L’Horreur à Dunwich – Howard Phillips Lovecraft

Bragelonne prépare nos lectures estivales par la sortie de nouvelles éditions des nouvelles horrifiques de Lovecraft : L’Appel de Chtulhu et L’Horreur à Dunwich. De quoi nous faire frissonner sur la plage !

Dans le village isolé et décrépit de Dunwich, Massachussetts, vit l’énigmatique et repoussant Wilbur Whateley.
Fils monstrueux d’une femme albinos et difforme et d’un père inconnu, sa naissance et son enfance marquées par d’étranges événements, Wilbur grandit à une allure anormale et atteint sa taille adulte à l’âge de dix ans. Ses semblables le rejettent et les animaux le craignent. Son grand-père l’initie à la sorcellerie, le guidant dans de sombres rituels.
Et tandis que le troupeau de sa famille décline, affligé par de mystérieuses plaies, sous le regard suspicieux des habitants de Dunwich, Wilbur s’aventure toujours plus loin sur la voir de l’horreur, aidé par le grimoire maléfique qui est à la fois l’objet et le moyen de sa quête : le Necronomicon…

Il me semble inutile de présenter Lovecraft (1890-1937), ce maître de l’horreur dont la production littéraire a maintes fois fait l’objet d’éditions et de rééditions ainsi que de traductions variées.

Ma première lecture de L’Horreur à Dunwich n’est pas récente. Il s’agissait d’une édition de la précédente traduction (L’Abomination à Dunwich, 1997) dont la mise en page n’était pas des plus réussie. Je salue donc dans ce livre la mise en page particulièrement soignée ainsi le design de couverture signée Hokus Pokus Créations mais également la qualité du papier employé, autant pour la couverture cartonnée que pour les pages. J’aime les beaux livres, il est donc important pour moi de le souligner, surtout quand on veut avoir une belle bibliothèque pleine d’ouvrages que l’on apprécie.

Une des grandes qualités de Lovecraft – que j’apprécie tout particulièrement – quand il écrit un récit est de brouiller la frontière entre réalité et fiction. Je m’explique.

L’auteur utilise ici un savant mélange de références réelles, que ce soit en citation directe (Sur les sorcières et les peurs nocturnes de Charles Lamb – incipit de la nouvelle) ou en mentionnant des ouvrages (Démonolâtrie de Nicolas Rémy), mais aussi de références complètement issues de son imagination : le Necronomicon. Ce mélange nous plonge dans un univers plausible, qui est renforcé par certains de ses personnages, des historiens, archéologues ou policiers, qui travaillent pour ou qui font appel à des institutions qui existent bel et bien (British Museum) ou d’autres complètement inventées (Université de Miskatonik). Et ce sont eux, ces parangons de science ainsi que des faits et donc, par extension, de la raison qui sont aux prises avec les conséquences de l’existence des grands anciens car ce sont eux qui doivent renvoyer « l’horreur » d’où elle vient. Wilbur, l’étrange garçon de dix ans qui en paraît vingt ou plus, bien qu’il ait été instruit par son grand-père, n’est, quant à lui, qu’un être pétri de sorcellerie et de croyances populaires à la différence des hommes de science tel que le docteur Armitage (diplômé de philosophie et de littérature).

L’ensemble de ces éléments contribue au sentiment de malaise permanent dans cette nouvelle que, par ailleurs, vient renforcer une description des paysages ainsi que de la faune locale (les engoulevents) à nous faire dresser les cheveux sur la tête.

Il y a tant de chose à dire sur l’ambiance de l’Amérique profonde des années 20 que Lovecraft rend particulièrement vivante, palpable mais aussi misérable et arriérée.

N’ayons pas peur des mots. Lovecraft n’a pas pris des pincettes pour décrire les habitants de Dunwich, petite ville imaginaire du Massachussetts, dont beaucoup souffrent de dégénérescences liées à la consanguinité et parlent dans un patois qui les opposent aux scientifiques et aux gens venant de la ville. La peur des habitants face à cette horreur créée par la famille de Wilbur leur vient de leurs croyances populaires et de leur folklore (sagesse ancienne me direz-vous) et non de la connaissance (établie par la science et donc la raison) de quelque chose d’ancien et néfaste pour l’humanité.

Avec L’Horreur à Dunwich, Lovecraft a savamment distillé les éléments qui font sa marque de fabrique autant que son succès : les Grands Anciens, le folklore qui se confronte à la raison et à la science, une mise en place des événements lente mais une résolution qui nous précipite dans l’urgence et vient accentuer notre malaise. Cette nouvelle est restée une de mes préférées de cet auteur pendant longtemps. Récit à (re)découvrir.

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