Accueil / Interviews / Entretien avec Dédo et Antoine Schoumsky de Princesses Leya

Entretien avec Dédo et Antoine Schoumsky de Princesses Leya

Les Princesses Leya se produisent bientôt à Paris, et après les avoir découverts au Kave Fest, je ne pouvais pas ne pas leur poser quelques questions à l’occasion de cette montée sur scène ! Une interview toute en second degré, mais pas que…

Bonjour à vous et merci de répondre à nos questions. Pourriez-vous d’abord vous présenter à nos lecteurs et nous expliquer qui sont les Princesses Leya ? D’où vient le nom de votre projet ? Pourquoi mettre en avant les princesses plutôt que les princes ?

Antoine : Les Princesses Leya, ce sont quatre bras cassés sur scène que le destin a réuni pour un spectacle désespérément idiot mais touchant. Nous avions commencé à travailler sur le projet sans avoir vraiment de nom de groupe ou de titre de spectacle. Et soudain Carrie Fisher est morte, je me suis surpris à être émue. Dédo, en grand cinéphile qu’il est, a versé une petite larme (il vous dira que non, ne le croyez pas, c’est un grand fragile) et ça m’a amusé de voir défilé sur les réseaux autant de messages d’amour pour la princesse Leïa de la part d’une multitude de mecs velus, pratiquement tous enfants des années 80. J’imagine que lorsqu’on fantasmait des aventures, on voulait libérer toutes les princesses du monde. Et puis c’était une manière de mettre une ironie sur le milieu Metal ou les noms des groupes ont souvent des consonances bien vénères et bien virils genre « Fatal Prolaps » ou « Bloody Brakmart » (Ces groupes n’existent pas à priori, j’espère… enfin… et pourquoi pas ?). Nous on joue fort, vite, on cause populaire, mais… on est délicats.

Dédo : Les Princesses Leya ce sont quatre personnages qui n’auraient jamais dû se rencontrer, et qui se retrouvent à croiser les instruments dans un groupe qui ne s’inscrit dans aucun courant musical précis. C’est un plat qui ferait se marier la pizza, le couscous, les sushis et la raclette et qui contre toute attente est plutôt goûtu et digeste. Comme quoi, ça peut être délicieux la picoushiclette.  Sinon, on s’appelle les Princesses Leya parce qu’on on a de beaux cheveux, sauf Antoine, qu’on est gracieux et chevaleresques, sauf Fifou, et qu’on porte très bien le string, sauf tout le monde.

Princesses Leya est un groupe qui aborde le style Metal par la comédie, en quelque sorte une comédie musicale dédiée au Metal, ce qui donne des situations assez cocasses. Nous avons pu le vérifier lors de votre prestation au Kave Festival.

Comment vous est venue l’idée de faire ce type de spectacle ? Est-ce que « Dédo prince des ténèbres » en avait marre d’être tout seul sur scène et c’est pour ça qu’il a fait appel à trois musiciens pour l’accompagner : Antoine Schoumsky (guitare), Cléo Bigontina (basse) et Xavier Gauduel (batterie) ?

Antoine : C’est moi qui ai eu l’idée du spectacle car je voulais mélanger mes deux rêves : faire marrer les gens et devenir une rock star. Je savais pas trop avec qui  monter le bouzin et soudain, je rencontre Dedo sur la Tournée des Insolents (C’est une troupe que nous avons avec Blanche Gardin, Pierre Emmanuel Barré, Aymeric Lompret, Dédo et moi-même). Je découvre que le mec chante ultra bien (il arrive à chanter juste sans vocodeur), puis que Xavier, notre diffuseur de l’époque, est batteur de Hardcore… Les choses se sont enclenchées très facilement ensuite. Une chose est sûre c’est qu’on ne voulait pas être estampillés groupe de « cover comique » et on a donc commencé à gratter une vraie histoire, comme une pièce de théâtre, avec des compos et des clins d’œil à la culture pop. Cléo Bigontina a rejoint l’aventure suite à un casting : nous voulions une personnalité qui dénote avec le monde Metal, qui surprenne. Le défi de ce show était de demander à deux comiques d’être des musiciens pros et demander à deux musiciens pros d’être des comédiens. Le résultat est particulièrement crétin, ce qui nous procure beaucoup de joie.

Dédo : J’adore être seul sur scène mais j’aime aussi la partager. Quand Antoine m’a proposé de monter ce groupe, ça coïncidait exactement avec un moment de pas grand-chose dans mon planning. J’ai donc accepté vu que depuis l’adolescence j’ai envie de chanter dans un groupe où ça crie et ça joue à 29.
D’autant plus que c’est un projet hybride qui mélange concert, théâtre et comédie musicale. Et en plus on bouffe gratos !

Quelles sont vos principales influences ? (Musicales, théâtrales, autres).

Antoine : Il faut faire la part des choses entre mon perso dans le spectacle et moi dans la vraie vie. Dans le show on est face à un mec qui baigne dans le Pascal Obispo et le Christophe Maé (c’est un peu la confrontation des styles musicaux entre mon perso et Dédo qui lance le show). Dans la vraie vie on a grandi avec Metallica, System Of a Down, Slipknot, Foo Fighter (du Metal gentil, quoi). J’assume être très imprégné du Heavy Metal, du Speed et d’un peu de Stoner.  Au Théâtre je suis un énorme fan de James Thierré (le petit fils Chaplin), et de ce que faisaient Deschamps et Makeïeff. Joël Pommerat aussi j’adore. Niveau humour, j’aime évidemment les copains (Gardin, Barré, Lompret et Dédo) mais je suis un inconditionnel de Ricky Gervais et George Carlin.

Dédo :  Au niveau de influences musicales du projet ça va de Rammstein, à Tenacious D, avec un soupçon de Flight of the Conchords pour le côté absurde et théâtralisation. Et pour la direction artistique vestimentaire, c’est entre Game of thrones et Bob l’éponge.

Quel(s) artiste(s) vous inspirent dans vos compositions et l’élaboration de vos textes ?

Antoine : Forcément les Tenacious D ont eu un gros impact dans la manière de penser la théâtralité de nos chansons. Flight Of the Conchords aussi dans l’aspect absurde. Giédré aussi m’inspire dans l’écriture, cet art de chanter le dégueulasse avec bonhommie et naïveté. Et bien évidemment, les rois du Comedy Metal : Ultra Vomit. En France, ce sont les guides, notre Gandalf local.

Dédo, ton nom de scène résonne depuis de nombreuses années maintenant, grâce à ton sens de l’humour développé aux débuts du Jamel Comedy Club. Comment s’est développée cette notoriété ? Comment s’est passé ta collaboration avec Jamel ? et la tournée du Comedy Club qui a suivie (France, Belgique et Canada pour le Festival Juste Pour Rire) ?

Est-ce que les canadiens sont aussi réceptifs que nous, en France, à ta personnalité de comédien hors-normes ?

Dédo : Effectivement le Jamel Comedy Club a été un vrai coup de projecteur sur mon travail et je suis heureux d’avoir fait partie de la troupe originelle. Tout le monde s’est bien entendu et les différentes tournées ont été très formatrices. Après je me suis certainement pas mis à écouter du hip-hop faut pas déconner.
Pour ce qui est des Canadiens ils sont très ouverts et n’ont donc aucun problème avec la comédie qu’elle que soit la personne qui leur parle. Sauf si vous êtes un loup-garou de 4 mètres de haut. Mais je pense que c’est malheureusement une discrimination assez mondiale.

Travailles-tu sur d’autres projets que « Dédo le prince des ténèbres » et « Princesses Leya »?

Dédo : En dehors des Princesses Leya je ferai en janvier 2019 la captation de mon second spectacle « Killing Joke », pour ensuite roder le 3e dans la foulée. Je sors également une bande dessinée que j’ai scénarisée et dialoguée chez Delcourt. Ca va s’appeler White Spirit. J’ai aussi sorti un jeu de société qui s’appelle Killing Time, et on prépare avec Yacine Belhousse de nouvelles choses autour d’un programme court qu’on a créé qui s’appelle « L’histoire racontée par des chaussettes ».

Antoine, en parallèle à tes activités de scène, tu es également scénariste pour de nombreux dessins animés et séries, et tu collabores avec de nombreux acteurs de la scène digitale, notamment avec les collectifs Golden Moustache et Studio Bagel.

Avec toutes ces occupations, comment organises-tu ta collaboration avec Dédo sur le projet des Princesses… ?

Antoine : J’ai arrêté de dormir en 2004. C’est très pratique, par contre ça peut filer le cancer.  En vrai nous avons des fonctionnements radicalement opposés avec Dédo, je souffre d’un brin d’hyper activité ce qui fait que  tous les jours  j’inonde son téléphone et sa boite mails de « Hey on pourrait faire ça ! Et ça ! Et ça ? Non ? Hein ? T’en dis quoi ? Répond putain ! » et je vais me coucher. Dédo vit la nuit, c’est pas une légende ou un cliché, parce qu’il a les cheveux long et qu’il s’habille en noir : tu as ses réponses et ses propositions entre 4 et 6 heures du mat’. L’heure à laquelle je me lève… Donc finalement c’est pratique parce que nous pouvons bosser non stop en prenant le relais.

Est-ce que tu penses que 24h pour une journée c’est assez ou trop peu ?

Antoine : Je veux pas parler de ça, ça m’angoisse. Je porte pas de montre, je déteste les pendules, je ne me sers d’un sablier que pour la cuisson des œufs mollets et la plupart du temps quand je me couche, j’ai l’impression que je suis en retard sur un truc… Je paye déjà une personne pour parler de ça, c’est peut-être pas le lieu et l’endroit…

Peux-tu nous parler de tes projets annexes ?

Antoine : J’écris actuellement un long métrage d’animation, je prépare aussi une série TV et de nouveaux sketchs pour le youtubegame. Princesses Leya prend de plus en plus d’espace, nous allons développer de plus en plus l’aspect sketch vidéos. Nous avons déjà sorti le clip sur Makeba, deux autres clips sont en prépa et même… mais chut, surprise ! En gros nous souhaitons que le spectacle Princesses Leya s’inscrive dans une histoire plus globale, que les gens pourront suivre de différentes manières. J’espère avoir été suffisamment flou…

Comment se passe la logistique du projet des Princesses Leya ?

Antoine : Ça c’est un problème de producteur ! Une fois que nous avons déliré sur le papier nous allons voir les gens qui gardent le coffre à billets, c’est à ce moment qu’ils donnent leur avis : « Antoine es-tu sûr qu’il est nécessaire d’arriver sur scène en Fenwick ? » et après ça passe dans les mains de notre équipe technique. Tout ça pour dire que pour l’instant, y a des instrus, des belles lumières mais la reproduction du Faucon Millenium à échelle 1 sur scène est en cours de validation par le comptable.

Qui décide de quoi dans l’organisation de vos spectacles ?

Antoine : Sur l’artistique c’est Dédo, moi et notre producteur Victor de Turckheim qui validons les choses. Ensuite notre tourneur Cartel Concert nous propose des dates. Et, comme ils savent ce qu’ils font, on dit « Ok cool ».

Dédo : On écrit à 2 avec Antoine, donc on s’échange le stylo quand l’autre a fini.

Comme tout travail, ça ne doit pas être simple d’allier la vie de famille et la vie d’artistes.

Antoine : Toi, quelqu’un t’as dit que j’avais un enfant de 2 ans et demi !! C’est assez simple dans le sens qu’il n’y a pas le choix. Cette vie, je l’ai désirée, je fais ça depuis que j’ai 15 ans (donc depuis 20 ans). Chaque moment est donc apprécié à fond, quand je suis avec mon fils, il n’y a que lui qui compte. Quand je suis avec la femme de ma vie, il n’y a qu’elle qui compte, quand je suis sur scène, il n’y a que ça qui compte.

Dédo : Niveau vie de famille je suis orphelin de père en fils donc je privilégie le côté saltimbanque.

Comment gérez-vous ces deux aspects ?

Antoine : Il n’y a rien à gérer, ma compagne est aussi dans l’artistique et mon gamin a déjà monté un club de cinoche et un groupe de Glam dans sa crèche. Tout est sous contrôle

Dédo : Voir réponse précédente.

Y a-t-il des moments particuliers comme des choses imprévues ou des moments d’improvisation lors des prestations ?

Antoine : Oui, notamment quand l’un de nous oublie son texte, ce qui est alors cool d’être 4 sur scène. Dédo n’a aucun problème à improviser 2h sur des sujets comme les castors prognathes et la politique répressive en Ukraine. Et j’ai tendance à pouvoir faire des phrases très longues, sans avoir aucune idée d’où je vais… donc oui… globalement, chaque soir a son lot de surprises.

Dédo : On improvise effectivement selon l’humeur ou les réactions de la salle, ça  permet de garder une certaine fraîcheur à chaque date. Pas autant qu’un frigo mais quand même.

Quelle est votre partie préférée sur l’ensemble du spectacle ? Pourquoi ?

Dédo : Ma partie préférée du spectacle c’est le moment où je bois de l’eau parfois, parce que c’est très important de bien s’hydrater. Pas autant qu’un frigo mais quand même.

Antoine : Il faut savoir que Dédo déteste les jeux de mots. C’est pas une posture, il est réellement allergique aux jeux de mots, un contropétophobe quoi, du coup régulièrement dans le spectacle, avec les autres nous faisons exprès d’en sortir toute une brouette. Si vous observez bien le visage de Dédo, l’aspect haineux n’est pas fake, on est dans le vrai, c’est l’homme, plus le comédien.  C’est le moment que je préfère.

Quelle est le meilleur souvenir que vous avez sur scène ? Le pire ?

Antoine : A Cannes, pendant un festival d’humour, je joue mon One Man show devant une salle pleine. C’était un spectacle qui parlait d’un détenu en programme de réinsertion par l’humour. Plus je joue, plus la salle se vide. Des rangées entières qui se barrent. Pendant le spectacle des gens restent mais souffle genre « Pffoulalala, mais comment on peut dire des choses pareilles » et l’autre moitié de la salle prend ma défense et s’embrouille avec les gens qui râlent… Tout ça pendant que je joue…. Je sors de scène livide en me disant « Bon, ben… on va arrêter l’humour ! » On vient alors m’informer que 70 personnes se sont trompées d’horaires et de salles et pensaient voir le show de Christelle Chollet… Un spectacle de reprise d’Edith Piaf…

Dédo : Mon meilleur souvenir de scène avec les Princesses Leya c’est dans 2 ans. Et le pire dans 5 ans. Mais je peux pas vous en parler ça briserait le continuum espace-temps et réduirait l’univers à 50 grammes de poudre d’amandes. Et même si c’est délicieux ça vaut pas la picoushiclette.

Vous êtes plutôt thé, café ou chocolat chaud au coin du feu ?

Antoine : Thé à la menthe avec de vraies feuilles de menthe mais un vin chaud à la canelle c’est cool aussi.

Dédo : Le feu oui

Le mot de la fin ?

Antoine : 24h par jour, c’est pas mal. Mais avec deux de plus je pourrais finir la série Maniac sur Netflix et dormir un peu. Dédo ?… Il est parti…

Un grand merci à vous d’avoir répondu à nos questions ! A bientôt sur scène ou dans une salle obscure ! 😉

Eldricht Tales

A propos de Izzy

C’est l’histoire d’une fille qui n’a pas toute sa tête… Passionnée d’arts graphiques et de littérature fantastique, issue de diverses formations artistiques et amoureuse de la musique depuis belle lurette, elle cherche à faire partager ses passions à travers des productions de concerts. C’est ainsi qu’en 2012 elle crée une association de production de concerts indépendante sur la capitale, Extrême Factory. En parallèle, elle est chroniqueuse pour différents webzines musicaux et commence ainsi une carrière de schizophrène mélomane.

Lisez aussi

Ihsahn + Ne Obliviscaris + Astrosaur – La Machine du Moulin Rouge – 05/11/2018

Belle soirée organisée par Gamonbozia qui s’annonce ce soir puisque le leader d’Emperor, Ihsahn, est …

Bukkraken – Carcharodon

Carcharodon, outre le fait que ce soit le petit nom du requin blanc, c’est un …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *