inframonde Maya sont très comparables, ce fût une vraie surprise, ce qui a guidé la chronologie du récit et permis de discrètes mises en abyme. Il me fallait un roi important, prétexte à intégrer de forts éléments culturels, sociaux et religieux et je tenais à intégrer au récit des notions et symboles discrets comme les points cardinaux ou la dualité des dieux. Je me suis assez vite fixé sur Ajaw Kan’Ek, dernier du nom, un cacique (roi) Maya relativement documenté, puisque son peuple, les Itzas, n’est « vaincu » (sans rédition) qu’en 1698 par les Espagnols. Plusieurs évènements marquants de l’histoire de son peuple et de ses ancêtres m’ont ensuite servi de décors de fond, pour enrichir le parcours mythologique infernal du roi par-delà sa mort et questionner son héritage, ses choix, ses erreurs, son destin divin de par sa caste, tout au long des titres de l’album… Au fil de ce récit dantesque, Kan’Ek rencontre non pas Virgil pour le guider, mais 4 divinités essentielles de son peuple, K’Inich le dieu soleil, Kukulkan le dieu serpent à plume, Ek Chuah le dieu de la prospérité puis Chaac le dieu des pluies et se confronte aux Seigneurs de Xibalba.

Comment s’est passé le travail sur l’artwork de l’album ?

Cette fois encore nous avions décidé de confier ce travail à un artiste de renom. On a pas mal hésité entre 4 profils, mais notre expérience avec Colin Marks sur le premier album était vraiment bonne. Ce garçon a un talent fou, vous lui donnez de la matière, et quelques semaines plus tard vous contemplez quelque chose qui colle à 200%. Ce travail ci a été beaucoup plus difficile pour lui je crois. On a dû attendre quelques mois cette fois, mais ça colle à 200% !

Chabtan en est où niveau clip ? Pour l’instant il y a une lyric video mais un clip classique est-il prévu ?

Le clip est déjà dans la boite. Il n’y a pas eu d’hésitations, on voulait bosser avec Alban Verneret une nouvelle fois ; il a réalisé auparavant « The Kiss of Coatlicue » pour nous. Le clip de « The Fall of Nojpetén » sortira le 20 avril en même temps que l’album et ça va dépoter ! D’ici là une nouvelle lyrics vidéo sera dévoilée. Après on verra.

Quel est ton morceau préféré de l’album et pourquoi ?

Question difficile ! Suivant mes émotions c’est très fluctuant, même si certains titres comme « Nourished by Four Gods », « Never Ending Pain » ou « Facing One-Death » reviennent souvent pour moi. Mais je pense que question audace et folie, on s’est surpassés sur « Maya Messiahs ».

Peux-tu, en cinq mots, donner envie à nos lecteurs de se pencher sur votre musique ?

Les Mayas sont toujours vivants.

Quel est ton pire souvenir sur scène, en tant que musicien ?

La Machine du Moulin Rouge (Paris), sur un tremplin au début des années 2010, l’un des guitaristes d’un de mes groupes d’alors écrasait toutes les 5 minutes mon pédalboard emporté par sa fougue, je n’étais plus dedans… si tu me lis… je t’adore quand même mec! En plus t’es juste l’un des plus doué de ta génération. Sinon avec Chabtan, au Bikini (Toulouse), le tour manageur nous interdit les balances alors qu’on a du temps pourtant. Et bien ce n’est pas avec un sound-check que tu captes que le trigger déréglé du batteur se déclenche au moindre son de la basse et aplati le show à la sulfateuse.

Quels sont les prochains concerts du groupe ?

On est en train de se monter des dates. Donc pas avant la rentrée septembre je pense. Ceci dit on est en lice pour The Voice of Hell. Alors sait-on jamais, le 23 juin? Au Hellfest? lol

Mêler ses activités professionnelles et personnelles tout en étant musicien est généralement compliqué. Comment fais-tu pour gérer ces aspects de ta vie ?

Je gagne ma vie comme infirmier. J’ai décidé il y a quelques années de privilégier la musique donc j’ai adapté mon métier. Je travaille en intérim, uniquement la nuit, si possible en réa, en début de semaine pour maximiser la paye sans ruiner mes week-ends. Ensuite c’est musique (et pas que Chabtan) et vie personnelle. Pour le moment cet équilibre tient plutôt bien.

Que répondrais-tu aux gens qui disent qu’à l’heure actuelle il y un trop grand nombre de groupes sur les scènes rock et métal et comment vois-tu le marché musical actuel ?

Dans ma cité pourrie des Ulis dans les années 90 il y avait déjà pléthore de groupes. Mais personne n’enregistrait quoi que ce soit de sérieux. Le numérique n’avait pas encore chamboulé l’industrie du disque. Aujourd’hui des mecs déboulent de la cité pour enregistrer du flow dans le studio du coin après avoir fait tourner 2 pets. Sortir un disque c’est facile. On a tous un ordi, une carte son externe ça ne coute plus rien, Reaper est un excellent freeware. Auto-prod, financement participatif, petites maisons de disque, plateformes de musique en ligne… Il y a pas mal de solutions pour produire et diffuser sa musique et finalement c’est tant mieux non ? Alors oui du coup t’as une forêt de groupes qui se battent pour faire entendre leur son. Ce qui m’épate ces dernières années, c’est plutôt ce que ça a induit pour les groupes pour tenter de se démarquer ; tout le monde produit des clips, des lyrics, organise des shootings, prépare la scène, se maquille, se look… mais essayer de ne pas être le clone musical du groupe d’à côté, ça c’est plus difficile. Après c’est injuste, tu as des perles qui resteront dans l’oubli et des daubes qui feront le tour du monde ; mais ça c’est du jugement de valeur, et on ne partage pas forcément les mêmes. Les ventes d’album, ça t’ouvre des salles et c’est un bon indicateur de réception de ce dans quoi t’as foutu tes tripes, c’est gratifiant quand même, mais ce n’est pas là-dessus qu’un groupe vit. Je crois que pour un groupe, ce qui compte au final, c’est ce qu’il va se passer sur scène. Après tout on fait tous de la zik pour la jouer devant des gens non ? Moi j’ai hâte de jouer nos nouveaux sets ! L’avenir du marché musical est là. Sur scène. Et le numérique n’a pas fini de l’enrichir.

Merci pour tes réponses et à très bientôt au détour d’un concert !

 

Eldricht Tales

A propos de Thomas Riquet

Passionné de littératures de l'imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site. Depuis 2011 il est également anthologiste et directeur de la collection Reflets d'Ailleurs (Fantasy) des Editions Asgard, sous son vrai nom. Ce faisant il assure également la direction littéraire d'anthologie lorsque tous ses boulots lui en laissent le temps, ce qui arrive trop rarement à son goût..

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