À l’instar de nombre d’autres nouvelles du Maître de Providence, La Couleur venue d’ailleurs jouit d’une nouvelle traduction au format poche. Les horreurs intersidérales sont à nos portes, préparez-vous.

Non loin de la ville d’Arkham à la sombre réputation se trouve la lande du diable. Ce lieu terrible et étrange hante la mémoire des villages voisins depuis la tragédie qui s’y est déroulée. En 1882, une météorite s’écrase près de la ferme de la famille Gardner, chargée de couleurs jusqu’alors inconnue sur terre. L’objet excite d’abord la curiosité des scientifiques, avant de susciter l’inquiétude et la crainte. Car la terre se meurt bientôt, empoisonnée par le sinistre visiteur céleste, et tandis que les récoltes pourrissent sur pied et que les animaux agonisent, victimes de mutations grotesques, les habitants de la ferme basculent l’un après l’autre dans une folie terrifiante et meurtrière…

La Couleur tombée du Ciel n’était pas une nouvelle inconnue. Je l’avais déjà lue dans sa précédente traduction, et c’est avec plaisir que je m’y suis replongée.

Le premier changement visible de cette nouvelle traduction se trouve dans le titre, qui, selon moi colle plus au titre original anglais The Colour out of Space. Mes souvenirs de la précédente version, lointains, ne me permettent pas de juger le reste de cette nouvelle version française. Cependant, c’est toujours avec plaisir que j’ai été happée par le récit. Comme à son habitude, Lovecraft nous plonge dans un univers campagnard plein de croyances populaires et d’histoires à dormir debout.

A quelques distances d’Arkham, ville inventée par l’auteur, une météorite est tombée dans la cour d’un fermier. Au bout de quelques temps, sa taille rétrécit, alimentant les commérages des locaux pris pour des fous par les journaux de la ville. On vous a prévenus, Lovecraft ne change pas une équipe qui gagne, ni le mépris citadin des racontars des culs-terreux. C’est ainsi que des scientifiques viennent voir l’objet céleste et en font des prélèvements pour pouvoir l’étudier. L’échantillon ayant mystérieusement disparu, ils retournent à la ferme de la famille Gardner où ils constatent que les récits des fermiers n’étaient pas que pure fantaisie. Lorsque les scientifiques en prennent un nouveau, c’est là qu’ils commettent une erreur qui va accélérer les évènements. Au centre de la météorite, ils brisent une sphère d’une couleur irisée indéfinissable qui va causer effroi et terreur dans la région, transformant lentement mais surement le paysage verdoyant en une horreur grise, la lande du diable.

Lovecraft, comme dans beaucoup d’autres nouvelles, joue sur des schémas récurrents : récit de deuxième main, vérité terrible et horreur indicible, événements allant au-delà de la compréhension ainsi que de la raison humaine (même de celle des scientifiques) et cette crainte de n’être rien dans un univers hostile et face à des puissances cosmiques qui nous dépassent. Néanmoins, il arrive toujours à renouveler ses histoires et à nous faire trembler d’effroi devant l’inconnu que l’on n’arrive pas à comprendre et dont les agissements restent d’obscurs desseins dans nos esprits.

Une fois n’est pas coutume, parlons maintenant du livre. Contrairement à beaucoup de recueils de nouvelles de l’auteur en format poche, cette édition bénéficie d’un papier et d’une couverture de qualité. Le papier est épais, on n’a donc pas à redouter une déchirure par mégarde. De plus, comme l’ensemble des nouvelles de Lovecraft publiées par Bragelonne sous ce même format et dans cette même collection, la couverture est illustrée d’une créature propre à solliciter notre imagination et à susciter les pensées les plus folles.

Bragelonne poursuit son édition des nouvelles de Lovecraft une par une au format poche et cela aura de quoi ravir plus d’un lecteur. Nouvelle traduction, nouvelle couverture et bel objet, que demander de plus ?

Manon Rouanet

Manon Rouanet

Amoureuse inconditionnelle de la Culture (art, cinéma, littérature, musique, concerts, etc.), la fantaisie et la SF ont bercé mon adolescence campagnarde et rythmé mes étés d'aventures épiques. L'université m'appela cependant vers d'autres cieux, ceux des études d'histoire et d'histoire de l'art, véritable chemin de croix pour réaliser un rêve un peu (carrément) fou, celui de travailler dans un musée. A près de 27 ans et mes études (presque) finies, je renoue avec cette passion pour la littérature afin de la faire partager par le biais d'un autre de mes violons d'Ingres, l'écriture - qui nourrit un deuxième rêve encore plus fou, écrire un roman et le publier (un jour peut-être).

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