Une magnifique relecture de la légende arthurienne.
Alité après une terrible blessure reçue lors d’une joute, Mordred rêve, nuit après nuit, pour échapper à la douleur. Il se rappelle la douceur de son enfance enfuie, le fracas de ses premiers combats, sa solitude parmi les chevaliers. Et songe à ses nombreuses heures passées auprès d’Arthur, au difficile apprentissage du métier des armes et à l’amour filial. Jusqu’à ce que le guérisseur parvienne à le soigner de ses maux, et qu’il puisse enfin accomplir son destin…
Une psychologie finement ciselée
Personnage souvent (trop) secondaire de la légende, l’autrice redonne ici une place centrale à Mordred. Bien loin du chevalier intrépide, nous le découvrons épuisé et meurtri suite à une lourde blessure. J. Niogret décrit avec beaucoup de justesse le ressenti de son personnage : la douleur, le désespoir, les journées immobiles et le poids psychologique de cette condition si handicapante. Pendant plus de la moitié du livre, le lecteur vit au rythme de cette souffranc et la ressent, happé par la lente descente aux enfers de Mordred.
L’humain derrière le mythe
Ce parti pris confère au héros une dimension particulièrement humaine. Là où le mythe arthurien nous rend souvent les personnages aussi lointains qu’on accessibles, figures légendaires sublimées par le temps, l’autrice humanise ici Mordred avec beaucoup de talent. Au fil des pages, il en devient de plus en plus réel, jusqu’à ce que l’homme prenne toute la place du héros.
Face à lui se dessinent deux figures parentales touchantes. Morgause tout d’abord, mère aimante et complice, auprès de laquelle se tissent les souvenirs d’enfance. Et un peu plus tard Arthur, figure paternelle enveloppante et rugueuse, dont la force et le respect le porteront jusqu’au bout.
Une relecture poignante de la légende
Cette humanité m’a beaucoup touchée. Mordred s’y dévoile de sa chute à la renaissance, jusqu’à son inéluctable destin. L’autrice nous offre ici une relecture poignante, avec beaucoup d’originalité. Un récit qui se concentre davantage sur la puissance intérieure de ses personnages que sur l’histoire des chevaliers d’Arthur, prenant à contrepied les relectures précédentes.
J’ai donc énormément aimé ce roman, qui réhabilite magnifiquement le personnage de Mordred.
