
Baron Cimetière vient de sortir, proposant un fantastique horrifique au cœur du bayou. Ce n’est pas la première fois, loin s’en faut, que tu plonges tes lecteurs dans cette région bien particulière des Etats-Unis. Pourquoi y revenir encore ? Et du coup d’où a germé la première idée de ce roman : du lieu, des personnages ou de l’histoire elle-même ?
J’ai toujours une fascination pour la Louisiane et la Nouvelle-Orléans, que j’ai associé petite fille à l’univers crée par Anne Rice dans son Entretien avec un vampire. C’est un lieu que j’ai étudié et analysé dans mon essai Vampires et Bayous, et que j’ai fantasmé longtemps, avant de m’y rendre en 2014, pour un voyage où j’ai fait le tour des USA. Je me suis arrêté à La Nouvelle-Orléans une dizaine de jours. J’ai pu arpenter les lieux, confronter l’image que j’en avais avec la réalité. Ensuite, à mon retour, j’ai écris une première version de ce qui deviendrait Baron Cimetière, en une longue nouvelle. Donc oui, ce livre est bien parti du lieu, avant tout, de mon envie de mettre en scène cet endroit que je connais maintenant dans sa réalité, mais aussi de parler du culte vaudou, de façon poussée et réaliste, car j’ai toujours trouvé ces croyances très intéressantes, et j’ai beaucoup recherché le sujet, pour être sûre de ne pas dire de bêtises sur cette culture qui ne m’appartient pas et lui rendre justice.
Tu proposes encore une fois une dimension horrifique forte dans ton roman, assez brute. Comment parviens-tu à décrire ce type de scène de manière la fois claire et littéraire sans abuser sur l’hémoglobine ? Cela te demande-t-il un travail particulier ?
Le gore ne m’a jamais intéressé, ni les gerbes d’hémoglobine, d’ailleurs. Étrange, hein, pour quelqu’un qui a autant écrit sur les vampires ? Mon horreur n’est pas gore, mais cherche au contraire à évoquer des sujets qui dérangent, qui font mal. Pour moi, c’est important en horreur de provoquer des émotions fortes, de faire réfléchir. De dénoncer, aussi, la misogynie ou le racisme par exemple, même si je prends garde à ne pas trop tomber dans une horreur trop moraliste.

Nous parlions ensemble il y a un an, à Trolls & Légendes, du manque de véritable fantastique horrifique en France actuellement. Aujourd’hui la collection Nocturne existe, tu as sorti trois romans (si ce n’est plus) en douze mois, les choses se présentent plutôt bien non ? Penses-tu que le fantastique horrifique a encore de belles heures devant lui ? Et que manque-t-il pour qu’il devienne un genre aussi puissant que les autres ?
Oui, c’est génial ce qu’il est en train de se passer. Il y a des collections qui émergent de partout. Nocturne, mais aussi Pocket New Horror, Styx chez Fleuve, Obscure chez Shadowz, et bientôt je lance ma propre collec’ de fantastique horrifique chez ActuSF, qui s’appellera « Nouvelle chair », en hommage à ce cher David Cronenberg. Les éditeurs et les libraires français ont un peu tardé à réaliser le potentiel de l’horreur qui cartonne depuis un petit moment au cinéma et l’international (il n’y a qu’à voir la cérémonie des Oscars), mais ça y est, on est bon. Tout en en train de se mettre en place… Dans ces temps sombres où monte le conservatisme, les gens réalisent que l’horreur est le médium parfait pour parler d’oppression de groupe marginalisés, et pour être somme toute, un genre très politique et existentialiste.
