La trilogie africaine – Richard Canal

La lecture de ce livre m’a pris beaucoup de temps, et je n’ai malheureusement pas réussi à y rentrer.

Publiée à la toute fin du XXe siècle, cette trilogie imagine un monde où l’Occident est en déclin et où l’Afrique est devenue la première puissance technologique et économique mondiale. Trois récits s’entrelacent, se répondent et dessinent un futur éclaté, baroque, porté par des personnages inoubliables : un homme amnésique et son chien philosophe et buveur, Étoile et Esperanza au cœur du pays bamiléké, Althéa et les pirates de la Fraction Armée Noire…

Un monde déglingué pour les anciens maîtres, un monde en plein éveil pour ceux qui furent trop longtemps exclus.

Saluons tout d’abord ce magnifique ouvrage, dont l’esthétique et la qualité visuelle ne font aucun doute. Il nous emmène dans un futur où l’Afrique est devenue la puissance dominante du monde, suite à l’effondrement de l’Europe et de l’Amérique. Je venais y chercher une réflexion politique anticolonialiste, dans ce décor qui s’y prêtait parfaitement. Il y aurait eu matière à exploiter ce contexte très original, à nous en détailler les enjeux et les conséquences. Mais je n’y ai malheureusement pas trouvé la réflexion que j’étais venue chercher.

Un univers imaginatif, au style empreint de poésie

Il y a beaucoup d’imagination dans l’œuvre de R. Canal. Son univers est très riche, fourmillant de détails, ce qui le rend assez immersif. Avec un style littéraire empreint de poésie, l’auteur nous porte à la rencontre de personnages rugueux, profondément humains et touchants dans leur lutte pour être libres. Le scénario s’accompagne de réflexions intéressantes sur la politique et le monde. On y questionne le pouvoir et la démocratie dans un univers où l’intelligence artificielle est omniprésente, on y découvre des individus victimes d’un système injuste et on les accompagne dans cette lutte qu’ils mènent chacun à leur manière, portés par l’espoir de faire changer les choses pour une vie meilleure.

Un livre difficile d’accès

Tout cela semble très alléchant sur le papier mais, et c’est bien là que le bât blesse, La trilogie africaine est un ouvrage difficile d’accès. Le style est certes littéraire mais trop complexe, un peu prétentieux. Le propos se noie dans des phrases à rallonge, des métaphores obscures et des termes pseudo-scientifiques incompréhensibles. C’est imaginatif mais sans explication, foisonnant de concepts et d’avancées technologiques qui sont egrenés au fil du texte comme si leur fonctionnement était clair. Ça l’est sans doute pour l’auteur, mais pour le lecteur beaucoup moins. J’ai eu l’impression de me perdre dans un univers cryptique, auquel je ne comprenais pas grand chose.

Il en va de même pour le contexte politique, cette Afrique puissante dans laquelle s’inscrivent les récits. R. Canal se contente de nous y larguer dans prendre le temps de poser son décor, sans nous en expliquer les enjeux. C’est dommage, car ce contexte géopolitique particulier constituait pour moi l’intérêt majeur de cet ouvrage, et j’ai eu la sensation qu’il n’était pas du tout exploité.

Des narrations qui se perdent au détriment de l’histoire

Swap Swap et Ombres blanches partent d’une façon très intéressante, ils auraient mérité d’être développés davantage. Dans Swap Swap, un personnage part à la recherche de son passé, qu’il retrouvera par bribes. Ombres blanches est plus politique et questionne les luttes de pouvoir à travers une révolution anarchiste. Mais là encore, le propos est dilué dans la complexité des phrases et les descriptions. L’auteur fait couleur beaucoup d’encre pour au final en dire bien peu. On s’englue dans l’histoire, ça n’avance pas et j’ai tout simplement décroché.

Seul le troisième roman, Aube noire, tire selon moi son épingle du jeu. Le résumé n’était pourtant pas celui qui m’attirait le plus. Mais l’humanité des personnages ainsi que la dénonciation du racisme qu’ils subissent, avec un réalisme glaçant, m’ont un peu plus convaincue. Je pense que j’aurais accroché davantage si l’histoire s’était trouvée en première position, car j’y aurais moins remarqué ce qui m’a dérangée dans les deux œuvres précédentes.

Je n’ai malheureusement pas accroché à cette trilogie, qui m’a laissée sur le bas côté. Nul doute qu’elle trouvera néanmoins ses lecteurs. Certains apprécieront certainement la grande imagination de l’auteur, la complexité du style, l’humanité profonde de ses personnages et le plaidoyer pour la liberté qui se détache en filigrane.

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