Ombruscus – Jean-Daniel Doutreligne

Chaque soir, à l’horizon, l’Oeil géant de la Stèle se révulse, annonçant ainsi le début du cycle nocturne. Les habitants doivent alors impérativement porter le masque de sommeil pour se protéger du Cauchemar, car ses ombres altèrent la réalité, emprisonnent et tuent. Quiconque brave le Cauchemar perd la vie. Si Maître Val ne l’ignore pas, il se fait malgré tout piéger. Pourquoi ? Que cherchait-il en errant si tardivement, sans son masque de sommeil ? Tim, son apprenti au sein de la Maison, se retrouve dès lors sans instructeur. Destiné à devenir lui-même Missionnaire, il est contraint d’accompagner Ver-de-Cendre, un maître cruel, chargé d’enquêter sur le meurtre d’un confectionneur de masques. La Maison, dont la mission est de prémunir les habitants du cycle nocturne et de percer le mystère sur ses origines, est préoccupée d’autant que les premières recherches déterrent bien vite des énigmes dérangeantes. Pour assurer la sécurité de Tim et Ver-de-Cendre, les Gardiennes de la Maison recrutent Axelle de Montbrune, une kalligraphe hors-norme, usant de magie grâce à des écritures ancestrales. Enfin, Céliandre, dont Tim est secrètement amoureux, se joint également à l’équipe. Figée à l’âge de quinze ans, la jeune fille est une Ressuscitée, protégée des griffes du Cauchemar par l’étrange magie des Soeurs. Diaphane et irréelle, Céliandre demeure perpétuellement plongée dans une profonde mélancolie. Pourtant, les Soeurs voient en elle « l’Elue » , celle qu’elles cherchent depuis des centaines d’années. L’enquête avance et les événements s’enchaînent. Quel lien unit les Soeurs et le Cauchemar ? Pourquoi attendent-elles l’Elue ? Si de ténébreuses légendes entourent celle-ci, les trames qui se dessinent peu à peu ne sont pas moins sombres. Et si l’avenir de l’île entière se jouait ? Et si le Cauchemar n’était pas du tout ce que chacun croit ?

Comme à on habitude, les éditions l’Alchimiste nous propose un superbe roman qui nous entraîne dans une « sword & sorcery » très réussie.

L’écriture de Doutreligne est simple, claire, directe et très dynamique ce qui donne des chapitres qui se lisent d’une traite. Son univers est vraiment original avec une magie étonnante: la kalligraphie. Les signes tracés à l’encre dans l’air donnent quelque chose de très poétique et très visuel.

Le côté huit-clos de l’île permet de faire monter le suspens et l’ambiance ésotérique (visible depuis la très belle couverture) est très bien distillée à travers l’aspect plus politique de l’intrigue.

Tout le travail effectué autour des cauchemars et du rêve est très intéressant, tout comme la technique des Masques du Sommeil préparé à base de feuilles d’ombruscus qu’on pourrait croire sorties d’un ancien potager monastique. Les inventions de Doutreligne, simples, permettent de croire véritablement à cet univers de fantasy.

Enfin, les personnages sont tous très attachants, avec un petit bonus pour la Kalligraphe Axelle, avec qui on retrouve ici une figure de la magicienne complètement différente. Pareil pour le très sévère Ver-de-Cendre (on notera également une belle imagination sur les noms!) qui présente une réelle complexité. On s’étonnera aussi de la « grande méchante » Véra présentée… en fauteuil roulant; un élément qui frappe tout de suite et montre le réel travail d’originalité de l’auteur.

Ombruscus est un roman magique dans tous les sens du terme! Un roman de fantasy moderne qui ne renie pas les références celtiques et moyenâgeuses en nous proposant une intrigue qui, sans forcément se vouloir porteuse de messages, nous fait réfléchir sur l’acceptation de règles établies sans leur remise en cause.

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